Valérie Plante réitère sa confiance en Will Prosper, qui reconnaît sa «grave erreur»

La mairesse de Montréal, Valérie plante, réitère sa confiance en son candidat à la mairie de Montréal-Nord.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mairesse de Montréal, Valérie plante, réitère sa confiance en son candidat à la mairie de Montréal-Nord.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a réitéré jeudi sa confiance en son candidat vedette à la mairie de Montréal-Nord, Will Prosper. Ce dernier a reconnu avoir commis « une grave erreur » au début des années 2000, une erreur qui a mené à sa démission de la Gendarmerie royale du Canada. Denis Coderre, de son côté, réclame le retrait de M. Prosper, qu’il a associé à une « taupe » du crime organisé.

La candidature du documentariste et travailleur communautaire avait été annoncée en grande pompe la semaine dernière. L’ancien policier a notamment fondé l’organisme Hoodstock, qui milite contre les inégalités systémiques. Le Journal de Montréal a toutefois levé le voile jeudi sur les circonstances troubles qui ont mené à son départ de la GRC en 2003.

Le quotidien rapporte que M. Prosper, qui était gendarme dans une communauté crie du nord du Manitoba, aurait effectué en 1999 des recherches sur le Centre d’information de la police canadienne — une banque de données qui permet notamment de savoir si une personne est visée par un mandat d’arrêt ou fait l’objet d’une surveillance policière — à propos de trois individus liés à un gang de rue de Montréal soupçonnés de meurtre. Une enquête approfondie avait été menée et avait établi que M. Prosper avait des liens d’amitié avec des membres de ce gang criminel.

« Oui, j’ai consulté un registre sans autorisation, ce qui est une grave erreur. J’aurais dû être meilleur. Je continue à en mesurer les conséquences dans ma vie professionnelle et personnelle », a déclaré Will Prosper en fin d’après-midi lors d’une conférence de presse à Montréal-Nord. M. Prosper nie cependant avoir appelé l’un des suspects dans cette affaire, comme l’affirme la GRC. « Je n’ai jamais divulgué aucune information auprès d’organisations criminelles […] Comme ancien policier et comme travailleur communautaire, je n’ai qu’une seule mission : sortir les jeunes de la criminalité, a-t-il affirmé. Je ne mens pas. »

Le Comité externe d’examen de la GRC a pour sa part jugé que M. Prosper avait « délibérément » commis un manquement grave en accédant sans autorisation à cette base de données. Le jeune gendarme a ensuite été forcé à démissionner, en 2003, après avoir tenté en vain de faire appel de la décision.

Toujours candidat

Pressée de questions à ce sujet en marge d’une conférence de presse tenue à Rosemont jeudi, Valérie Plante a confirmé que Will Prosper demeure candidat pour son parti, malgré ces révélations.

« La candidature de Will Prosper ne se limite pas à ce qui s’est passé il y a 22 ans », a déclaré Mme Plante, qui a rappelé l’importante implication de l’homme dans les dernières années auprès des jeunes de Montréal-Nord. « Combien de temps ça prend avant qu’on nous pardonne pour quelque chose qu’on a fait dans le passé ? » a demandé Mme Plante plus tard en après-midi, tout en assurant qu’elle ne « minimise » pas les gestes commis par son candidat.

« Je pense que les Montréalais et les Montréalaises adhèrent à cette idée de donner une deuxième chance, surtout quand la personne a payé et a perdu sa job. Et je le rappelle, il n’a aucun casier judiciaire, aucune poursuite non plus, il ne faut pas oublier ça », a ajouté la mairesse.

Quand on lui a demandé pourquoi son parti n’avait pas vu venir ce scandale, Valérie Plante a fait valoir que la démission de M. Prosper de la GRC au début des années 2000 était liée à une entente de confidentialité. Son parti, lors du recrutement de candidats, ne peut pas se permettre de « faire des recherches à n’en plus finir », a-t-elle fait valoir.

« Il y a des informations qui ne peuvent pas être révélées. C’est certain que je me serais fait le plus grand plaisir de le révéler, s’il y avait eu des informations criminelles », a par ailleurs indiqué M. Prosper, qui assure avoir été transparent avec Projet Montréal.

L’opposition réclame sa démission

En milieu d’après-midi, le candidat à la mairie Denis Coderre et chef d’Ensemble Montréal s’est dit « inquiet et troublé » par les révélations sur Will Prosper, dont il a demandé le départ.

« On parle de gangs de rue, on parle de sécurité, de problèmes d’information extrêmement sensibles qui peuvent avoir des répercussions », a indiqué M. Coderre, qui a carrément associé M. Prosper à « une taupe » du crime organisé.

Des « amalgames » que Mme Plante a vivement déplorés, tout en rappelant au passage que M. Coderre a lui-même fait l’objet d’une enquête de la GRC et de l’UPAC après avoir reçu un don de 25 000 $ en 2012 de la part d’un homme d’affaires et organisateur du Parti libéral du Canada. « Ça ne l’a pas empêché d’être ministre et de devenir maire. […] Alors, pourquoi est-ce que Denis Coderre aurait le droit à une deuxième chance et que Will Prosper ne l’aurait pas ? » a questionné la mairesse.

Vérifications approfondies

À l’instar de l’opposition officielle, le parti de Valérie Plante effectue une vérification des antécédents judiciaires de ses candidats en plus de leur poser une série de questions sur leur passé et de scruter leurs réseaux sociaux. Mais des experts doutent que ce soit suffisant.

L’experte en gestion municipale et professeure à l’UQAM Danielle Pilette estime ainsi que les formations politiques municipales devraient aller plus loin dans la vérification des antécédents de leurs candidats, notamment en menant des enquêtes de réputation auprès des anciens employeurs et collègues de leurs candidats.

« C’est une enquête qui demande beaucoup plus de moyens et qui est beaucoup plus intrusive quant à la vie [privée] de la personne », d’autant plus que les moyens financiers des partis politiques sont limités, reconnaît-elle néanmoins.

Dans le cas de Will Prosper, « la GRC n’a pas fait porter d’accusations criminelles sur Monsieur, donc il n’y a aucune trace. Ça aurait donc été très difficile de le voir passer de prime abord », reconnaît pour sa part le propriétaire de l’entreprise Accès Identité et Investigation, François Du Sablon. L’expert en vérification d’antécédents judiciaires estime toutefois qu’une enquête « plus approfondie » aurait permis à Projet Montréal de déceler les détails du départ de M. Prosper de la GRC, en échange de plusieurs milliers de dollars auprès d’une entreprise spécialisée.

« Ça dépend toujours de ce qu’on est prêt à investir », laisse tomber M. Du Sablon.

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