​Mobilisation pour les droits des locataires: «Il est temps que ça change»

À l’approche du 1er juillet et de la période des déménagements, la surenchère dans le prix des loyers à Montréal, associée à un phénomène de rareté des logements à plusieurs endroits, inquiète plusieurs locataires.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne À l’approche du 1er juillet et de la période des déménagements, la surenchère dans le prix des loyers à Montréal, associée à un phénomène de rareté des logements à plusieurs endroits, inquiète plusieurs locataires.

Des centaines de locataires inquiets face à la hausse rapide des loyers et les risques d’éviction accrus auxquels ils font face ont manifesté samedi après-midi à Montréal pour demander au gouvernement d’agir au sujet de la crise du logement.

Plusieurs rassemblements ont eu lieu samedi dans différentes villes de la province, incluant Québec, Joliette et Saint-Hyacinthe dans le cadre de la 9e édition de la Journée des locataires. À Montréal, des centaines de personnes se sont réunies à 13 h 30 près de la station de métro Parc, au coin des rues Jean-Talon Ouest et Hutchison.

« C’est clairement la plus grande manifestation de notre histoire au Regroupement des comités logement [et associations de locataires du Québec] », a lancé samedi son porte-parole, Maxime Roy-Allard, sous une pluie d’applaudissements. Dans le contexte de la crise du logement, les locataires ont d’ailleurs « beaucoup de raisons de sortir dans la rue », a-t-il évoqué, avant que les manifestants entament une marche en direction du métro Acadie, dans le quartier Parc-Extension.

« Les logements sont rares, les logements sont chers et quand on a un logement, année après année, on risque de subir une éviction », a ajouté M. Roy-Allard.

Une surenchère qui préoccupe

À l’approche du 1er juillet et de la période des déménagements, la surenchère dans le prix des loyers à Montréal, associée à un phénomène de rareté des logements à plusieurs endroits, inquiète plusieurs locataires. La hausse des loyers dans le Grand Montréal l’an dernier a d’ailleurs atteint 4,2 %, soit la plus importante augmentation depuis 2003, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement.

« Il est temps que ça change. Il est temps que le logement cesse d’être considéré comme une marchandise, une machine à faire du profit », a martelé Maxime Roy-Allard. Son organisme réclame ainsi un contrôle obligatoire des loyers, de même qu’un moratoire sur les évictions de locataires dans le contexte de la pandémie, comme cela avait été le cas pendant plusieurs mois l’an dernier.

Je pense qu’il faut que le gouvernement prenne acte qu’on est dans une crise du logement, et ce n’est pas seulement à Montréal

 

« L’urgence est là et ça prendrait deux minutes au conseil des ministres pour rédiger un décret qui interdit les évictions en pleine période de pandémie », a d’ailleurs martelé samedi au Devoir la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.

Vendredi, plus d’une centaine de personnes ont d’ailleurs pris part à une mobilisation afin de s’opposer à des avis d’éviction pour cause de travaux majeurs reçus par des dizaines de locataires du Manoir Lafontaine, dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

« On sent que les gens se mobilisent et c’est la seule façon de combattre certains abus qu’on voit dans le marché immobilier actuellement », estime le conseiller de la Ville dans le district du Mile End, Richard Ryan. Ce dernier presse notamment Québec de mettre en place un registre des baux et de « resserrer » les règles entourant les évictions de locataires.

 

Plus de campements

Selon plusieurs élus et organismes, le temps presse pour faire face à la crise du logement, à quelques mois de la période des déménagements du 1er juillet. Autrement, le nombre de campements de fortune pourrait augmenter dans les prochains mois à Montréal, appréhende l’organisateur communautaire du Comité logement Ville-Marie, Gaétan Roberge.

« Des campements, il va y en avoir de plus en plus. Et ce ne seront pas juste des personnes seules, mais aussi des familles. Ça va faire comme à Toronto », craint-il. Lui aussi réclame donc un contrôle obligatoire des loyers par le gouvernement du Québec afin de mettre fin à « la surenchère », qui pourrait pousser des personnes à la rue dans les prochains mois.

La crise du logement vient aussi fragiliser encore davantage la situation des femmes victimes de violence conjugale. Lorsque celles-ci décident de fuir une relation toxique, elles peinent souvent à trouver un logement de qualité qui n’est pas hors de prix.

« Les femmes ont déjà de la difficulté du point de vue économique, rappelle Susana Ponte Rivera, qui œuvre au sein de L’Écho des femmes de la Petite Patrie. On veut qu’il y ait plus de logements sociaux. En ce moment, les listes d’attente sont interminables. »

Québec promet d’agir

Dans une déclaration écrite, le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, s’est dit « très sensible à la situation que peuvent vivre les locataires ».

« Aujourd’hui, on fait face à l’inaction des gouvernements précédents. Nous savons que les besoins sont grands, il faut augmenter l’offre de logements et nous sommes en action », peut-on lire. Le cabinet assure d’ailleurs que 6000 logements abordables ont été construits ou ont été mis en chantier depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec en 2018 et que « ce sont également près de 7000 logements [qui sont] en cours de construction ou en voie de l’être ».

Mme Laforest se montre toutefois froide à l’idée d’un registre des baux, qui entraînerait « des coûts importants pour tout le Québec ». Selon une estimation réalisée en 2011 par Revenu Québec, la mise en place d’une telle mesure aurait alors coûté 5,7 millions de dollars, en plus de dépenses annuelles évaluées à 1 million de dollars pour son maintien.

Quant aux évictions, le gouvernement mise actuellement sur la sensibilisation des droits des locataires à cet égard. Le cabinet rappelle notamment qu’un propriétaire « ne peut pas évincer de façon permanente un locataire pour des rénovations ».

À (re)lire:

Notre enquête sur le logement: les loyers grimpent et s’affolent, à Montréal comme ailleurs