Le rôle de la police au menu du congrès de Projet Montréal

Deux cyclistes empruntant la piste du Réseau express vélo (REV) de la rue Saint-Denis à Montréal
Valérian Mazataud Le Devoir Deux cyclistes empruntant la piste du Réseau express vélo (REV) de la rue Saint-Denis à Montréal

Accélérer le développement du réseau cyclable, revoir la politique de financement du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et désarmer les policiers qui patrouillent dans les rues de Montréal. Voilà quelques-unes des propositions qui risquent de faire débat lors du congrès de Projet Montréal qui se tiendra en fin de semaine prochaine. À cette occasion, les militants jetteront les bases de la plateforme électorale du parti de Valérie Plante en prévision du scrutin de novembre.

Le cahier des participants du congrès, dont Le Devoir a obtenu copie, compte plus d’une centaine de propositions et aborde un large éventail de thèmes, dont les services aux citoyens, l’habitation, la relance de Montréal, le développement durable, la diversité et la sécurité publique.

Une trentaine de propositions seront soumises à l’approbation des membres du congrès virtuel qui débutera samedi et qui se terminera avec une allocution de Valérie Plante dimanche. Quelque 300 participants sont attendus pour l’événement.

Le document accorde une large place à la relance de Montréal dans le contexte de la pandémie avec des propositions misant sur les atouts de la ville, dont l’accélération des projets de transport — bien que plusieurs d’entre eux ne soient pas de la responsabilité de la Ville —, le développement de nouveaux écoquartiers dans les friches industrielles de l’Est, la création d’un réseau d’espaces verts et des mesures de soutien aux entreprises locales. Parmi les idées présentées, on suggère notamment de permettre l’implantation de terrasses à longueur d’année dans certains secteurs, dont le centre-ville, et de créer de nouveaux marchés publics.

Le programme politique qui sera adopté lors du congrès donnera un avant-goût de la plateforme électorale du parti de Valérie Plante. « J’aimerais que les membres puissent reconnaître qu’il faut s’occuper des inégalités, notamment en habitation », explique Guedwig Bernier, président de Projet Montréal. « Il sera aussi question de ville à échelle humaine et de relance des différents quartiers de Montréal, dont le centre-ville. Il faut que les Montréalais sentent qu’on a à cœur leurs préoccupations et qu’ils se retrouvent dans ce programme politique. »

Plus de pistes cyclables

Fidèle à sa marque de commerce en matière de transport actif, Projet Montréal compte accélérer le développement du réseau cyclable avec la poursuite du Réseau express vélo (REV). Mais, signe que les critiques suscitées par la première phase des REV ont été entendues, on précise qu’il faudra appuyer « ces décisions sur des données probantes, dûment communiquées à la population montréalaise ». Un amendement qui pourrait être soumis aux membres avance même l’idée d’implanter une taxe kilométrique « qui favorisera l’émergence de transport collectif structurant sur le territoire de la CMM ».

On propose aussi de travailler avec Bixi pour une offre hivernale et on évoque le concept de « ville du quart d’heure », afin que les Montréalais puissent avoir accès à un ensemble de services à moins de 15 minutes à pied de leur résidence.

Certaines propositions figurant dans le cahier des participants ne sont pas nouvelles et se trouvaient déjà dans le programme électoral de Projet Montréal en 2017, dont celle de demander à Québec de modifier la composition du conseil d’arrondissement de Ville-Marie qui, à l’heure actuelle, est présidé par la mairesse de Montréal. L’imposition d’une taxe spéciale pour les investisseurs étrangers en immobilier et une tarification sociale dans les transports en commun apparaissaient aussi dans la plateforme du parti il y a quatre ans.

Repenser les services policiers

D’autres propositions font écho à l’actualité des derniers mois, avec la préoccupation grandissante à l’égard du profilage racial et de la hausse de violence par armes à feu. Le document soumis aux militants évoque la nécessité de réfléchir à la politique de financement du SPVM afin de consacrer plus de ressources aux services de proximité et aux équipes d’intervention mixtes. On mentionne aussi l’implantation rapide des caméras portatives avec la collaboration du gouvernement. Trois associations locales de Projet Montréal vont même jusqu’à remettre en question le port d’armes par les policiers. Ainsi, comme l’ont fait certains pays européens, seules les brigades spécialisées pourraient être armées, souligne-t-on.

Guedwig Bernier ignore si cette suggestion sur le désarmement de la police sera entérinée par les membres du congrès. « Ce n’est pas dans les cartons de l’administration actuellement, dit-il. Mais le rôle de la police de façon globale, tout le monde en discute. […] On ne va reculer devant aucun débat. » De même, on peut se demander si l’idée avancée par une association locale de « mettre en place un plan d’action afin d’éliminer l’itinérance d’ici 2035 » recevra l’aval des militants.

Le document s’attarde par ailleurs à la lutte contre le racisme et les discriminations en fixant des cibles de représentativité au sein des instances pour lesquelles la Ville a un droit de nomination. On évoque la possibilité d’assurer un « salaire minimum viable » de 15 $ l’heure pour les employés et les sous-traitants. Il est aussi envisagé de réviser le système d’approvisionnement de la Ville afin de favoriser les organismes « ayant des standards élevés en matière de diversité et d’accès à l’égalité en emploi ».

En matière d’habitation, outre la construction d’au moins 1500 logements sociaux par année, les instances du parti suggèrent la création d’un registre public pour les logements ayant fait l’objet de condamnations en matière d’insalubrité.

Au chapitre des espaces verts, Projet Montréal envisage d’agrandir la superficie du parc du Mont-Royal, de transformer le parc Jean-Drapeau en un « parc régional de calibre mondial » et de créer de nouveaux parcs dans l’est de l’île, dont le « grand parc de la Pointe-de-l’Île ». Un amendement soulève la possibilité de mettre en place un fonds destiné à des expropriations en zone riveraine afin de créer des parcs linéaires donnant accès aux berges.

Selon Guedwig Bernier, l’entrée en scène de Denis Coderre comme candidat à la mairie va sans doute changer la dynamique des discussions lors du congrès : « Je crois que ça aide de savoir qui est notre adversaire. Pour moi, ça ne fait que stimuler les troupes. »

Avec Zacharie Goudreault