Montréal veut rendre la ville plus sécuritaire et inclusive pour les Autochtones

Montréal franchit un pas de plus dans sa démarche de rapprochement avec les peuples autochtones. Sa Stratégie de réconciliation dévoilée mercredi vise à rendre la ville plus sécuritaire pour ces communautés, à faire une plus grande place à la culture autochtone dans l’espace public et à augmenter la représentation des Autochtones au sein de l’appareil municipal et du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

En 2017, Montréal avait modifié son drapeau afin d’inclure un pin blanc, symbole des nations autochtones. L’année suivante, la mairesse Valérie Plante avait nommé Marie-Ève Bordeleau au poste de commissaire aux relations avec les peuples autochtones. Puis, en 2019, la rue Amherst avait changé de nom pour « Atateken » qui, en langue kanien’kéha (mohawk), signifie fraternité et sororité. Ces gestes ont servi ce prélude à un plan plus global visant à définir les grands principes sur lesquels se baseront désormais les relations entre la Ville de Montréal et les peuples autochtones.

Lors d’une conférence virtuelle en compagnie de Valérie Plante et de Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Marie-Ève Bordeleau a présenté les grandes lignes de la Stratégie de réconciliation avec les peuples autochtones 2020-2025, fruit de deux années de consultation auprès d’une trentaine d’organisations.

La stratégie comporte 125 engagements. Elle vise entre autres à établir une relation de gouvernement à gouvernement entre la Ville et les peuples autochtones.

Question de sécurité

Montréal entend notamment augmenter le nombre d’employés autochtones tant à la Ville qu’au SPVM et à la Cour municipale en développant un programme d’embauche auprès de ces communautés. En 2019, la Ville comptait 107 employés autochtones, soit 0,4 % de ses effectifs. « Le nombre n’est pas très haut. Il y a du travail à faire », a reconnu Valérie Plante.

La Ville veut aussi rendre la ville plus sécuritaire pour les autochtones. Elle compte soutenir les projets destinés à la population itinérante comme elle l’avait fait pour le centre de jour Résilience créé en 2019. La mairesse a évoqué la possibilité de mettre en place, en collaboration avec le SPVM, des patrouilles mixtes à l’image d’EMRII (Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance) composées d’un policier et d’un travailleur social œuvrant en duo. « C’est le genre de projet qui fonctionne très bien, a soutenu la mairesse. Pour moi, c’est une voie fondamentale à explorer pour la Ville de Montréal, mais également pour les autres grandes villes du Québec et même au Canada où on regarde notre patrouille EMRII avec beaucoup d’envie. »

Montréal souhaite aussi mettre en valeur l’histoire autochtone dans l’espace urbain, en ciblant notamment la toponymie avec la création d’une banque de toponymes autochtones. En matière de patrimoine archéologique, la Ville suggère de poursuivre la collaboration avec les communautés autochtones comme elle l’avait fait pour les sites autochtones tels que ceux de Dawson (Peel-Sherbrooke), de la maison Nivard-De Saint-Dizier et de l’ancien fort Lorette.

Pour Ghislain Picard, la stratégie présentée par la Ville est un « geste fort qui s’accompagne d’une volonté claire de passer à l’action ». « Cette initiative est également une réponse appropriée à la Commission d’enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec, la commission Viens, et la Commission de vérité et réconciliation rendue publique en décembre 2015 », a-t-il fait valoir.

Entre 2001 et 2016, le nombre de personnes qui se sont déclarées autochtones a augmenté de 128 % sur le territoire de la métropole. La Ville croit toutefois que certaines de ces personnes vivaient déjà à Montréal, mais qu’elles ne s’étaient pas auparavant identifiées comme étant des Autochtones.