Les policiers du SPVM manquent de sensibilité à l’égard des Autochtones, conclut une étude

Un manque de sensibilité semble persister au sein du corps de police, selon une étude.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Un manque de sensibilité semble persister au sein du corps de police, selon une étude.

Malgré les mesures adoptées pour améliorer l’intervention des policiers montréalais auprès de la communauté autochtone et la bonne volonté de certains agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), un manque de sensibilité persiste au sein du corps de police à l’endroit des femmes autochtones.

C’est ce que conclut une étude réalisée par trois chercheuses de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM qui se sont attardées sur le dossier des disparitions et des assassinats de femmes et de filles autochtones à Montréal.

Pour mener à bien leur mandat, les chercheuses Dominique Bernier, Doris Farget et Mirja Trilsch, en collaboration avec Femmes autochtones du Québec, ont réalisé des entrevues avec 21 personnes, soit 17 intervenants et intervenantes et 4 membres du SPVM. De ce nombre, 9 personnes se disaient autochtones.

Le rapport relève une absence de coopération de la part du SPVM. Les chercheuses soulignent que, malgré le consensus sur la nécessité de collaborer, peu de mesures ont été mises en place par les autorités. « Le problème, c’est l’engagement de l’institution », estime Dominique Bernier.

En 2015, un accord de collaboration avait été conclu entre le Réseau pour la stratégie de la communauté autochtone urbaine à Montréal et le SPVM, visant notamment les dossiers de femmes autochtones disparues ou assassinées. Dans la foulée de cet accord, un comité de vigie a été mis sur pied, des formations ont été données aux policiers et un poste d’agent de liaison a été créé au SPVM, ce poste étant occupé par l’agent Carlo DeAngelis.

Malgré les avancées, de nombreuses lacunes persistent. L’étude fait notamment état d’un manque de sensibilité des policiers à l’égard des Autochtones. « La bonne volonté individuelle de certaines personnes, notamment de M. DeAngelis, semble en net contraste avec le manque d’attention et de sensibilité assez répandu parmi d’autres agents du SPVM », souligne le rapport.

Une marche à suivre en cas de signalement de disparition ou d’assassinat d’une femme autochtone avait aussi été élaborée, mais les chercheuses notent que son application n’est pas uniforme au SPVM. Certains policiers semblent même ignorer son existence, souligne-t-on.

Les témoignages recueillis révèlent que les disparitions de femmes autochtones ne sont pas suffisamment prises au sérieux. Les personnes interrogées estiment qu’il existe un biais généralisé envers les personnes autochtones qui portent plainte auprès de la police. Elles font aussi état de profilage racial et de la surjudiciarisation des femmes autochtones itinérantes.

Les chercheuses font huit recommandations. Elles suggèrent notamment que le SPVM adopte une « approche claire et cohérente reconnaissant le caractère contraignant de l’accord de 2015 ». Le corps policier doit aussi préparer des protocoles d’interventions spécifiques aux femmes autochtones en plus de mettre sur pied une équipe de liaison autochtone.

Malgré certains progrès réalisés, la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, a le sentiment d’assister à des reculs en matière de relations avec les policiers. Elle cite le cas de l’intervention policière effectuée en mai dernier au square Cabot pour une femme autochtone en détresse psychologique. « Ce n’est pas l’ambulance qui est arrivée sur place, ce sont 17 policiers. Les interventions sont parfois exagérées et, d’autres fois, elles ne sont pas appropriées », dit-elle.

Le SPVM souligne avoir mis en place plusieurs mesures depuis l’accord de 2015, mais reconnaît que les recommandations formulées par les chercheuses sont légitimes. « Le SPVM pourrait informer davantage ses partenaires sur les différentes activités qu’il mène afin de démontrer que certains objectifs ont été parachevés », indique le SPVM dans un courriel.

Le SPVM précise que depuis 2014, des patrouilles mixtes composées de deux intervenants du Centre d’amitié autochtone de Montréal (CAAM) et de deux policiers, interviennent auprès des membres de la communauté vivant en milieu urbain.

Les policiers participent aussi au projet Iskweu, une initiative du Foyer pour femmes autochtones de Montréal afin d’accompagner les familles dans les cas de disparition de femmes autochtones.

Et à compter du 1er avril prochain, le CAAM doublera ses effectifs au sein des patrouilles mixtes. Ces embauches permettront d’assurer une présence à temps plein des patrouilles du CAAM, au lieu de deux fois par semaine comme auparavant, souligne-t-on.

Au Québec, 7,4 % de la population autochtone réside à Montréal. Rappelons qu’un rapport sur les interpellations policières réalisé par des chercheurs indépendants à la demande du SPVM en 2019 avait révélé qu’à Montréal, les femmes autochtones étaient 11 fois plus susceptibles de se faire interpeller par les policiers que les femmes blanches.

Les disparitions et assassinats de femmes autochtones ont fait les manchettes au cours des dernières années et deux commissions se sont penchées sur cette question. L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées avait conclu que les femmes autochtones étaient victimes d’un « génocide » et fait 231 recommandations pour améliorer la situation. En 2019, la commission Viens avait pour sa part conclu que les Premières Nations et les Inuits étaient victimes de discrimination systémique dans leurs relations avec certains services publics.

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