Holness et Desjardins unissent leurs forces dans la course à la mairie de Montréal

Les deux partis de Balarama Holness et de Marc-Antoine Desjardins s’uniront sous la bannière de Mouvement Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les deux partis de Balarama Holness et de Marc-Antoine Desjardins s’uniront sous la bannière de Mouvement Montréal.

Les chefs des partis Mouvement Montréal et Ralliement pour Montréal ont annoncé jeudi l’union de leurs forces sous une seule bannière en prévision des élections municipales du 7 novembre. Cette fusion, qui a pris par surprise plusieurs candidats, ne se fera toutefois pas sans heurts.

Les candidats à la mairie Balarama Holness, de Mouvement Montréal, et Marc-Antoine Desjardins, de Ralliement pour Montréal, ont confirmé jeudi matin la fusion de leurs deux formations politiques lors d’une conférence de presse qui a mené à une accolade des deux candidats, qui ont qualifié leur relation « d’amitié ».

Si les deux candidats à la mairie, qui peinent à imposer leur présence dans les débats électoraux, s’unissent sous la bannière de Mouvement Montréal, qui compte près de trois fois plus de candidats que Ralliement pour Montréal, c’est bien sûr pour « gagner », ont-ils tous deux lancé devant l’édifice Lucien-Saulnier, dans le Vieux-Montréal. Ensemble, les deux formations arrivent à un nombre potentiel de candidatures de 61, sur 103 sièges disponibles.

Les candidats du parti Ralliement pour Montréal n’ont cependant pris connaissance que ce matin même de la fusion, qui s’est concrétisée après plusieurs jours de discussions entre les deux chefs, ont confirmé plusieurs sources au Devoir. Certains d’entre eux pourraient donc échouer à remplir les exigences requises pour officialiser leur entrée dans le parti Mouvement Montréal d’ici la fin de la période de mise en candidature, à 16 h 30 vendredi, notamment s’ils ne réussissent pas à obtenir le nombre de signatures demandé.

« On sera à près de 60 candidats », entrevoit tout de même M. Holness, en entrevue avec Le Devoir en marge de cette annonce, tout en reconnaissant que la fusion survient tardivement dans la campagne municipale en cours.

« Demain, on est dans le dernier 500 mètres de la course d’aviron. Donc, on va faire un arrimage, toutes les candidatures, pour officialiser demain, à 16 h 30, toutes les candidatures pour Mouvement Montréal », avait d’ailleurs déclaré Marc-Antoine Desjardins pendant cette conférence. « Les candidats sont à bord », a-t-il insisté, au sujet de la fusion.

Des sources confirment d’ailleurs que M. Desjardins briguera la mairie d’Outremont, actuellement occupée par un élu de Projet Montréal. Il serait d’ailleurs le bras droit de M. Holness, au titre de président du comité exécutif, si le parti Mouvement Montréal venait à obtenir le pouvoir en novembre. En attendant, à la lumière de cette fusion, le nom de M. Desjardins a été rayé de la liste des invités à un débat organisé jeudi soir par l’organisme Les amis de la montagne, auquel ont été invités Balarama Holness, Denis Coderre et Valérie Plante.

Des points de discorde

Le parti fondé par Balarama Holness récoltait 8 % des intentions de vote dans un récent sondage Léger-Le Devoir. Ce taux montait à 15 % chez les non-francophones. Mouvement Montréal se plaçait ainsi en troisième position dans la course, tandis que les formations de Valérie Plante et de Denis Coderre étaient coude à coude. Le parti de M. Desjardins, Ralliement pour Montréal, obtenait pour sa part 5 % des intentions de vote.

En alliant leurs voix, les deux aspirants à la mairie ont ainsi dit espérer attirer une partie du vote francophone et anglophone à Montréal. « C’est le temps de marcher ensemble à Montréal, de s’unir », a lancé M. Desjardins, tout sourire.

Les deux hommes devront toutefois régler certains points de discorde dans les prochains jours. En marge du lancement de son parti, le 12 juillet, M. Desjardins avait notamment tenu des propos durs à l’endroit de M. Holness concernant son désir d’obtenir un statut bilingue pour la Ville de Montréal, en affirmant que celui-ci s’est « discrédité comme troisième joueur » dans cette campagne électorale en faisant cette déclaration « complètement provocatrice ».

« Je trouve que malheureusement, il a perdu toute légitimité et toute crédibilité pour concrètement incarner une voix de changement à Montréal », avait alors renchéri M. Desjardins.

M. Holness, qui a pour sa part dépeint le 17 septembre dernier les candidats de Ralliement pour Montréal comme n’étant pas « crédibles », est resté vague jeudi à savoir si sa position concernant le statut linguistique de la Ville allait changer au terme de cette fusion.

Balarama Holness pourrait d’autre part subir les conséquences d’une déclaration controversée de M. Desjardins faite dimanche dernier, sur Twitter, selon laquelle « Montréal n’est pas un territoire mohawk non cédé selon l’archéologie et l’histoire ». « Montréal est un territoire algonquin non cédé, a de nouveau insisté M. Desjardins jeudi, en point de presse. Il faut qu’on se réfère à l’histoire. Je pense que de faire une consultation avec les Premières Nations à ce sujet pourrait être une bonne chose. »

La cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante, a d’ailleurs accueilli cette nouvelle mouture de Mouvement Montréal avec ironie jeudi.

« Pour être honnête, j’ai hâte de voir comment ils vont s’allier. Balarama Holness voulait avoir un statut bilingue pour la Ville de Montréal, et M. Desjardins a dit qu’on ne devrait pas reconnaître l’héritage autochtone à Montréal. Ce sera intéressant à voir », a-t-elle lâché en marge d’une conférence de presse à Parc-Extension, en matinée.

Quant à l’issue de ces élections municipales, « on ne tient rien pour acquis », a lancé jeudi le chef d’Ensemble Montréal, Denis Coderre. « Ce sera à nous à être convaincants », a-t-il ajouté lors d’un point de presse au centre-ville.

Avec Jeanne Corriveau

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