REV et VAS: l’ombudsman a reçu plus de 300 plaintes

Des quelque 300 plaintes reçues depuis le mois de mai dernier, près du tiers concernent le REV de la rue Bellechasse, dans Rosemont-La Petite-Patrie, qui a entraîné le retrait de 800 places de stationnement.
Photo: Adil Boukind Archives Le Devoir Des quelque 300 plaintes reçues depuis le mois de mai dernier, près du tiers concernent le REV de la rue Bellechasse, dans Rosemont-La Petite-Patrie, qui a entraîné le retrait de 800 places de stationnement.

L’Ombudsman de Montréal a reçu plus de 300 plaintes concernant l’aménagement de voies actives sécuritaires (VAS) et l’implantation du Réseau express vélo (REV) l’été dernier. Dans un rapport rendu public jeudi, Me Nadine Mailloux souligne les lacunes dans la planification de ces projets réalisés par la Ville de Montréal en matière notamment d’accessibilité universelle, d’information aux citoyens et de sécurité.

Des quelque 300 plaintes reçues depuis le mois de mai dernier, près du tiers concernent le REV de la rue de Bellechasse, dans Rosemont–La Petite-Patrie, qui a entraîné le retrait de 800 places de stationnement. Ce dossier a mené à 66 enquêtes, alors que le REV de la rue Saint-Denis, qui avait été dénoncé haut et fort par plusieurs commerçants, a mené à 6 enquêtes.

Dans le cas du REV de la rue de Bellechasse, la majorité des plaintes portait sur le retrait des places de stationnement, un enjeu sur lequel l’Ombudsman n’a pas autorité. En revanche, l’Ombudsman reproche à l’arrondissement une certaine confusion dans ses communications avec les citoyens. « L’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie aurait dû, dès le lancement de ses projets, fournir aux citoyens l’information complète, et ne pas diffuser des informations imprécises quant au maintien ou au retrait définitif des espaces de stationnement sur certains tronçons », peut-on lire dans le rapport.

Un total de 240 dossiers ont fait l’objet d’enquêtes approfondies. Outre les VAS et les REV, le bureau de l’Ombudsman s’est aussi penché sur les aménagements cyclistes dans plusieurs arrondissements, dont Ahuntsic-Cartierville et Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

Si le bureau de l’Ombudsman relève des problèmes quant aux communications de la Ville avec les citoyens, il souligne que celle-ci n’était pas tenue de mener des consultations. « La consultation n’est pas une obligation légale de la Ville de Montréal dans ce type de projet », explique Me Nadine Mailloux en entrevue au Devoir. « Pour les VAS, l’urgence ne permettait pas ce type de consultation. Pour ce qui est du REV, on pense que, bien qu’il n’existe pas d’obligation légale de le faire, il existe une certaine obligation morale de consulter. »

Rappelons que l’administration de Valérie Plante avait annoncé, le 15 mai dernier, la mise en place de VAS afin de faciliter le respect des mesures de distanciation dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Quelques jours plus tard, 20 mai dernier, l’ombudsman Johanne Savard avait exprimé ses préoccupations au sujet des aménagements planifiés par la Ville. L’organisme avait alors rappelé à l’administration Plante qu’elle devait maintenir l’accessibilité universelle, s’assurer que les aménagements étaient sécuritaires et prévenir les citoyens ou commerçants concernés des changements à venir. Les plaintes ont alors commencé à déferler à son bureau. La nouvelle ombudsman, Me Nadine Mailloux, est entrée en poste le 3 août et a pris la relève dans ce dossier.

Le rapport fait notamment état de problèmes en matière d’accessibilité universelle. En entrevue, Me Mailloux soulève le cas du déplacement d’arrêts d’autobus dans la rue Rachel qui ont fait en sorte que l’accès au CLSC a été rendu plus difficile. « Même dans le cas d’un projet réalisé dans l’urgence, l’accessibilité universelle est non négociable », insiste Me Mailloux.

L’ombudsman reconnaît toutefois que la Ville de Montréal a fait preuve de beaucoup d’ouverture d’esprit à l’égard des enjeux qui lui ont été signalés dès le début de processus d’enquête. De nombreux irritants ont été corrigés au fur et à mesure, indique Me Mailloux.

L’Ombudsman de Montréal formule 15 recommandations afin d’améliorer la gestion des projets et l’information des citoyens.

La Ville de Montréal a dit prendre acte du rapport de l’Ombudsman, mais a rappelé que plusieurs ajustements avaient été faits pour corriger les lacunes signalées au fil des mois. « Je retiens que nous avons du travail à faire pour améliorer les communications faites aux citoyens, même si nous sommes dans l’urgence, même si les projets ont leur raison d’être », a indiqué la mairesse Plante par voie de communiqué.

Dans le cas du REV de la rue Saint-Denis, l’administration a souligné que le calendrier des travaux avait été revu pour réduire les répercussions sur les activités commerciales et qu’un programme de soutien financier avait été mis en place pour venir en aide aux marchands.

L’opposition à l’Hôtel de Ville reproche à l’administration d’avoir manqué de considération envers une partie de la population. « L’urgence n’excuse rien. Cela a été une expérience horrible pour les aînés et les gens à mobilité réduite. Dans certains cas, ce ne sont pas des oublis, c’est de la pure négligence », avance le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez. Il cite le cas des déplacements d’arrêts d’autobus dans la rue Rachel qui ont obligé les personnes âgées à parcourir de grandes distances. « C’est un non-sens. La mairesse et son administration, on voit clairement que ça ne les intéresse pas. Projet Montréal ne gouverne que pour sa base. »

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