La dangerosité du bâtiment du Rapido n’a pas été démontrée, soutient la Ville

Rien ne démontrait que le bâtiment du Rapido, démoli sans permis au printemps dernier, présentait des enjeux de sécurité, soutient l’arrondissement Plateat-Mont-Royal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Rien ne démontrait que le bâtiment du Rapido, démoli sans permis au printemps dernier, présentait des enjeux de sécurité, soutient l’arrondissement Plateat-Mont-Royal.

Rien ne démontrait que le bâtiment du Rapido, démoli sans permis au printemps dernier, présentait des problèmes de sécurité, soutient l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. Pour dissuader les promoteurs de procéder à des démolitions illégales, l’arrondissement envisage d’ailleurs de resserrer sa réglementation et d’imposer des amendes plus sévères aux propriétaires délinquants.

En entrevue au Devoir mardi, l’un des actionnaires du projet immobilier, Matthew Lieberman, avait soutenu qu’il n’avait eu d’autre choix que de démolir l’immeuble compte tenu du danger que celui-ci représentait, et ce, même s’il ne détenait pas de permis pour le faire. « J’avais deux rapports de mes ingénieurs qui disaient que c’était dangereux, a déclaré le promoteur. Je n’ai pas besoin d’avoir la permission de la Ville pour protéger le public. »

« Sur les cinq démolitions [non autorisées] que j’ai eues à gérer dans ma vie, ç’a toujours été ça, la réponse des contrevenants : que le bâtiment n’était pas sécuritaire et qu’ils étaient obligés de le démolir », rétorque Raouf Benamara, chef de la section de l’inspection des bâtiments à l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Le fonctionnaire souligne que le dossier de demande de permis déposé par les propriétaires du bâtiment situé à l’angle de la rue Saint-Denis et de l’avenue du Mont-Royal comportait des rapports d’ingénieurs de structures. Or, ceux-ci n’ont pas fait état de problèmes en matière de sécurité. « Ces ingénieurs sont censés avoir exploré les structures avant le dépôt de la demande de permis, dit-il. Jusqu’à maintenant, il n’y a aucune pièce qui nous a été déposée nous disant que le bâtiment était dangereux et qu’une démolition était nécessaire. »

S’il y avait eu danger, l’arrondissement aurait dû être averti, ajoute-t-il. Quand un risque pour la sécurité est démontré, la Ville est en mesure d’autoriser rapidement une démolition si nécessaire, souligne le fonctionnaire.

Les promoteurs avaient obtenu au mois de janvier dernier un permis de transformation afin d’agrandir l’immeuble et de réaliser un projet immobilier comportant des logements aux étages supérieurs et des commerces au rez-de-chaussée. Quelques mois plus tard, ils ont finalement détruit l’essentiel du bâtiment, ne laissant debout que deux murs extérieurs.

Quand, en mai dernier, les inspecteurs municipaux ont constaté qu’il ne restait plus grand-chose de l’immeuble, le permis de transformation a été automatiquement annulé, le chantier a été suspendu et un avis d’infraction a été délivré aux propriétaires. Des travaux pour sécuriser les façades ont également été exigés. « On a avisé le propriétaire qu’il devra tout faire pour conserver ces façades. Il n’a pas le choix. Il doit les conserver. »

Raouf Benamara souligne que les inspecteurs de la Ville n’ont pas pu interrompre la destruction de l’immeuble, n’étant pas sur place au moment des faits. L’arrondissement doit gérer 2800 dossiers de permis par année et les inspecteurs, qui sont au nombre de huit, ne sont pas en mesure d’assurer une présence constante sur chacun des chantiers.

L’arrondissement n’a pas voulu préciser le montant de l’amende qui sera imposée aux propriétaires. L’amende minimale pour ce type d’infraction est de 25 000 $, mais elle pourrait être plus élevée. Raouf Benamara reconnaît qu’un tel montant peut paraître bien insuffisant pour dissuader la délinquance, surtout dans le cas de promoteurs bien nantis.

Hausser les amendes

Au début de 2020 — bien avant la démolition de l’édifice du Rapido — l’arrondissement a d’ailleurs entrepris de revoir son règlement sur les démolitions de manière à ce que les amendes soient déterminées en fonction de la valeur du bâtiment et de l’importance de l’infraction et non plus selon des montants fixes comme c’est le cas actuellement. « On a demandé que le règlement soit plus proche de la réalité et beaucoup plus percutant afin qu’on puisse mieux protéger notre patrimoine bâti », explique M. Benamara.

Depuis 2004, le Plateau-Mont-Royal impose des règles sévères dans le but de préserver le caractère patrimonial des bâtiments de son territoire et éviter les rénovations intempestives. Il oblige notamment tous les propriétaires à respecter les caractéristiques architecturales d’origine de leur immeuble lorsqu’ils procèdent à des travaux.

Dans le cas de l’immeuble du Rapido, les propriétaires devront déposer une demande de démolition et soumettre un projet de remplacement.

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