Balarama Holness veut un statut bilingue pour la Ville de Montréal

Fils d’un père d’origine jamaïcaine et d’une mère québécoise, le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness, se décrit lui-même comme un «fier francophone et un fier anglophone».
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Fils d’un père d’origine jamaïcaine et d’une mère québécoise, le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness, se décrit lui-même comme un «fier francophone et un fier anglophone».

Le candidat à la mairie de Montréal Balarama Holness plaide en faveur d’un statut bilingue pour la Ville de Montréal, jetant du même coup un pavé dans la mare en pleine journée de fête nationale. Selon lui, les citoyens anglophones et allophones devraient avoir un meilleur accès aux services en anglais à la Ville et les entreprises devraient pouvoir mener leurs activités dans les deux langues afin d’assurer à la métropole un meilleur rayonnement sur la scène internationale.

« La réalité sur le terrain, c’est que Montréal est une ville multiculturelle et bilingue. C’est simplement la réalité », soutient l’ancien joueur des Alouettes, qui briguera la mairie de Montréal le 7 novembre prochain à la tête de son parti, Mouvement Montréal. « Le Québec est une société distincte au Canada et Montréal est une métropole distincte au Québec. Il faut le reconnaître. »

Balarama Holness a décidé d’adopter cette position dans la foulée du projet de loi 96 sur la langue officielle et commune du Québec et du projet de loi fédéral C-32 sur les langues officielles.

Il reproche notamment au gouvernement Legault son recours à la clause dérogatoire pour protéger la loi 96 de contestations judiciaires. « Pour moi, le fait qu’on suspende nos droits immédiatement sans avoir laissé les tribunaux légiférer […], c’est très problématique. »

Quant au projet de loi C-32, il créera « une deuxième classe de citoyens au Québec : les personnes anglophones minoritaires », affirme-t-il.

Services en anglais

Le premier article de la Charte de la Ville de Montréal stipule que Montréal est une ville de langue française, mais, selon Balarama Holness, ce statut devrait être modifié pour faire de Montréal une « ville multiculturelle et bilingue ».

En premier lieu, tous les Montréalais anglophones et allophones devraient avoir accès à des services municipaux en anglais, estime Balarama Holness. L’ensemble des documents de la Ville devraient aussi être offerts dans les deux langues, ce qui n’est pas le cas de toutes les publications émanant de l’appareil municipal à l’heure actuelle, ajoute-t-il.

Rappelons qu’en vertu de la Charte de la langue française, la Ville de Montréal, tout comme les autres municipalités du Québec, est tenue de rédiger tous ses textes et ses documents en français. Ceux-ci peuvent être rédigés en anglais également, mais il ne s’agit pas d’une obligation. Lorsqu’un citoyen communique en anglais avec la Ville, celle-ci peut toutefois s’adresser à lui dans cette langue. Plusieurs municipalités de l’île de Montréal ont un statut bilingue, mais à Montréal seul l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro est doté d’un tel statut.

Protéger le français

La bilinguisation devrait aussi s’étendre au secteur privé, ajoute Balarama Holness, tout en reconnaissant que Montréal n’a pas de compétence en la matière. Ainsi, avance-t-il, les entreprises montréalaises devraient pouvoir mener leurs activités dans les deux langues, ce qui leur permettrait d’être plus compétitives à l’échelle nationale et sur la scène internationale et d’attirer des investisseurs étrangers.

Et qu’en est-il du français, dont le déclin est observé depuis des années dans la métropole ? Balarama Holness assure qu’il importe de protéger la langue française. Pour y parvenir, il suggère que la Ville offre des cours de français gratuits à l’ensemble de la population. Il fait cependant valoir qu’accorder plus de droits aux minorités anglophones et allophones n’empiète pas sur ceux des francophones.

Fils d’un père d’origine jamaïcaine et d’une mère québécoise, Balarama Holness se décrit lui-même comme un « fier francophone et un fier anglophone ». « J’ai appris le français grâce à la loi 101, dit-il. [Ma démarche] ne vise pas à continuer à éroder la langue française. On veut la protéger. On veut la valoriser. Mais on peut le faire tout en protégeant les droits des autres minorités linguistiques. »

Le candidat à la mairie est convaincu que plusieurs francophones seront d’accord avec sa position. « Je crois qu’il y a beaucoup de francophones des plus jeunes générations qui comprennent les faits simples : il faut pouvoir faire des affaires dans les deux langues pour être compétitifs à l’échelle nationale et à l’échelle internationale. Il faut pouvoir offrir des services en français et en anglais dans tous les secteurs, y compris le secteur de la santé. »

Selon les données du recensement de 2016, un peu plus de 903 000 Montréalais parlent exclusivement le français à la maison, soit 59 % de la population, contre 306 000 qui n’utilisent que l’anglais, ce qui équivaut à 20 % de la population. Quelque 315 000 personnes parlent une langue autre que le français ou l’anglais à la maison.

En mars dernier, l’administration de Valérie Plante avait présenté son premier Plan d’action en matière de valorisation de la langue française pour la période allant de 2021 à 2024, réaffirmant ainsi l’importance du français « comme langue officielle et commune » de la Ville. Et il y a deux semaines, la mairesse avait annoncé l’intention de son administration de créer un poste de commissaire à la langue française.

De son côté, l’élu d’Ensemble Montréal Hadrien Parizeau souhaite que la Ville de Montréal mette sur pied un Conseil montréalais de la langue française.

À voir en vidéo