Des dizaines de chantiers routiers paralysés à Montréal

La Ville estime à une soixantaine le nombre de chantiers routiers qui sont maintenus. Une vingtaine d’autres, qui avaient débuté avant le déclenchement de la grève, ont été suspendus et moins de 40 seraient reportés
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Ville estime à une soixantaine le nombre de chantiers routiers qui sont maintenus. Une vingtaine d’autres, qui avaient débuté avant le déclenchement de la grève, ont été suspendus et moins de 40 seraient reportés

À Montréal, la moitié des chantiers routiers de la Ville sont paralysés ou reportés en raison de la grève des ingénieurs municipaux déclenchée le 2 juin dernier. Des travaux pilotés par les arrondissements ont aussi été mis sur pause. Le conflit de travail pourrait réduire momentanément le nombre de cônes orange dans les rues de la métropole, mais s’il perdure, il forcera la Ville à revoir le calendrier des travaux dans les mois à venir.

Les travaux d’aménagement du Réseau express vélo (REV) dans l’arrondissement du Sud-Ouest devront attendre, compte tenu du conflit de travail. Dans Rosemont–La Petite-Patrie, la construction de saillies de trottoir qui devait commencer sous peu a été reportée. Dans le Plateau-Mont-Royal, les travaux des Terrasses Roy débuteront plus tard que prévu.

Il s’agit de quelques chantiers pilotés par les arrondissements, mais la ville centre a elle aussi dû reporter ses propres travaux d’infrastructure, dont ceux du remplacement des entrées d’eau en plomb.

La Ville de Montréal soutient qu’au déclenchement de la grève, elle a analysé chaque chantier afin de réduire les répercussions pour les citoyens. Elle indique que les travaux jugés « essentiels » sont maintenus et que plusieurs grands chantiers suivent leur cours. C’est notamment le cas de ceux de la rue Peel, de la rue Sainte-Catherine Ouest, du MIL Montréal et de l’échangeur Remembrance–Côte-des-Neiges.

La Ville estime à une soixantaine le nombre de chantiers routiers qui sont maintenus. Une vingtaine d’autres, qui avaient débuté avant le déclenchement de la grève, ont été suspendus et moins de 40 seraient reportés. La valeur des chantiers suspendus atteint 62 millions, alors que celle des travaux dont le début est reporté grimpe à 264 millions, selon les données fournies par la Ville.

Impasse dans les négociations

Le Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de Montréal (SPSPEM) regroupe 550 membres, dont 520 ingénieurs, ainsi que des chimistes, des arpenteurs-géomètres et des vétérinaires. Les négociations entre le syndicat et la Ville ne laissent pas présager un dénouement imminent du conflit. Les parties ne s’entendent pas sur la rémunération. Les syndiqués réclament un rattrapage salarial, alléguant que la Ville peine à retenir ses ingénieurs en raison de la rémunération. « Pour nous, c’est inconcevable que des scientifiques et des ingénieurs de Montréal gagnent moins cher que ceux de villes voisines comme Laval », explique la présidente du syndicat, Marie-Ève Dufour.

Le syndicat réclame aussi des compensations pour des concessions qu’il a accordées il y a plusieurs années, ce que la Ville refuse net. « Je ne peux pas accepter ça. L’impact est beaucoup trop important », rétorque le président du comité exécutif, Benoit Dorais. La Ville estime que la compensation réclamée équivaut à 15 % de la rémunération, à laquelle s’ajoute un rattrapage salarial de 11 % et d’autres demandes. « Ça ne respecte absolument pas la capacité de payer des payeurs de taxes », ajoute l’élu, qui assure que la Ville est prête à reprendre les négociations, mais encore faudrait-il que le syndicat abandonne certaines revendications, dit-il.

Benoit Dorais rappelle que l’administration Plante a réussi à s’entendre avec plusieurs syndicats et à signer de nouvelles conventions collectives, dont celles des cols bleus et des pompiers. Il rejette par ailleurs les critiques du syndicat sur l’affaiblissement de l’expertise interne. 120 nouveaux ingénieurs ont été embauchés par la Ville en cinq ans, avance Benoit Dorais.

 
62 millions
C’est la valeur des chantiers suspendus en raison de la grève des ingénieurs municipaux.

En l’absence des ingénieurs, certains cadres ont pris le relais dans les chantiers. Dans d’autres cas, ce sont des firmes externes qui sont présentes. Marie-Ève Dufour indique que le conflit met à risque les deux tiers des chantiers prévus en 2021. « S’il faut en reporter plusieurs, ça va être autant de projets qui vont encombrer les rues de Montréal l’an prochain », prévient-elle.

À ce sujet, Benoit Dorais soutient que l’analyse visant à décaler les chantiers est déjà en cours. « Des membres du syndicat nous disent que ça risque d’être un fouillis incroyable, mais on est à confectionner les enveloppes. On va être capable de recoordonner ces chantiers et d’en décaler. On n’est pas inquiets », dit-il.

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