Montréal veut créer une zone zéro émission au centre-ville d’ici 10 ans

La Ville de Montréal compte réduire de 25% les déplacements en auto solo d’ici 2030.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La Ville de Montréal compte réduire de 25% les déplacements en auto solo d’ici 2030.

Pour réduire de 55 % les émissions de gaz à effets de serre (GES) d’ici 2030 (par rapport à 1990), Montréal entend réduire de 25 % les déplacements en auto solo, miser sur les bâtiments zéro carbone, planter 500 000 arbres et créer une zone zéro émission au centre-ville en y privilégiant l’accès aux véhicules électriques.

Avec quelques mois de retard en raison de la pandémie de COVID-19 qui a bousculé son agenda, l’administration de Valérie Plante a présenté, jeudi, son Plan climat 2020-2030 qui prévoit 46 mesures afin de parvenir à atteindre ses objectifs en matière de réduction des émissions de GES. Ce plan s’appuie sur cinq grands chantiers axés sur la mobilité, les bâtiments, l’exemplarité de la Ville, la gouvernance et la mobilisation.

En 2015, Montréal a observé une baisse de 28 % des émissions de GES sur son territoire par rapport à 1990. La Ville croit ainsi qu’elle sera en mesure d’atteindre sa cible de réduction de 30 % pour 2020. Son nouvel objectif est maintenant de diminuer de 55 % les émissions de GES d’ici 2030 et de devenir carboneutre en 2050.

Véhicules électriques

Le Plan climat vise notamment à stimuler une hausse de la proportion des véhicules électriques en ajoutant des bornes de recharge sur le territoire montréalais et en créant une zone zéro émission au centre-ville d’ici 2030.

Pour créer cette zone, Montréal pourrait s’inspirer du système de permis mis en place à Paris plutôt que des péages de Londres. L’implantation de cette zone se fera de façon graduelle en consultation avec les partenaires. « Ça ne sera pas une rue. L’idée, c’est d’avoir une partie significative du centre-ville », a expliqué la mairesse. D’autres zones zéro émission pourraient éventuellement voir le jour ailleurs sur le territoire, a dit la mairesse.

Parmi ses objectifs, Montréal entend réduire de 25 % des déplacements en auto solo d’ici 10 ans en favorisant les transports collectifs et actifs. L’aménagement de quartiers où il est possible de travailler et de faire ses achats sera favorisé afin de réduire la dépendance à la voiture.

Montréal mise aussi sur l’électrification des transports pour opérer son virage. Elle souhaite faire en sorte que 47 % des véhicules immatriculés sur son territoire soient électriques. À l’heure actuelle, ceux-ci représentent moins de 2 % du parc automobile.

Le plan envisage également de réduire la taille des stationnements aux abords des stations de métro par l’entremise de mesures incitatives auprès des propriétaires et des institutions qui en possèdent.

Les bâtiments sont responsables de 28 % des GES à Montréal. En plus d’éliminer le chauffage au mazout et de réduire le recours au gaz naturel, responsable de 43 % des GES dans les bâtiments, Montréal compte adapter ses règlements et ses programmes afin d’améliorer l’efficacité énergétique de tous les types de bâtiments. D’ici 2030, les bâtiments neufs devront être à zéro émission.

Planter des arbres

Pour favoriser sa résilience, la Ville envisage la plantation de 500 000 arbres en collaboration avec le secteur privé afin de diminuer les îlots de chaleur. Pour ce faire, elle priorisera les secteurs vulnérables. Pour leur part, les aires protégées devront représenter une superficie équivalente à 10 % de son territoire en 2030.

La Ville veut être exemplaire en matière de lutte aux changements climatiques et prévoit l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2040 pour ses propres opérations. Pour y parvenir, elle entend « décarboniser » son parc immobilier et encourager ses employés à utiliser les transports collectifs et actifs dans leurs déplacements.

En matière de gouvernance, la Ville s’engage à prendre systématiquement en compte l’impact climatique et environnemental de ses décisions. Elle appliquera le « test climat » à celles-ci afin de limiter les émissions de GES. Elle consacrera entre 10 et 15 % des investissements de son Programme décennal d’immobilisations à l’adaptation aux changements climatiques, soit entre 1 et 1,5 milliard de dollars. « Ce qu’on souhaite, c’est que ce plan résiste aux administrations », a souligné la responsable de la transition écologique au comité exécutif, Laurence Lavigne Lalonde. « Ce sont des façons de faire qu’on vient transformer à l’intérieur même des prises de décisions de la Ville pour s’assurer d’atteindre les objectifs et que ce ne soit pas simplement des vœux pieux ou des éléments qu’on pourra modifier à la pièce. »

Le Plan climat de la Ville a été généralement bien reçu par les groupes environnementaux, bien qu’ils aient exprimé plusieurs bémols. La Fondation David Suzuki souligne que bien qu’importante, la réduction des émissions de GES de 55 % visée par la Ville est inférieure aux recommandations faites par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Le Conseil régional de l’environnement de Montréal a salué les objectifs « ambitieux » de la Ville, mais signale que la collectivité aura un rôle important à jouer pour l’atteinte de ces cibles. De son côté, Greenpeace juge que le plan manque de moyens pour garantir le respect des objectifs pour 2030 qui demeurent inférieurs à ce que la science prescrit. La Coalition climat Montréal croit pour sa part que la Ville devrait se doter d’outils plus fiables et plus rapides pour réaliser les inventaires de GES afin d’avoir un portrait juste des progrès réalisés.

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