COVID-19: les hôpitaux de Montréal près du débordement

Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne

Face à des hôpitaux sur le point de déborder et une propagation record du virus, Montréal prévoit ajouter plus de 300 nouveaux lits destinés aux patients atteints de la COVID-19, dont une quarantaine déjà disponible en soins intensifs.

La situation dans les hôpitaux est « extrêmement préoccupante », a résumé en point de presse mercredi Sonia Bélanger, p.-d.g. du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal. Plusieurs salles d’urgence débordent alors que les listes d’attente ne cessent de s’allonger. Pas moins de 48 000 Montréalais sont en attente d’une chirurgie, « c’est majeur », a-t-elle reconnu.

« J’ai envie de dire : il y a un feu à Montréal, il faut envoyer les pompier », a commenté de son côté la mairesse Valérie Plante, espérant un coup de pouce de Québec pour répondre aux besoins «immenses» de la métropole. En plus de la pénurie de personnel, environ 1000 employés du réseau sont actuellement absents, atteints de la COVID-19 ou en attente d’un diagnostic.

Au fil du dernier mois, le nombre d’hospitalisations a doublé à Montréal. Pour l’heure, 744 personnes ayant contracté le virus sont hospitalisées, dont 117 aux soins intensifs. Montréal s’approche ainsi dangereusement des 1000 lits dégagés avant les Fêtes pour les patients infectés.

Le réseau prévoit donc ajouter 310 lits d’hospitalisation, pour « permettre de sortir des patients qui sont à l’hôpital et qui ont besoin de moins de soins actifs », a détaillé Sonia Bélanger. « Un bon nombre de lits se retrouveront » sur l’ancien site de l’Hôtel-Dieu, alors qu’« entre 45 et 50 » lits seront répartis entre les CIUSSS du Centre-Ouest, de l’Ouest et du Nord-de-l’île-de-Montréal. Le réseau travaille présentement à l’aménagement physique des lieux.

Déjà 43 places supplémentaires en soins intensifs sont disponibles, répartis entre le CUSM (17), le CHUM (13), le CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal (11) — qui regroupe les hôpitaux du Sacré-Coeur, Fleury et Jean-Talon — et l’Hôpital général juif (2).

Pour prendre en charge ces possibles nouvelles places, les médecins sont en nombre suffisants, mais les infirmières manquent, a concédé Mme Bélanger. « Si on arrive à ouvrir ces places-là, on va avoir besoin de renforts, c’est clair », a-t-elle dit, possiblement en provenance d’autres régions. « On n’est pas encore à cette étape-là. Ce qui est important, c’est qu’on se prépare au moins physiquement. »

La Santé publique montréalaise a déjà demandé au ministère de la Santé et des Services sociaux d’ajouter des soignants sur la ligne de front.

La vaccination « va bon train »

Montréal dénombre en ce moment 311 éclosions actives sur son territoire. « Celles qui nous préoccupent le plus sont celles en hausse dans le milieu de la santé, autant le milieu hospitalier que les CHSLD, les RPA [résidences privées pour aînés] avec 137 éclosions, dont 72 qu’on juge plus importantes, de plus de 10 cas », a souligné la directrice régionale de santé publique de la métropole, la Dre Mylène Drouin.

Les autorités sanitaires se réjouissent au moins de voir la campagne de vaccination aller bon train. « Tous les résidents des CHSLD à Montréal, les employés et les médecins auront été vaccinés » contre la COVID-19 d’ici la semaine prochaine, s’est réjouie Sonia Bélanger. Ou du moins, ceux qui le désirent. Car si « la majorité » des résidents sont vaccinés, le taux d’acceptation chez les employés varie de 40 à 70 %, a-t-elle précisé.

La situation dans ces milieux de vie durement frappés pendant la première vague de la pandémie s’est détériorée pendant la période des Fêtes. Bien que les visites en CHSLD soient davantage encadrées depuis l’hécatombe du printemps, « elles ne sont pas interdites », a fait valoir la gestionnaire. À ses yeux, cette propagation est le « reflet » de la transmission soutenue du virus dans la population.

Au total, près de 29 200 Montréalais ont été vaccinés jusqu’ici, sur les 43 000 doses reçues par les autorités. Ce qui fait dire à la Dre Mylène Drouin que la campagne « va bon train ». « Il n’y a pas de doses qui restent dans le frigo jusqu’à présent ». Le CHUM et le CUSM ont d’ailleurs débuté mercredi la vaccination de leurs soignants en contact avec le virus.

Itinérants infectés

Montréal vaccinera également d’ici les prochains jours un « groupe restreint » d’itinérants, dans l’espoir de freiner les cas qui se multiplient actuellement chez cette population à risque. Environ 500 doses seront administrées à des sans-abri qui fréquentent huit milieux où des éclosions sont survenues. Ce nombre pourrait grimper à 2000 par la suite.

Depuis le début du mois de décembre, les autorités ont recensé 114 cas de COVID-19 parmi les sans-abri de la métropole et 58 chez les travailleurs qui leur viennent en aide, pour un total de 172 cas.

Le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, Samuel Watts, s’est réjoui de cette nouvelle, soulignant que son organisme est en discussion avec la Santé publique depuis « un bon bout de temps » à ce sujet. Il croit néanmoins que la totalité des itinérants devraient être vaccinés le plus rapidement possible.

Nombre d’itinérants, particulièrement ceux qui fréquentent les ressources d’urgence, sont des gens « très mobiles ». « Ils ont tendance à circuler dans la ville. S’ils sont possiblement infectés, ça risque de provoquer un problème assez majeur de santé urbaine », s’inquiète-t-il.

Un plan d’intervention d’urgence a été déployé alors qu’une enquête épidémiologique suit son cours, a indiqué Mylène Drouin. Des places seront ajoutées dans l’ancien hôpital Royal Victoria pour héberger plus d’itinérants atteints de la COVID-19 ou en attente d’un diagnostic.

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