Le mauvais sort fait au monument Chénier est «inacceptable», selon Valérie Plante

«Le Devoir» a retrouvé le socle du monument à Chénier, non pas entreposé avec soins, mais gisant tout bonnement au fond d’un terrain vague.
Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir «Le Devoir» a retrouvé le socle du monument à Chénier, non pas entreposé avec soins, mais gisant tout bonnement au fond d’un terrain vague.

Le mauvais sort fait au monument dédié au patriote Jean-Olivier Chénier n’est pas acceptable, selon la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a réagi aux révélations du Devoir à cet égard. La mairesse affirme que la situation « est tout à fait inacceptable ».

Le socle du monument gisait dans un terrain vague, sans aucune protection, et cela depuis plusieurs années, comme le confirment des images dès 2016.

C’est François Limoge, conseiller de la Ville et leader de la majorité à l’Hôtel de Ville de Montréal, qui a fait circuler la réaction officielle de la mairesse Plante.

Selon la mairesse, « la Ville doit faire mieux pour la gestion de son patrimoine ». Elle assure que « le socle sera retiré et placé en lieu sûr, et sera restauré en vue de son intégration au Square Viger, lorsque le chantier sera terminé. » Ce monument avait été financé par une souscription publique des citoyens de la ville en 1894-1895.

Selon la mairesse Plante, des consignes ont été données à la direction générale et des indications conséquentes ont été transmises « aux services responsables afin de régulariser la situation immédiatement et de faire la lumière sur les manquements observés dans la gestion de ce dossier ».

Érigé en août 1895, le monument à Chénier dans le parc Viger, à quelques pas de la gare du même nom, avait pris, cette année-là, l’allure d’une réponse à l’érection, quelques semaines plus tôt, d’un gigantesque monument consacré à John A. Macdonald, le père du Canada de 1867.

Une foule en colère a récemment renversé le monument Macdonald. Plusieurs critiques à l’endroit de Macdonald étaient déjà formulés par les souscripteurs du monument Chénier à l’époque. Ils voyaient au contraire en Chénier un véritable ami de la liberté du peuple.

Disparition

La statue avait été enlevée à l’occasion des longs travaux de construction du CHUM. Mais le CHUM n’avait pas pu faire fi du fait que le square Viger où elle était installée ne pouvait disparaître. Le lieu avait en effet été donné au XIXe siècle par nul autre que Louis-Joseph Papineau et sa tante, à la condition expresse d’en faire une « place de marché ».

Les constructeurs du CHUM n’étaient pas parvenus à infléchir, au-delà du temps, la volonté notariée du tribun, le plus célèbre animateur des soulèvements de 1837-1838 et par ailleurs ferme opposant du Canada confédéral orchestré par John A Macdonald.

Le monument fut longtemps un centre de ralliements, notamment politique.

Mais situé dans un secteur devenu beaucoup moins accueillant à compter des années 1960, situé en bordure d’un espace devenu entièrement bétonné, le monument avait été plusieurs fois abîmé par des vandales. Son arme lui fut arrachée, comme on lui brisa aussi une main. Le monument fut restauré tant bien que mal, sans que la pauvreté au milieu de laquelle il s’élevait ne soit résolue.

En 2002, le monument Chénier avait été utilisé dans une campagne de publicité une publicité de la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux de Montréal-Centre. Chénier y indiquait, de la main, la direction d’un CLSC.

Dans sa thèse de doctorat consacré à Chénier, l’historien Marc Collin a constaté que dans le parc mal-aimé où le monument avait fini par se retrouver, on avait fini par perdre le sens de qui était cet homme. Pour le public, faute d’indications, « c’est tout simplement un homme qui tient une carabine, on ne sait trop pourquoi, et qui indique une direction, on ne sait trop laquelle. »

Inquiétudes

Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal, demande à ce « qu’une enquête apporte des explications sur le pourquoi de cette situation ». Il observe que « la Ville dispose dans ce secteur de terrains et immeubles qui lui servent d’entrepôt ». Autrement dit, qu’un monument aussi important ait été laissé ainsi, « “dompé” là sans protection alors que Montréal vit une vague croissante de vandalisme, c’est inacceptable ».

La situation, avance M. Bumbaru, « rappelle les cas de la clôture en fer forgé du parc Morgan ou celle du carré Saint-Louis », disparues suite à une mauvaise protection.

Par ailleurs, dit-il, le mauvais sort fait au monument Chénier « inquiète quant au sort d’autres éléments patrimoniaux que la Ville garde dans ses entrepôts, comme les pierres sculptées de l’hôtel Queen’s, démoli en 1988 ».