La préservation du mont Royal appelée à devenir un enjeu électoral

Depuis quelques années, le financement annuel de l’entretien du parc du Mont-Royal provenant de la ville-centre oscille entre 2,2 et 2,3 millions de dollars.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis quelques années, le financement annuel de l’entretien du parc du Mont-Royal provenant de la ville-centre oscille entre 2,2 et 2,3 millions de dollars.

Les propositions de certains candidats à la mairie de Montréal concernant le parc du Mont-Royal inquiètent un organisme, qui presse ceux-ci de prendre des engagements concrets concernant la préservation de ce site, confronté à un achalandage accru qui menace sa biodiversité.

Si certains candidats à la mairie de Montréal passaient de la parole aux actes concernant leur vision du mont Royal, cela entraînerait « un net recul pour la protection de la montagne », fait valoir l’organisme Les amis de la montagne dans un communiqué fourni sous embargo au Devoir.

L’organisme mettra à jour son site Web vendredi avec une liste de cinq orientations destinées à influencer les différents partis municipaux dans leurs engagements électoraux en prévision du scrutin municipal du 7 novembre. Car, actuellement, « il y a de bonnes raisons d’être inquiets » pour l’avenir du mont Royal, constate l’urbaniste Gérard Beaudet, professeur à l’Université de Montréal.

Au cours des derniers mois, l’aspirant maire Denis Coderre a notamment proposé, dans un effort de densification du centre-ville, de mettre fin à la mesure réglementaire qui interdit la construction d’immeubles d’une hauteur plus grande que celle du mont Royal, soit 232,5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Une proposition qui a soulevé un tollé auprès d’urbanistes, de défenseurs du patrimoine et de divers organismes qui se préoccupent de la préservation du mont Royal.

À l’inverse, une des orientations des Amis de la montagne va en faveur d’une réduction des hauteurs permises des grands immeubles et d’une augmentation de la distance minimale séparant ceux-ci.

« On doit s’assurer de conserver une distance entre les immeubles pour maintenir la vue depuis et vers la montagne », explique la directrice des affaires publiques de l’organisme, Maryline Charbonneau, qui souhaite ainsi éviter un « effet de mur » causé par les grandes tours du centre-ville.

Le parti de Valérie Plante n’a d’ailleurs pas tardé, en avril dernier, à répliquer à la proposition de Denis Coderre en faisant adopter en séance du conseil municipal une déclaration dans laquelle la Ville s’oppose à « toute tentative d’obstruer la vue vers le mont Royal au profit d’un développement privé qui ferait de Montréal une ville comme n’importe quelle autre ».

« Contrairement au parti de M. Coderre qui veut privatiser les vues [vers le mont Royal] pour le 1 %, notre objectif, c’est de garder le caractère accessible à tous du mont Royal », laisse tomber le responsable des grands parcs au comité exécutif et élu de Projet Montréal, Robert Beaudry.

Les chefs de Mouvement Montréal et de Ralliement pour Montréal s’opposent eux aussi à la proposition de M. Coderre et promettent de protéger les points de vue sur le mont Royal, s’ils sont portés au pouvoir. « De vouloir couvrir la montagne avec des édifices, c’est tout simplement ignorant, point final », affirme le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness, dont le programme électoral ne fait toutefois aucune mention du mont Royal.

Denis Coderre n’a pu accorder une entrevue au Devoir à ce sujet, jeudi. Par écrit, le conseiller d’Ensemble Montréal Lionel Perez a toutefois promis que son parti, s’il est porté au pouvoir, bonifiera les investissements consacrés au réaménagement du mont Royal en plus de poursuivre les démarches visant à faire reconnaître ce site patrimonial auprès de l’UNESCO.

« C’est un site exceptionnel et un incontournable attrait touristique. L’administration actuelle le tient pour acquis et n’a absolument rien fait pour le préserver, encore moins pour le valoriser à sa juste valeur », lance M. Perez.

Un avenir incertain

Le chef du parti Ralliement pour Montréal, Marc-Antoine Desjardins, propose pour sa part de créer un projet pilote de péages qui s’appliquerait dès 2022 aux automobilistes qui empruntent la voie Camillien-Houde, donnant accès au sommet du mont Royal.

« Il faut s’assurer de maintenir l’accessibilité pour tout le monde [au mont Royal] », réplique Maryline Charbonneau, qui rappelle que ce site se veut un « bien commun ».

M. Desjardins, un sportif aguerri, propose aussi de réhabiliter la piste de ski alpin du mont Royal d’ici 2025 et d’aménager des sentiers destinés notamment au vélo de montagne à l’intérieur de ce parc. « On veut démocratiser le sport en temps de pandémie », fait-il valoir en entrevue.

« Je pense que dans la situation actuelle, il y a déjà une grande pression sur la montagne », prévient toutefois le directeur général du Conseil régional de l’environnement (CRE) de Montréal, Emmanuel Rondia, qui estime que ce site a déjà atteint ses pleines capacités de développement.

Manque de financement

Depuis quelques années, le financement annuel de l’entretien du parc du Mont-Royal provenant de la ville-centre oscille entre 2,2 et 2,3 millions de dollars. Or, la pandémie a fait exploser l’achalandage du site, qui a aussi été confronté dans les dernières années aux ravages causés par l’agrile du frêne et à la création de sentiers sauvages qui affectent la biodiversité de cet espace vert. Il y a ainsi « urgence » d’augmenter le budget d’entretien de ce parc, insiste Mme Charbonneau.

À cet égard, Robert Beaudry indique que le comité exécutif a adopté ce mercredi un emprunt de 20 millions de dollars pour financer divers travaux prévus au programme de réaménagement du parc du Mont-Royal, incluant la végétalisation de sentiers informels sur le site.

Balarama Holness voit pour sa part dans le fort achalandage du parc du Mont-Royal depuis le début de la pandémie le signe « qu’il y a un “désert vert” dans d’autres arrondissements de Montréal ». Son parti propose ainsi de créer des parcs un peu partout dans la métropole afin de répartir l’achalandage.

Un parc à agrandir

La tenue cet automne d’une consultation publique concernant le réaménagement du site de l’ancien hôpital Royal Victoria représente d’autre part une occasion pour Les amis de la montagne de réclamer un agrandissement du parc du Mont-Royal sur une partie de cet immense terrain, dont une portion est convoitée par l’Université McGill. Cela représenterait aussi l’occasion de créer de nouveaux accès formels à cet espace vert, estime l’organisme.

« On voyait la requalification du mont Royal comme une occasion d’agrandir le site du mont Royal », assure d’ailleurs M. Beaudry, qui propose aussi de verdir l’immense stationnement qui se trouve sur ce site, dont l’accès au public doit selon lui être maintenu à tout prix.

À voir en vidéo