Montréal dépose un budget équilibré sur fond de pandémie

Comme promis, les Montréalais auront droit l’an prochain à un gel de leur impôt foncier relevant de la ville-centre bien que des hausses de taxes locales sont prévues dans certains arrondissements. Le budget 2021 de la Ville de Montréal dévoilé jeudi par l’administration Plante-Dorais misera sur une relance économique pour tenter de contrer les effets de la pandémie de COVID-19.

Le budget 2021 totalisera 6,17 milliards de dollars, soit une baisse 1,5 million par rapport au précédent exercice. « C’est d’abord et avant tout un budget COVID, plutôt qu’un budget électoral », a commenté la mairesse Valérie Plante, alors qu’elle présentait les grandes lignes du budget en compagnie du président du comité exécutif, Benoit Dorais.

Le mois dernier, l’administration s’était engagée à ne pas hausser les taxes imposées par la ville-centre, tant pour le secteur résidentiel que non-résidentiel. Ce gel se traduira par une perte de revenus de 56 millions pour la Ville.

La plupart des arrondissements ont toutefois décidé d’augmenter leurs taxes de services, ce qui a pour effet d’augmenter globalement les charges fiscales totales de 0,2 % pour les immeubles résidentiels et de 0 % pour les immeubles commerciaux. À cet égard, Verdun a maintenu ses taxes locales au même niveau que l’année précédente, alors qu’Anjou les a baissées. Ainsi, pour le secteur résidentiel, neuf arrondissements enregistrent des hausses de taxes globales pouvant aller jusqu’à 1,8 % dans le cas de Verdun. Les 10 autres font plutôt état de baisse globale de taxes atteignant jusqu’à 3,5 %, comme c’est le cas pour Anjou.

Malgré les pertes financières, la Ville présente un budget équilibré et soutient qu’elle maintiendra les services au même niveau l’an prochain. En avril dernier, l’administration avait procédé à un redressement financier de 123,4 millions pour contrer les pertes liées à la chute de ses revenus découlant de la pandémie de COVID-19. Le gouvernement du Québec avait par la suite accordé une aide de 263,5 millions à la Ville, dont 178,5 millions ont été affectés au budget 2021.

La Ville avait aussi cherché à réaliser des économies notamment auprès de ses employés. Jusqu’à maintenant, il a été convenu que la rémunération des élus ne serait pas indexée et que les bonis des cadres seraient abolis pour 2020, ce qui a permis de générer des économies de près de 7 millions $. Une entente sera aussi intervenue avec le Syndicat des professionnels de la Ville à cet effet, a soutenu M. Dorais.

La Ville entend s’engager dans la prochaine phase de son plan de relance économique qui sera doté d’un budget de 50 millions supplémentaires afin de venir en aide aux entreprises et aux commerces montréalais. Les détails de ce plan seront dévoilés sous peu, a précisé M. Dorais.

Les principales hausses de dépenses pour 2021 sont liées à ce plan de relance de 50 millions, ainsi qu’à une augmentation de 49,6 millions du service de la dette brute. L’administration prévoit pour l’an prochain une diminution des revenus provenant des stationnements tarifés.

Infrastructures vieillissantes

Pour ce qui est des investissements, l’administration a décidé d’étendre sur 10 ans, plutôt que trois, la planification des travaux. Le programme triennal d’immobilisations (PTI) fait désormais place au programme décennal d’immobilisations (PDI). La Ville a opté pour cette stratégie en invoquant les besoins de plus en plus élevés attribuables au vieillissement des infrastructures. « La beauté de l’exercice sur 10 ans, c’est qu’on est capables de voir la photo du plan de match plutôt que d’être collés sur des années de décaissement », a expliqué Benoit Dorais.

Le PDI 2021-2030 atteint donc 18,69 milliards $ sur 10 ans, pour une moyenne de 1,9 milliard par année. Ce PDI prévoit notamment des investissements de 4,9 milliards pour les infrastructures de l’eau, dont 456 millions en 2021, et 4,6 milliards pour les infrastructures routières.

La Ville poursuivra ses investissements dans le Réseau express vélo (REV) et les pistes cyclables (200 millions), le remplacement des feux de circulation (163,8 millions), le Service rapide par bus (SRB) Pie-IX (107 millions), les aménagements pour le Réseau express métropolitain (REM) (228,4 millions) et le réaménagement de la rue Sainte-Catherine Ouest (400 millions). En matière d’environnement, des sommes sont prévues pour les espaces protégés (289,9 millions) et le Grand Parc de l’Ouest (49,4 millions).

Un montant de 140,5 millions sera par ailleurs consacré à la stratégie de 12 000 logements sociaux et abordables. En culture, des sommes seront investies pour la rénovation de la bibliothèque L’Octogone (37,8 millions) et la construction de la future bibliothèque d’Ahuntsic-Cartierville et de Montréal-Nord (38,2 millions).

Le budget du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) se chiffrera à 679,1 millions l’an prochain, une hausse de 14,6 millions par rapport à l’année précédente. Questionnée sur la possibilité d’une révision à la baisse du budget de la police, comme lui ont demandé les participants à une manifestation qui a perturbé la présentation du budget jeudi, la mairesse Plante a confié qu’une telle stratégie pourrait faire l’objet de discussions. « En plein milieu de pandémie, de faire un bris de service au SPVM, ça ne serait pas responsable pour moi. Mais je suis ouverte. J’ai toujours dit qu’il fallait avoir une réflexion », a-t-elle dit.

Tarifs réduits en transport

L’administration a consacré 9,3 millions pour obtenir de l’Autorité régionale de transport métropolitain de réduire de moitié les tarifs des aînés dans le transport en commun et d’accorder la gratuité pour les enfants de moins de 12 ans en tout temps, et non seulement la fin de semaine comme c’est le cas actuellement. Cette mesure devrait entrer en vigueur le 1er juillet 2021.

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