Gel de taxes l’an prochain à Montréal

Malgré les pertes engendrées par la pandémie, l’administration Plante n’entend pas hausser ses taxes foncières l’an prochain à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Malgré les pertes engendrées par la pandémie, l’administration Plante n’entend pas hausser ses taxes foncières l’an prochain à Montréal.

Malgré les pertes financières engendrées par la pandémie de COVID-19 et la perspective d’un déficit qui pourrait atteindre 129 millions de dollars, Montréal n’entend pas hausser les taxes pour les propriétaires fonciers et pour le secteur commercial l’an prochain.

La mairesse, Valérie Plante, et le président du comité exécutif, Benoit Dorais, en ont fait l’annonce jeudi à l’occasion d’une présentation d’une mise à jour de la situation financière de la Ville.

Le déficit anticipé qui, en avril dernier, était évalué à près de 295 millions de dollars — auquel s’ajoutait celui du transport en commun —, a été réduit à environ de 109 à 129 millions en raison du plan de redressement mis en place au printemps dernier, a indiqué la mairesse Plante. Ce montant représente environ 2 % du budget de la Ville.

 
56 millions
C’est la perte de revenus qu’accusera la ville-centre en raison du gel de taxes accordé aux propriétaires fonciers et au secteur commercial.

Le gel de taxes s’appliquera à l’impôt foncier relevant de la ville-centre et il se traduira pour la Ville en une perte de revenus de 56 millions de dollars. Des taxes d’arrondissement pourraient cependant s’y ajouter.

« Cette décision a des impacts. […] Mais c’est un choix qui s’impose dans les circonstances. Je pense que les gens ont besoin de répit », estime Benoit Dorais. Selon lui, il s’agit d’un premier pas pour les commerçants, mais d’autres mesures fiscales pourraient être appliquées afin de les aider à traverser la crise. L’élu a assuré que la taxe d’eau serait également gelée.

Le coût de la pandémie

La pandémie a coûté cher à la Ville et a nécessité des investissements de 85 millions de dollars, dont 26 millions ont été consacrés aux mesures et aux refuges mis en place pour les itinérants. La Ville a par ailleurs enregistré des pertes de près de 30 millions en revenus de parcomètres et de 73 millions en revenus de contraventions, en plus des 18 millions qu’elle n’a pas pu toucher en lien avec les taxes, les compensations tenant lieu de taxes et les permis.

 

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L’administration Plante soutient qu’il n’est pas dans son intention de réduire les services aux citoyens. Benoit Dorais a précisé qu’au cours des dernières années, la Ville avait enregistré des surplus qu’elle pourrait utiliser pour atténuer les pertes. L’administration envisage aussi de procéder à des emprunts à long terme. À cela s’ajoute l’aide gouvernementale de 2,3 milliards de dollars octroyée par Québec et Ottawa la semaine dernière pour les municipalités du Québec. De ce montant, une somme de 1,2 milliard est destinée aux sociétés de transport collectif. Montréal ignore encore l’ampleur du montant qui lui sera attribué.

Année électorale

L’opposition reproche à l’administration Plante son manque de transparence et le flou qu’elle entretient quant aux solutions à apporter pour combler les pertes de revenus. « Ils font une belle annonce en disant qu’ils vont geler les taxes, mais en même temps, ils disent qu’il va y avoir un déficit de 110 millions de dollars sans nous expliquer comment ils vont le payer, indique le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, qui voit dans le gel de taxe une manœuvre électoraliste. « Pour moi, c’est une taxe déguisée. On va tout simplement emprunter plus d’argent pour éviter de dire qu’on fait une augmentation de textes en année électorale. »

Selon lui, l’administration a démontré dans le passé son manque de « crédibilité » en matière de finances en augmentant les dépenses de la Ville et son endettement.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a pour sa part salué la décision de l’administration Plante de geler les taxes. Il s’agissait d’ailleurs d’une demande exprimée par l’organisme le 18 septembre dernier. « Nous espérons que les arrondissements suivront l’exemple donné aujourd’hui », a indiqué François Vincent, vice-président Québec à la FCEI, par voie de communiqué. L’organisme souhaite aussi que les autres municipalités québécoises emboîtent le pas à Montréal et Québec qui a déjà annoncé son intention de maintenir les taxes au même niveau l’an prochain.

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