Montréal obtient 24 millions pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants

Montréal accueille environ 70% des nouveaux arrivants au Québec.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Montréal accueille environ 70% des nouveaux arrivants au Québec.

Québec et Montréal comptent dépenser 24 millions de dollars au cours des trois prochaines années afin de faciliter l’intégration des immigrants dans la métropole et leur apprentissage du français. L’intention du gouvernement Legault de revoir à la hausse ses seuils d’immigration pourrait par ailleurs contribuer à la relance économique de la métropole, estime la mairesse Valérie Plante.

Lors d’une conférence de presse virtuelle, la ministre de l’Immigration Nadine Girault et Mme Plante ont signé, chacune dans leur bureau respectif, une nouvelle entente triennale destinée à financer divers programmes d’intégration dans la société et en emploi des nouveaux arrivants à Montréal jusqu’en 2024. Le montant prévu à cette entente est le même que pour la précédente, conclue en 2018, qui prendra fin le 31 mars. L’administration municipale et le gouvernement Legault débloquent donc chacun 12 millions de dollars pour le renouvellement de cette entente.

« La force de cette collaboration permet de mettre en valeur le rôle des personnes issues de l’immigration pour notre métropole francophone et solidifie davantage son rôle de locomotive économique du Québec », a évoqué jeudi la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, qui a elle aussi participé à cet événement virtuel.

Le défi français

Montréal accueille environ 70 % des nouveaux arrivants dans la province. La métropole est aussi l’endroit où les défis en matière de protection de la langue française sont les plus grands dans la province. Cette entente prévoit donc le financement de diverses initiatives pour aider les nouveaux arrivants à s’intégrer dans leur nouveau milieu de vie et de travail tout en mettant l’accent sur l’usage du français.

« La réalité de notre métropole comprend des défis en matière de francisation et d’intégration. Si on veut assurer une survie de ce caractère francophone de Montréal, nous devons faire de grands pas pour que les personnes immigrantes puissent faire partie de la solution », a d’ailleurs affirmé Mme Girault, qui est aussi ministre responsable de la Francisation.

Avec cette cagnotte, la Ville de Montréal entend notamment accompagner les nouveaux arrivants dans tout leur processus d’intégration, que ce soit dans leur quête d’un logement abordable ou d’un premier travail dans la métropole, a par ailleurs souligné Mme Plante.

« Dans tout ce débroussaillage dans une nouvelle vie, une nouvelle culture, on les accompagne », a-t-elle illustré.

Québec en mode « rattrapage »

L’an dernier, la province a accueilli environ 25 000 immigrants, soit environ 18 000 immigrants de moins que la cible prévue pour 2020, a indiqué la ministre Nadine Girault. Cette dernière compte donc procéder à une révision des seuils d’immigration que le gouvernement Legault s’était fixés pour les prochaines années afin de procéder à « un rattrapage ».

« On est en train de regarder une nouvelle planification sur trois ans, considérant entre autres le fait qu’on n’a pas atteint les seuils qu’on s’était fixés en 2020, en grande partie en raison de la pandémie », a déclaré la ministre. Le gouvernement Legault avait d’ailleurs déjà prévu d’augmenter « tranquillement » les seuils d’immigration dans la province au cours des prochaines années, a-t-elle rappelé.

Or, selon la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), le temps presse. Avant même la pandémie, celle-ci réclamait à Québec d’accueillir plus de 60 000 nouveaux immigrants par année pour contribuer au développement économique de la province. Maintenant, les besoins en main-d’œuvre sont encore plus grands, constate le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc.

« Ce qui se passe, c’est ce qu’on avait anticipé. Toutes les entreprises nous parlent de pénurie de main-d’œuvre, ce qui risque de mener à la perte de contrats [pour certaines d’entre elles] », souligne M. Leblanc, en entrevue au Devoir. Dans ce contexte, le gouvernement « n’aura pas le choix », estime-t-il, de rehausser de façon importante ses seuils d’immigration.

C’est un branle-bas de combat parce que l’on constate déjà qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs

La mairesse Valérie Plante constate elle aussi une « rareté » de plus en plus importante en matière de main-d’œuvre à Montréal. Elle se montre donc elle aussi favorable à une augmentation des seuils d’immigration dans la province.

« On veut tous que la relance fonctionne et la main-d’œuvre sera un élément important de cette relance », a-t-elle dit.

Quant aux écarts importants dans l’obtention d’une résidence permanente au Québec par rapport aux autres provinces, que déplore Michel Leblanc, la ministre Nadine Girault compte travailler avec le gouvernement fédéral pour corriger le tir.

« On va continuer à travailler avec le gouvernement fédéral pour réussir à réduire encore davantage ces délais-là afin que ces gens-là puissent obtenir plus rapidement leur résidence permanente », a-t-elle dit.

Radio-Canada rapportait, plus tôt cette semaine, que les nouveaux arrivants au Québec doivent souvent attendre au moins trois ans pour obtenir une résidence permanente dans la province, contre environ six mois ailleurs au pays.

« C’est complètement inacceptable, et moi je m’attends à ce que les gouvernements corrigent ça », martèle Michel Leblanc.

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