Appel pressant pour protéger le mont Royal

Le consensus suggère ainsi d’évaluer la protection de vues additionnelles et de «redéfinir les limites de hauteur et instaurer des distances séparatrices plus nettes entre les édifices en hauteur».
Photo: Jonathan Taillefer Getty Images Le consensus suggère ainsi d’évaluer la protection de vues additionnelles et de «redéfinir les limites de hauteur et instaurer des distances séparatrices plus nettes entre les édifices en hauteur».

La Table de concertation du Mont-Royal, qui regroupe les institutions et organismes présents sur la montagne, a convenu vendredi dernier d’une déclaration commune afin de demander à la Ville de Montréal de réévaluer les mesures de protection des vues et revoir les limites de hauteur des immeubles dans le cadre des travaux du nouveau Plan d’urbanisme et de mobilité.

La déclaration rédigée sous forme de « consensus », telle que le veut la pratique de la Table de concertation du Mont-Royal, insiste sur l’importance de considérer que « la présence du mont Royal, comme repère visuel, demeure un élément distinctif et essentiel du paysage de la ville et de la métropole ». Elle est appuyée par l’ensemble des membres de la Table, qui réunit des organismes tels qu’Héritage Montréal et les Amis de la montagne, mais aussi des institutions parmi lesquelles l’Université de Montréal, l’Université McGill, HEC Montréal et l’Oratoire Saint-Joseph, ainsi que des élus des villes et arrondissements environnants.

Ce consensus n’y fait pas allusion, mais il survient après que le candidat à la mairie de Montréal, Denis Coderre, eut suggéré dans son livre Retrouver Montréal publié en mars de densifier le centre-ville et d’envisager d’autoriser des gratte-ciel qui dépassent le mont Royal.

Dinu Bumbaru, directeur des politiques à Héritage Montréal, souligne que des projets comme la tour de 120 mètres prévue au-dessus du magasin La Baie soulève des questions déjà pressantes. « Le livre [de Denis Coderre] est dans le paysage, mais il y a des constructions autrement plus tangibles et ça pose la question du modèle de développement du centre-ville », explique-t-il.

À cet égard, le chantier du nouveau Plan d’urbanisme donne l’occasion de réitérer les préoccupations quant à la présence emblématique du mont Royal. « Les gens ne réalisent pas que ça prend des années pour faire des gaffes et des décennies pour les réparer. »

En 2009, le Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal avait permis de répertorier les vues à protéger, mais cette mesure n’est pas suffisante, estime Dinu Bumbaru. Le consensus suggère ainsi d’évaluer la protection de vues additionnelles et de « redéfinir les limites de hauteur et instaurer des distances séparatrices plus nettes entre les édifices en hauteur ».

La proposition de Denis Coderre, qui demeure en toile de fond, alimente les appréhensions. « Ça demeure toujours inquiétant qu’on veuille rouvrir ce débat-là parce que l’intégrité de la montagne dépend de la protection que les élus veulent lui donner », souligne Maryline Charbonneau, directrices des affaires publiques aux Amis de la montagne. « Avec le Plan d’urbanisme et de mobilité, l’heure est venue de faire les constats des outils qui existent et les renforcer. »

De son côté, Denis Coderre tente de se faire rassurant. « On va toujours protéger le mont Royal », a-t-il indiqué au Devoir mercredi. « J’ai toujours parlé en termes de densité. […] Ça ne veut pas dire qu’il va y avoir des gratte-ciel partout. Mais ça veut dire qu’on peut avoir, au lieu d’un cinq étages, un sept étages et des choses comme ça. On doit protéger les vues, mais on ne doit pas évacuer le débat sur la nécessité d’augmenter la densité à Montréal. »

Le candidat à la mairie a cependant promis de rencontrer les membres de la Table de concertation du Mont-Royal afin de leur exposer sa position.

C’est le conseiller de Projet Montréal Alex Norris qui préside la Table de concertation du Mont-Royal de façon intérimaire depuis le départ de Claude Corbo l’an dernier. Il a soutenu ne pas avoir participé aux délibérations qui ont mené à la déclaration de la Table vendredi dernier. « Mais en tant qu’élu de Projet Montréal, je ne peux que me réjouir du fait que les experts et les partenaires aient adopté un consensus qui va dans le même sens que la position de notre administration. »

En avril dernier, la question de la préservation du mont Royal s’était transporté au conseil municipal de Montréal. La mairesse Plante avait alors soumis une proposition visant à protéger les vues vers le mont Royal et à limiter les hauteurs des immeubles au centre-ville. La déclaration avait été adoptée par la majorité, mais les élus d’Ensemble Montréal avaient voté contre la proposition, accusant l’administration Plante d’utiliser le conseil municipal pour se livrer à une manœuvre électorale contre leur chef Denis Coderre.

Le chef de l’opposition, Lionel Perez, estimait que les élus devaient voir « grand ». « Les constructeurs trouvent plus avantageux de construire en banlieue et ainsi contribuer à l’étalement urbain. Le refus de l’administration de même évoquer un changement dans notre vision de la ville contribue à cet étalement urbain », avait-il déclaré.

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