Les campements de fortune doivent être «temporaires», martèle Denis Coderre

Chose certaine, tous les habitants de ce campement rencontrés par «Le Devoir» sont unanimes: il n’est pas question pour eux de se tourner vers un refuge d’urgence.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Chose certaine, tous les habitants de ce campement rencontrés par «Le Devoir» sont unanimes: il n’est pas question pour eux de se tourner vers un refuge d’urgence.

Les campements de fortune doivent être « temporaires », a martelé mardi le candidat à la mairie de Montréal, Denis Coderre, qui propose la création de maisons de chambres dans des hôtels de la métropole. Une avenue qu’explore déjà la Ville, confirme l’administration de Valérie Plante.

Le chef d’Ensemble Montréal, qui tentera de déloger Mme Plante aux élections municipales de novembre, a visité mardi avant-midi un campement de fortune qui a pris forme dans les dernières semaines dans un boisé situé dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, près des intersections de la rue Hochelaga et du boulevard de l’Assomption.

Dans les derniers jours, de nouvelles tentes ont continué de s’ajouter à ce campement, qui dispose notamment d’une cuisine improvisée et d’extincteurs pour intervenir en cas d’incendie. M. Coderre est d’ailleurs allé à la rencontre mardi de certains de ses résidents, parmi lesquels on compte Guylain Levasseur, qui a abouti à cet endroit avec son chien il y a un peu plus d’une semaine.

« On a besoin de [toilettes chimiques] et d’autres choses, mais sinon ici, c’est merveilleux. On se croirait dans un vrai terrain de camping », a lancé M. Levasseur, qui bénéficie du soutien de la communauté. Plusieurs résidents ont d’ailleurs participé samedi dernier à une corvée de nettoyage de ce boisé.

« Je ne suis pas prêt à partir. C’est ma maison ici », a ajouté M. Levasseur, qui espère pouvoir passer l’été sur ce site, où il loge dans une roulotte.

Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Denis Coderre a visité mardi avant-midi un campement de fortune qui a pris forme ces dernières semaines dans un boisé situé dans l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

Des campements « temporaires »

« Moi, je ne suis pas d’accord à ce que tu passes l’été ici. Ça prend des solutions permanentes », a répliqué M. Coderre, qui a martelé à plusieurs reprises mardi, pendant sa visite, que les campements se doivent d’être « temporaires ».

« On parle toujours de faire plus de logements sociaux, mais on fait juste le dire au lieu de le faire », a fait valoir M. Coderre, en référence à la promesse électorale de Projet Montréal d’aménager 12 000 logements sociaux et abordables d’ici la fin de son premier mandat, en novembre prochain.

Le candidat à la mairie de Montréal a ainsi pressé la Ville de procéder rapidement à l’achat de bâtiments ou à la location à long terme d’hôtels afin de transformer ceux-ci en maisons de chambres. Celles-ci serviraient de lieux de « transition » en attendant que la Ville concrétise la construction de nouveaux logements sociaux, propose l’aspirant maire.

« Dans le fond, ce qu’ils veulent, c’est de l’espoir. Ce qu’ils veulent, ce sont des solutions permanentes », a affirmé M. Coderre, en référence aux sans-abri qui se trouvent actuellement dans des campements à différents endroits à Montréal.

Le candidat à la mairie reconnaît toutefois qu’une solution magique n’existe pas et que d’autres avenues devront être explorées par la Ville pour répondre aux besoins spécifiques des itinérants dans les différents secteurs de la métropole où se trouvent des campements.

Déjà en cours, rétorque la Ville

Au cabinet de la mairesse Valérie Plante, on rétorque que le processus proposé par M. Coderre est déjà en cours.

« Dans le programme fédéral [d’Initiative pour la création rapide de logements], des hôtels sont en cours d’acquisition pour les transformer en logements pour personnes en situation d’itinérance », souligne son attachée de presse, Geneviève Jutras.

Cette dernière rappelle par ailleurs que plusieurs arrondissements centraux ont adopté l’an dernier des règlements visant à empêcher le changement de vocation des maisons de chambres existantes afin de protéger celles-ci. « L’ex-maire n’a jamais démontré de leadership sur cette question et ses élus devraient protéger les maisons de chambres des “ rénovictions” », écrit Mme Jutras, lançant ainsi une flèche aux arrondissements dirigés par Ensemble Montréal.

Chose certaine, le temps presse pour répondre aux besoins des itinérants qui se trouvent dans des campements. « Il faut agir maintenant et ne pas attendre qu’il y ait une campagne électorale », a martelé au Devoir mardi le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts, qui milite pour un meilleur accès au logement pour les itinérants.

Un démantèlement appréhendé

Dans ce campement situé à proximité du Stade olympique, dans un secteur industriel, un sentiment d’insécurité plane sur ses résidents improvisés. « Le démantèlement a été fait de manière assez rough l’année passée », s’est remémoré mardi Guylain Levasseur. Il faisait ainsi écho au retrait forcé en décembre dernier des tentes qui se trouvaient sur un vaste terrain situé à proximité de la rue Notre-Dame.

« Ça ne sert à rien de les chasser et de les écoeurer comme ça [les itinérants dans les campements] », déplore d’ailleurs l’écrivaine Marie Larocque, qui a planté sa tente dans ce campement de fortune il y a quelques jours. À l’instar de M. Levasseur, la dame de 51 ans espère elle aussi pouvoir rester sur place jusqu’à l’automne.

« C’est une belle solution temporaire qui peut marcher », croit-elle.

Chose certaine, tous les habitants de ce campement rencontrés par Le Devoir sont unanimes : il n’est pas question pour eux de se tourner vers un refuge d’urgence.

« Tout le monde parle des refuges. Les gens se font voler là-bas et c’est pour ça qu’ils sont ici », estime Mme Larocque. Alexandre Barrière rejette lui aussi cette option, car il la trouve contre-productive dans sa quête de réinsertion sociale. « Ça crée une certaine dépendance aux services » qui plonge les itinérants dans un cercle vicieux, fait-il valoir.

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