Des logements pas si abordables dans Parc-Extension

L’immeuble est encore en construction et les logements ne seront prêts qu’à l’été 2021, mais le promoteur a déjà mis ses unités en location.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’immeuble est encore en construction et les logements ne seront prêts qu’à l’été 2021, mais le promoteur a déjà mis ses unités en location.

Le conseil municipal de Montréal a approuvé mardi l’adoption en première lecture du règlement sur l’inclusion de logements sociaux et abordables. Dans Parc-Extension, ce règlement arrive un peu tard. Après plusieurs occasions manquées et des projets de logements sociaux qui n’ont pu se réaliser, le phénomène d’embourgeoisement s’accentue.

En 2016, la Ville de Montréal avait tenté de mettre la main sur un bâtiment au 495 de l’avenue Beaumont, dans Parc-Extension, afin d’y construire 125 logements sociaux. En vain, car c’est plutôt un promoteur immobilier, le Groupe Montoni, qui a fait l’acquisition du site avec l’intention d’y construire 113 logements. À l’époque, le promoteur avait indiqué au Devoir que, même s’il n’avait pas l’obligation d’inclure des logements sociaux, il comptait offrir des logements à prix « abordable » et accessibles pour les familles.

L’immeuble est encore en construction et les logements ne seront prêts qu’à l’été 2021, mais le promoteur a déjà mis ses logements en location. Le coût mensuel pour un studio variera de 1175 $ à 1275 $, celui d’un 4 et demie sera de 1900 $ à 2350 $, et pour un 5 et demie avec trois chambres à coucher, il faudra débourser de 2650 à 2950 $ par mois.

Le Groupe Montoni ne croit pas que ses prix soient prohibitifs. « Les prix incluent l’Internet, l’électricité et les électroménagers. Plus de 40 % des logements du projet sont des 4 et demie et des 5 et demie. On souhaite accueillir des familles. C’est vraiment une priorité », a expliqué au Devoir Frédérick Truchon-Gagnon, directrice des communications au Groupe Montoni.

Le bâtiment comprendra des commerces au rez-de-chaussée et les locataires auront accès à une cour intérieure publique ainsi qu’à des jardins communautaires sur les toits. Un local sera aussi mis à la disposition d’un groupe communautaire.

Le promoteur entend toutefois construire des logements sociaux dans le quartier Parc-Extension et s’est mis à la recherche d’un site. « On n’est pas tenus d’en faire, mais on est conscients des besoins dans Parc-Extension », soutient Mme Truchon-Gagnon.

L’an dernier, le Comité d’action de Parc-Extension (CAPE) s’était inquiété de voir que le projet ne comporterait pas de logements sociaux. « C’est clair que ces logements visent une clientèle beaucoup plus aisée et que la grande majorité des locataires de Parc-Extension ne seront pas capables d’y accéder. Ça ne répond pas du tout aux besoins du quartier », estime Amy Darwish, organisatrice communautaire au CAPE.

Il n’a pas été possible mardi de parler avec la conseillère de Parc-Extension, Mary Deros, qui, en 2019, voyait d’un bon œil la construction du projet du « 495 » et l’arrivée de nouveaux logements pour les familles dans son district.

Le CAPE craint aussi pour un bâtiment situé au 690-700 de la rue Jarry Ouest, dont la démolition est prévue pour faire place à un projet immobilier privé. En 2013, un groupe de citoyens avait tenté d’acheter le terrain pour y construire une coopérative d’habitation, mais en vain. « Si la démolition est accordée, ce sera une autre occasion manquée pour le logement social dans le quartier. Nous avons l’impression que ce sera encore un projet d’appartements de luxe qui seront trop chers », dit Mme Darwish.

Le règlement « 20-20-20 »

Pour ne plus voir des terrains qu’elle convoite lui échapper, la Ville de Montréal a sélectionné en février dernier 300 terrains pour lesquels elle pourrait utiliser son droit de préemption. Cette procédure lui permet d’acquérir un immeuble ou un terrain lorsque celui-ci est mis en vente par le propriétaire. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait en septembre dernier en faisant l’acquisition d’un immeuble situé au 7290-7300 de la rue Hutchison, connu sous le nom de « Plaza Hutchison », pour la construction de logements sociaux.

Les groupes de défense des locataires espèrent aussi que le règlement sur la mixité sociale, aussi appelé le « 20-20-20 », pourra permettre d’accélérer la construction de logements sociaux.

Mardi, au conseil municipal, les élus ont d’ailleurs adopté ce projet de règlement en première lecture à 40 voix contre 20, sans l’appui des élus de l’opposition. « C’est un mauvais règlement, au mauvais moment et dans la mauvaise ville », a soutenu le maire de Saint-Laurent, Alan DeSousa. Selon lui, les nouvelles contraintes vont engendrer des frais supplémentaires pour les promoteurs, qui risquent de refiler la facture aux futurs acheteurs de condos et de rendre Montréal moins compétitive. L’opposition craint que le règlement incite les promoteurs et les familles à fuir vers les villes de banlieue qui n’imposent pas les mêmes contraintes.

La mairesse Valérie Plante s’est portée à la défense du règlement mardi devant le conseil municipal. « Le statu quo, ç’a fait son temps. Laisser le marché fonctionner tout seul, clairement, ça n’a pas fonctionné, a-t-elle dit.  C’est un privilège de construire à Montréal. Les gens viennent à Montréal parce qu’il y a une qualité de vie. » La mairesse a insisté pour dire qu’elle n’avait pas l’intention de laisser tomber les familles de la classe moyenne qui peinent à se loger à Montréal.

Responsable de la défense des droits des locataires au CAPE, André Trépanier craint que les actions des autorités arrivent trop tard. Les effets du règlement sur la mixité, qui doit entrer en vigueur en avril 2021 seulement, ne se feront sentir que dans deux ou trois ans, dit-il. Quant au droit de préemption, il ne peut être utilisé que s’il y a une vente. Il y a bien eu une entente entre Québec et Ottawa au sujet du financement en habitation, mais les retombées de cet accord se font toujours attendre. Pendant ce temps, le prix des loyers continue de grimper et les « rénovictions » se poursuivent dans Parc-Extension, où la pression immobilière est grande en raison notamment de la proximité avec le campus MIL de l’Université de Montréal. « On est là-dedans tout le temps. C’est vraiment un défi pour nous », conclut-il.

 
 

Une version précédente de cet article, qui surestimait légèrement le coût mensuel d’un studio au 495 de l’avenue Beaumont, a été modifiée.

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