Montréal adopte une déclaration pour protéger les vues sur le mont Royal

Les règles urbanistiques font en sorte qu’à Montréal, aucun immeuble ne peut dépasser le sommet de la montagne.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Les règles urbanistiques font en sorte qu’à Montréal, aucun immeuble ne peut dépasser le sommet de la montagne.

Les élus montréalais ont approuvé, lundi, une déclaration soumise par la mairesse Valérie Plante afin de protéger les vues vers le mont Royal et limiter les hauteurs des immeubles au centre-ville. Le parti d’opposition Ensemble Montréal a cependant refusé d’entériner la proposition perçue comme une manœuvre électorale visant à attaquer la suggestion de Denis Coderre de permettre la construction d’immeubles plus hauts que le mont Royal.

La déclaration proposée par Valérie Plante signale que le mont Royal est un « symbole identitaire puissant de Montréal » et que sa préservation était inscrite dans le plan d’urbanisme de 1992 et dans celui de 2004. Ces documents soulignaient l’importance de protéger et de mettre en valeur les perspectives visuelles et les vues entre la montagne et le fleuve Saint-Laurent, a-t-elle fait valoir. Les règles urbanistiques font en sorte qu’à Montréal, aucun immeuble ne peut dépasser le sommet de la montagne.

« En aucun cas, la privatisation des vues, tant du mont Royal que du fleuve Saint-Laurent, ne devrait être envisagée. Ce n’est pas une avenue souhaitable pour le bien commun de la population montréalaise », a expliqué la mairesse lors de l’assemblée virtuelle du conseil municipal.

Elle a rappelé que plusieurs défenseurs du patrimoine s’étaient récemment portés à la défense de la montagne. « Nous n’entendons pas augmenter les limites de hauteurs actuelles et nous sommes en désaccord avec toute tentative d’obstruer la vue vers le mont Royal au profit d’un développement privé qui ferait de Montréal une ville comme n’importe quelle autre », a dit Valérie Plante.

Le chef de l’opposition, Lionel Perez, a accusé l’administration Plante d’utiliser sa majorité au conseil municipal pour faire adopter une proposition qui attaque son adversaire Denis Coderre. « Cette déclaration n’est rien d’autre qu’une tentative politique pour essayer de viser directement notre nouveau chef et candidat à la mairie, Denis Coderre. Projet Montréal prend une ou deux pages d’un livre de 300 pages et on fait les gymnastiques et les interprétations voulues », a-t-il dit.

Rappelons que dans son récent livre, Retrouver Montréal, Denis Coderre avait suggéré que la règle limitant les hauteurs des édifices au centre-ville de Montréal soit revue afin de permettre une plus grande densification. « Si nous souhaitons un centre-ville de classe mondiale, grandissant d’année en année, nous devrons dépasser la hauteur de la croix du mont Royal avec nos gratte-ciel », avait-il écrit. « Je suis conscient que c’est un débat sensible au niveau de l’impact sur la qualité de vie ou de vue, mais je crois qu’il est nécessaire d’aborder ce sujet aujourd’hui. »

Lionel Perez estime que les élus doivent voir « grand » et envisager des immeubles plus hauts au centre-ville. « Les constructeurs trouvent plus avantageux de construire en banlieue et ainsi contribuer à l’étalement urbain. Le refus de l’administration de même évoquer un changement dans notre vision de la ville contribue à cet étalement urbain. »

Certains élus indépendants comme la mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension, Giuliana Fumagalli, ont appuyé la déclaration, mais d’autres, comme Marvin Rotrand et les élus d’Anjou, ont préféré voté contre.

Le golf d’Anjou

L’administration a soumis au vote plusieurs autres déclarations lors de l’assemblée du conseil municipal lundi. L’une d’elles visait à reconnaître l’importance de préserver la vocation d’espaces verts de deux terrains de golf du territoire montréalais, soit ceux de Dorval et d’Anjou, et de maintenir l’affectation d’espace vert du Club de golf d’Anjou dans le Schéma d’aménagement.

Cette proposition a suscité le mécontentement du maire d’Anjou, Luis Miranda, qui souhaite justement que l’administration montréalaise modifie le zonage d’une partie du golf afin de permettre la construction d’un bâtiment industriel destiné à accueillir une entreprise de haute technologie. Ce projet de 650 millions $ est susceptible de créer, à terme, jusqu’à 3000 emplois à temps plein, a fait valoir M. Miranda. Il comportera par ailleurs jusqu’à 1200 places de stationnement pour les employés et 500 places pour des camions. « Pour avoir joué sur une base régulière à tous les matins [au Club de golf], jamais je n’y ai vu une couleuvre ou quoi que ce soit », a expliqué M. Miranda. Celui-ci a précisé que le Boisé d’Anjou, qui borde le site convoité, sera préservé. La déclaration a été adoptée par la majorité du conseil

La Fête nationale

Les élus ont par ailleurs entériné à l’unanimité une déclaration demandant à Québec de « garantir » que le grand spectacle de la Fête nationale à Montréal pourra revenir en 2022. Rappelons qu’en 2020, la pandémie avait incité le gouvernement à ne proposer qu’un seul spectacle de la Fête nationale. Celui-ci a été enregistré à Trois-Rivières l’an dernier. Cette année, le spectacle sera enregistré dans Charlevoix. L’administration et le Comité de la Fête nationale de la Saint-Jean (CFN), craignent que cette formule exceptionnelle perdure au-delà de la pandémie et que Montréal perde cette fête.

Défendre les locataires

Une déclaration demandant au gouvernement du Québec de créer un registre public des loyers « afin de limiter les hausses de loyer abusives lors de changements de locataires » a aussi été adoptée. La Ville réclame aussi une révision du Code civil du Québec pour mieux protéger les locataires dans le contexte d’une multiplication des cas d’expulsions.

Une autre déclaration approuvée par le conseil municipal demande par ailleurs la mise en place, par Québec, d’un bail type pour les locaux commerciaux. Cette motion suggère l’enregistrement obligatoire des baux commerciaux d’un an et plus au Registre foncier du Québec afin de mieux protéger les locataires commerciaux, ainsi que des mesures de contrôle pour limiter les hausses de loyer.

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