Un marathon électoral à Montréal

La campagne électorale montréalaise est loin d’avoir atteint sa vitesse de croisière.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir La campagne électorale montréalaise est loin d’avoir atteint sa vitesse de croisière.

À quatre mois des élections municipales, les candidats se préparent à une bataille de terrain sans les poignées de main habituelles. La campagne électorale montréalaise est loin d’avoir atteint sa vitesse de croisière. Le chemin demeure cependant un peu cahoteux pour Denis Coderre, qui a rencontré plusieurs embûches, alors que Valérie Plante, elle, doit composer avec un bilan de mandat marqué par la pandémie et la morosité ambiante.

Denis Coderre a soigneusement orchestré son retour en politique au mois de mars dernier et, depuis, il égrène les candidatures, parmi lesquelles des vedettes comme Guillaume Lavoie, un ancien élu de Projet Montréal qui briguera la mairie de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, et Serge Sasseville, ex-vice-président de Québecor qui tentera de se faire élire comme conseiller dans Ville-Marie. Le candidat à la mairie de Montréal a aussi rapatrié Hadrien Parizeau et convaincu plusieurs candidats et candidates issus des minorités à se joindre à son équipe.

Plus de trois mois après la parution de son livre Retrouver Montréal, le vernis du Coderre transformé a-t-il tenu le coup ? Professeur à l’UQAM et spécialiste de la communication politique et de l’image, Olivier Turbide exprime quelques doutes. Au début de sa campagne, Denis Coderre a brandi son livre comme un nouvel évangile autour duquel s’articule sa vision pour Montréal. Sa perte de poids, son mea culpa et son humilité laissaient présager un Coderre nouveau. « Tout ça a apporté une couverture politique positive et une opinion populaire assez favorable, relate M. Turbide. Lors de sa sortie publique au campement de fortune au boisé Steinberg, on a vu ses forces : sa proximité avec les gens, son sens de la clip et son pragmatisme. Son arrogance et le côté bulldozer qui caractérisaient la fin de son mandat de maire étaient moins visibles. »

La situation s’est gâtée à la mi-mai, lorsqu’il a dû exclure de son équipe son ami entraîneur de boxe Ali Nestor, quelques heures après l’avoir présenté comme son futur conseiller spécial. Visé par des allégations de voies de fait et d’agression sexuelle, M. Nestor a été formellement accusé le mois dernier.

Puis, le 28 mai, un citoyen a photographié le candidat à la mairie en train de manipuler son cellulaire derrière le volant, alors qu’il était immobilisé à un feu rouge. Ses explications n’étaient pas convaincantes, indique Olivier Turbide, qui, comme bien d’autres observateurs, estime que Valérie Plante, surprise à enfreindre les règles sanitaires sur une terrasse, s’est beaucoup mieux tirée d’affaire en admettant d’emblée son erreur. « En l’espace de quelques heures, la crise était finie et on n’en parlait plus, alors que l’épisode impliquant Denis Coderre a duré plusieurs jours. »

Photo: Adil Boukind Le Devoir Du côté de Valérie Plante, la mairesse devra défendre son bilan, sa gestion de la pandémie et quelques décisions critiquées.

Finalement, les déclarations de M. Coderre sur l’alcool dans les parcs, qu’il voulait interdire après 20 h, ont soulevé quelques doutes sur sa réelle transformation. « Ça fait mal parce que c’est comme si on revoyait un Coderre 1.0, la version d’origine », souligne Olivier Turbide.

À Ensemble Montréal, on continue de dire que Denis Coderre a changé depuis 2017. « J’ai vu les changements. Il est à l’écoute », soutient un membre de son équipe en soulignant que l’épisode de l’alcool dans les parcs a été longuement discuté lors d’une réunion du caucus, ce qui a amené M. Coderre à changer d’idée. « J’ai vu une nette amélioration dans son attitude. […] Il a reculé. On apprend de nos erreurs. »

Des départs

De son côté, la mairesse, Valérie Plante, semble avoir davantage annoncé de départs que de nouvelles candidatures depuis le printemps, avec le retrait de la vie politique des François Croteau, Richard Ryan, Rosannie Filato et Cathy Wong, en plus de Jean-François Parenteau qui, sans être membre de son parti, a été très actif au sein du comité exécutif.

