Sue Montgomery obtient un nouveau procès dans le dossier qui l’oppose à son harceleur

Pendant une vingtaine d’années, Robert Michael Edgar a suivi et confronté Sue Montgomery, notamment alors qu’elle couvrait les affaires judiciaires pour la «Montreal Gazette» au palais de justice de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pendant une vingtaine d’années, Robert Michael Edgar a suivi et confronté Sue Montgomery, notamment alors qu’elle couvrait les affaires judiciaires pour la «Montreal Gazette» au palais de justice de Montréal.

La mairesse de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce accueille avec soulagement la décision de la Cour supérieure du Québec d’ordonner un nouveau procès dans la cause qui l’oppose à un homme qui la tourmente depuis plus de 20 ans.

Pendant une vingtaine d’années, Robert Michael Edgar a suivi et confronté Sue Montgomery, notamment alors qu’elle couvrait les affaires judiciaires pour la Montreal Gazette au palais de justice de Montréal. Celle qui est devenue mairesse de l’arrondissement le plus populeux de la métropole en novembre 2017 a alors décidé d’intenter une poursuite criminelle contre l’homme, qu’elle accuse de harcèlement criminel.

En juin 2019, cependant, la Cour du Québec a rejeté les accusations de harcèlement criminel à l’égard du M. Edgar. La juge de première instance, Flavia K. Longo, avait basé sa décision en partie sur une vidéo présentée en preuve par l’accusé. Filmée en mars 2018, celle-ci montre une confrontation que l’homme a alors eue avec Sue Montgomery devant une église qu’elle fréquentait. Pendant huit minutes, on peut voir la mairesse attendre l’arrivée de la police tout en se trouvant à proximité de l’accusé.

La juge de première instance avait alors noté une « absence de peur » chez la victime dans la vidéo en question, ce qui l’a incitée à acquitter l’accusé. Bouleversée par ce jugement, Mme Montgomery a alors interjeté cette décision en appel.

« Une victoire pour les victimes de harcèlement »

Vendredi, la Cour supérieure du Québec a approuvé la demande de la mairesse d’arrondissement et réclamé la tenue d’un nouveau procès concernant les accusations de harcèlement criminel portées à l’endroit de Robert Michael Edgar.

« Je pense que c’est un très bon jugement pour les victimes de violence et de harcèlement », a réagi samedi la mairesse d’arrondissement, en entrevue au Devoir.

« J’espère que ça va changer les choses pour d’autres victimes aussi », a ajouté celle qui accueille ce jugement avec soulagement, même s’il impliquera pour elle de retourner devant une cour criminelle pour défendre sa cause.

Dans sa décision, le juge Pierre Labrie a d’ailleurs tenu des critiques dures à l’égard du jugement de première instance.

« Les mythes et les stéréotypes ne devraient pas être utilisés pour inférer dans les conclusions concernant le comportement d’un plaignant », indique le jugement rendu vendredi.

Le poids qu’a accordé la juge de première instance à la vidéo filmée le 18 mars 2018 « amène la Cour à conclure qu’elle s’est clairement appuyée sur des mythes et des stéréotypes et que cela a renversé les autres éléments de preuve pouvant étayer une conclusion que la plaignante craignait pour sa sécurité », écrit-il par ailleurs. Il estime ainsi que la juge Flavia K. Longo a « erré en droit ».

Dans sa requête pour porter en appel la décision de la juge de première instance, la Couronne a notamment fait valoir que celle-ci a omis de tenir compte de « la peur psychologique qui pourrait affecter la victime de harcèlement ».

« On peut avoir peur, mais on peut être fâché aussi […] Les victimes agissent de façons différentes », évoque d’ailleurs Mme Montgomery, qui déplore elle aussi les « stéréotypes » que peuvent subir les femmes victimes de harcèlement.

On ignore actuellement quand aura lieu ce nouveau procès. Entre-temps, Robert Michael Edgar demeure toujours dans l’interdiction d’entrer en communication avec Sue Montgomery en vertu d’une décision distincte rendue en août 2019. Celle-ci prévoit l’interdiction de l’homme d’entrer en contact avec l’élue municipale, incluant par le biais des réseaux sociaux.