Coderre prépare son match revanche contre Plante

Denis Coderre laisse planer depuis plusieurs mois son intention de croiser de nouveau le fer avec la mairesse Valérie Plante lors du scrutin du 7 novembre.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Denis Coderre laisse planer depuis plusieurs mois son intention de croiser de nouveau le fer avec la mairesse Valérie Plante lors du scrutin du 7 novembre.

Quelque 320 pages pour raconter ce qu’il a « appris de [son] passage » à la mairie de Montréal et ce qu’il ferait d’un deuxième mandat : sans le dire explicitement, c’est bien son retour dans l’arène politique que Denis Coderre signe avec la publication de Retrouver Montréal.

Relativement discret depuis sa défaite aux élections municipales de 2017, M. Coderre laisse planer depuis plusieurs mois son intention de croiser de nouveau le fer avec la mairesse Valérie Plante lors du scrutin du 7 novembre. Encore jeudi, Mme Plante le sommait de mettre fin à ce qu’elle qualifiait de « strip-tease ».

Publié aux Éditions La Presse et préparé avec un « comité de rédaction », l’essai de M. Coderre se lit comme un programme politique où s’entremêlent expériences personnelles, données sur des sujets et propositions de solutions… Sans compter plusieurs pointes envoyées à l’administration Plante.

Parmi les sujets abordés, on retient :

- Crise personnelle

C’est une « crise personnelle » qui fut le « facteur principal de [la] défaite électorale » de 2017, soutient Denis Coderre. « Problèmes de santé, perte d’intérêt pour la politique, tempérament irrité et irritable, plus rien ne passait. » Il le souligne pour mettre en lumière que cette crise « a été l’occasion de [se] reprendre en main », de « reconnaître [ses] torts, faire preuve d’humilité, assumer [ses] décisions, mettre de l’énergie pour rééquilibrer » sa vie, en prenant « le sport comme axe de [sa] refondation ». Il cite Winston Churchill d’entrée de jeu : « La victoire n’est pas finale, la défaite n’est pas fatale, mais l’important, c’est d’avoir le courage de continuer ». Partant de là, il estime qu’il y a un « parallèle » à faire entre sa « résilience et la nécessité pour [Montréal] de s’engager dans ce même processus ».

- Racisme systémique

Entre Denis Coderre et Valérie Plante, au moins un sujet ne fera pas l’objet d’un long débat. Comme la mairesse (et comme le Service de police de la Ville de Montréal), M. Coderre reconnaît d’emblée l’existence du racisme systémique. « Si on veut des résultats concrets pour l’endiguer, il faut s’attaquer au système, dans sa façon de réagir et souvent dans sa façon malicieuse de se protéger, écrit-il. Indéniablement, nous devons nous attaquer réellement au phénomène du profilage sous toutes ses formes. » Il ne fait pour lui aucun doute qu’il y a des « problèmes réels et inquiétants de profilage racial lors des interpellations de notre corps policier ».

- « Métropole rayonnante »

La préface du livre de Denis Coderre est signée par la mairesse de Paris, Anne Hidalgo, qui dit souhaiter que l’expérience de l’ancien maire de Montréal « serve d’exemple dans le monde entier. C’est, je crois, l’objet de ce livre », écrit-elle. L’invitation lancée à Mme Hidalgo sert aussi donner de la résonance à un thème qui traverse l’essai de M. Coderre : cette idée que l’administration Plante aurait choisi « l’esprit de quartier comme unique donnée dans l’équation des solutions à apporter », et qu’on aurait ainsi mis « de côté le rôle crucial et vital qui revient d’emblée à la constitution d’une métropole rayonnante ». « Montréal ne semble pas pouvoir assumer clairement le plein potentiel de son rôle de métropole », affirme-t-il.

- Densifier la ville

Denis Coderre avance l’idée qu’il faut « réfléchir à la verticale plutôt qu’à l’horizontale » pour densifier la ville, un concept qui risque de faire bondir les défenseurs du patrimoine. Selon lui, il serait temps de revoir le cadre réglementaire et les limites de hauteur en construction. « Si nous souhaitons un centre-ville de classe mondiale, grandissant d’année en année, nous devrons dépasser la hauteur de la croix du mont Royal avec nos gratte-ciel », écrit-il, remettant ainsi en question les principes urbanistiques ajustés à la silhouette du mont Royal. « Je suis conscient que c’est un débat sensible au niveau de l’impact sur la qualité de vie ou de vue, mais je crois qu’il est nécessaire d’aborder ce sujet aujourd’hui. »

- La ligne rose version Coderre ?

Denis Coderre a visiblement accordé beaucoup de temps de réflexion à la question des transports. « Nous devons accepter que le métro de Montréal ne soit plus souterrain à 100 % ni complètement sur pneumatique », écrit-il. L’ancien maire suggère plusieurs axes de transport à développer dont « l’axe du Parc », mais aussi un axe en diagonale entre l’est du centre-ville et Montréal-Nord, qui n’est pas sans rappeler la ligne rose de Valérie Plante. Ce circuit de 16 kilomètres comportant 12 stations emprunterait un tracé souterrain entre Berri-UQAM et Pie-IX avant de remonter en mode aérien vers le nord-est.