Il faut dire que, contrairement à Denis Coderre, Valérie Plante n’a pas convoqué de conférence de presse à chaque nouvelle candidature, se limitant dans bien des cas à les annoncer sur les réseaux sociaux. Projet Montréal a par ailleurs mis en place un système d’investitures auquel tous les candidats doivent se plier, ce qui retarde le processus de mises en candidature.

Valérie Plante devra défendre son bilan, sa gestion de la pandémie et quelques décisions critiquées, comme le Réseau express vélo (REV) ainsi que le règlement sur la métropole mixte. « Elle traîne quand même un boulet dans l’espace public, lié aux décisions qu’elle a prises, notamment sur les entraves aux automobiles, et son côté idéologique plus à gauche », avance Olivier Turbide.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Malgré les embûches qu’a croisées Denis Coderre, à Ensemble Montréal, on continue de dire que l’ancien maire a changé depuis 2017. 

Dans les rangs de Projet Montréal, on reste optimiste même si les derniers sondages accordent une avance à Denis Coderre. La crise climatique et les températures extrêmes enregistrées dans l’ouest du pays requièrent des actions en matière de transition écologique et Projet Montréal est le mieux placé pour agir dans ce dossier, souligne-t-on. « On ne va pas faire la gaffe de Coderre en 2017 et tenir pour acquis qu’on va être réélus », mentionne une élue.

Reste que la campagne est jeune. Selon Fanny Tremblay-Racicot, professeure adjointe à l’École nationale d’administration publique (ENAP), deux thèmes seront incontournables pendant la campagne électorale montréalaise : l’habitation et le transport. « Compte tenu du fait que la Caisse de dépôt court-circuite les plans de la Ville, on peut se demander à quel point le prochain maire ou la prochaine mairesse aura un mot à dire ou un certain contrôle sur les décisions d’investissements », dit-elle.

Présence de diversité

La diversité au sein du prochain conseil municipal risque aussi d’être une question centrale du prochain mandat. Lors des élections de 2017, Projet Montréal s’était fait reprocher de ne pas avoir suffisamment épaulé ses candidats issus des minorités. Valérie Plante a promis d’y remédier.

Directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Niemi croit que les partis ont bien compris l’importance d’une présence accrue de la diversité parmi les candidats. « Mais on ne peut pas parler d’une plus grande diversité sans parler de la diversité dans son ensemble », dit-il. Ainsi, explique-t-il, il importe que des personnes handicapées, celles de différentes générations et les personnes issues de milieux socioéconomiques variés soient représentées sur les bulletins de vote et dans les instances de la Ville. « Il faut avoir une gouvernance qui reflète la population », dit-il.

Projet Montréal et Ensemble Montréal visent la parité hommes-femmes parmi les candidats. À Ensemble Montréal, par exemple, 34 des 71 candidats confirmés sont des femmes. Quant aux candidats issus de la diversité, aucun quota n’a été établi, mais les deux partis conviennent de la nécessité de mieux refléter la population montréalaise.

La pandémie risque de perturber les activités de campagne et probablement d’empêcher le porte-à-porte. Chose certaine, les poignées de main auxquelles carburent les candidats seront bannies pour plusieurs mois encore. « Y aura-t-il une 4e vague ? On la voit en Europe. Mais on ne le sait pas », admet Raphaëlle Rinfret-Pilon, d.g. de Projet Montréal.

« Je pense que tous les élus en poste sont avantagés », croit pour sa part Luis Miranda, qui sollicitera un neuvième mandat à la mairie d’Anjou.

Outre Valérie Plante et Denis Coderre, plusieurs candidats de tiers partis briguent la mairie de Montréal, parmi lesquels Balarama Holness, de Mouvement Montréal, et Marc-Antoine Desjardins, de Ralliement pour Montréal.

Deux batailles à surveiller

Deux mairies d’arrondissement risquent d’être âprement disputées lors des élections montréalaises. Dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, la conseillère de Projet Montréal Laurence Lavigne Lalonde affrontera deux anciens élus du parti de Valérie Plante, soit Guillaume Lavoie, d’Ensemble Montréal, et la mairesse actuelle, Giuliana Fumagalli.

Dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Sue Montgomery saura-t-elle garder son poste de mairesse après son mandat mouvementé ? Expulsée de Projet Montréal en janvier 2020, elle fera face au conseiller d’Ensemble Montréal et actuel chef de l’opposition, Lionel Perez. Projet Montréal n’a toujours pas choisi de candidat à la mairie de cet arrondissement.

 

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