Denis Coderre veut renommer la place du Canada «place de la Réconciliation»

Le chef d’Ensemble Montréal compte aussi travailler avec le gouvernement fédéral pour qu’un statut d’intermittent soit accordé aux artistes et aux artisans, ce qui pourrait leur assurer un revenu entre deux contrats.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef d’Ensemble Montréal compte aussi travailler avec le gouvernement fédéral pour qu’un statut d’intermittent soit accordé aux artistes et aux artisans, ce qui pourrait leur assurer un revenu entre deux contrats.

Denis Coderre propose de changer le nom de la place du Canada pour la rebaptiser la « place de la Réconciliation » afin d’en faire un lieu de commémoration pour les Premières Nations. Il privilégie aussi le retour de la statue de John A. Macdonald, mais sans son socle, et suggère d’installer dans cet espace public une statue de Louis Riel.

« De faire un lieu de commémoration, un lieu de recueillement, à mon avis, ça fait partie de la réconciliation », a commenté lundi le chef d’Ensemble Montréal, qui a dévoilé son plan lors d’une rencontre organisée par Culture Montréal au Centre Phi. L’aspirant maire de Montréal a indiqué que cette proposition allait dans le sens du changement de nom de la rue Amherst en rue Atateken en 2019 et de l’ajout du symbole du pin blanc des Premières Nations sur le drapeau de Montréal.

Denis Coderre a cependant admis ne pas avoir discuté de la proposition avec les leaders des Premières Nations. « Je n’ai pas consulté personne, mais je suis près d’eux », a-t-il soutenu, en mentionnant sa volonté de créer une cogouvernance avec les communautés autochtones à la Ville de Montréal.

Au sujet de la statue de John A. Macdonald, Denis Coderre a proposé que cette œuvre serve d’outil de sensibilisation. « On n’efface pas l’histoire, mais on ne la met pas sur un piédestal. Est-ce qu’il y a une façon de se rappeler sans célébrer la personne ? On peut utiliser cette occasion pour en faire un outil de diffusion et d’apprentissage », a-t-il expliqué.

Malaise

La cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, a dit éprouver un profond malaise par rapport à la proposition de son adversaire. « Le premier principe de la réconciliation, c’est de cesser de décider pour les Autochtones de ce qui est bon pour eux. Je trouve ça malaisant que M. Coderre décide, sans même parler à personne, ce qui va être fait. Je pense que ça démontre un paternalisme dont les Autochtones veulent vraiment se débarrasser. Ils en ont vraiment assez de ça », a-t-elle indiqué.

On n’efface pas l’histoire, mais on ne la met pas sur un piédestal. Est-ce qu’il y a une façon de se rappeler sans célébrer la personne ? On peut utiliser cette occasion pour en faire un outil de diffusion et d’apprentissage.

 

L’équipe de Valérie Plante avait déjà proposé de mettre en place un « cadre de reconnaissance » afin d’établir des règles claires pour les dénominations de lieux en lien avec des personnalités et de dépolitiser les décisions prises, dont celle qui concerne l’avenir de la statue de John A. Macdonald.

Rappelons que la statue de John A. Macdonald avait été déboulonnée et décapitée en août 2020 par des manifestants demandant le définancement de la police. Depuis, la statue a été placée dans un entrepôt en attendant que la Ville décide de son sort.

Les ateliers d’artistes

Les deux principaux candidats à la mairie ont présenté lundi leurs plateformes respectives en matière de culture. Valérie Plante a notamment promis de poursuivre le travail de préservation des ateliers d’artistes en s’appuyant sur le financement de 30 millions annoncé au printemps par le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal. « On veut consolider ce qui existe déjà, s’assurer de la pérennité dans les bâtiments déjà existants et créer des espaces dans les nouveaux quartiers », a expliqué Valérie Plante. La responsable de la culture au comité exécutif, Magda Popeanu, a indiqué que les projets concernent la préservation d’ateliers pour 900 artistes. Certains de ces projets sont déjà en cours de réalisation, et d’autres verront le jour au cours des prochaines années.

Projet Montréal entend aussi offrir un soutien financier d’un million de dollars par année aux petites salles de diffusion artistique et aux cinémas de quartier, et compte subventionner l’insonorisation des autres salles. Un montant de 12 millions a également été mis en réserve pour le projet de Maison de la chanson francophone du gouvernement du Québec dans la bibliothèque Saint-Sulpice. « Ce dont on a besoin, c’est d’un calendrier officiel et d’une intention officielle de la part du gouvernement du Québec d’aller de l’avant avec ce projet-là. MaisMontréal sera assurément un partenaire de choix », a avancé la mairesse.

Projet Montréal souhaite également doubler le budget destiné aux murales et rénover la caserne 14, vacante depuis 2015, afin d’accueillir des compagnies de théâtre de langue anglaise.

Taxer les panneaux publicitaires

De son côté, Denis Coderre propose d’imposer une taxe aux entreprises propriétaires des panneaux publicitaires géants afin de financer des projets culturels. Selon lui, cette formule déjà en place à Toronto pourrait rapporter 10 millions de dollars à la Ville de Montréal. « Ça fonctionne à Toronto. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire ici », a-t-il dit.

Le chef d’Ensemble Montréal compte aussi travailler avec le gouvernement fédéral pour qu’un statut d’intermittent soit accordé aux artistes et aux artisans, ce qui pourrait leur assurer un revenu entre deux contrats. « L’important, c’est de donner aux créateurs les outils nécessaires pour qu’ils continuent leur [travail de] création. Ils sont déjà assez stressés comme ça. On sait que ce ne sont pas des gens qui vivent avec de grands moyens », a expliqué Denis Coderre.

S’il est porté au pouvoir le 7 novembre, le chef d’Ensemble Montréal entend aussi accorder une attention particulière au patrimoine afin, entre autres, de s’assurer de la restauration et de la requalification des bâtiments excédentaires tels les hôpitaux. Son parti envisage également d’adopter une politique de sauvegarde du patrimoine religieux pour que soit maintenue la vocation sociale et communautaire de ces bâtisses.

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