Des commerçants ne veulent pas du REV sur la rue Saint-Denis

Des commerçants estiment que le REV n’a pas sa place sur Saint-Denis, une artère comportant plusieurs commerces de destination.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des commerçants estiment que le REV n’a pas sa place sur Saint-Denis, une artère comportant plusieurs commerces de destination.

Malgré l’opposition de plusieurs commerçants de la rue Saint-Denis, l’administration de Valérie Plante a bien l’intention d’aller de l’avant avec l’aménagement du Réseau express vélo (REV) sur cette artère en difficulté.

Propriétaire de la boutique Zone, dans le Plateau-Mont-Royal, Madeleine de Villers n’en démord pas. Le REV va nuire aux commerçants. Déjà, le chantier majeur de 2016 avait considérablement fragilisé cette artère. L’embellie qui a suivi a cependant été assombrie par la pandémie de COVID-19.

« En pleine pandémie, les commerçants ont besoin que les clients puissent accéder à leurs commerces. On n’est pas contre les différents modes de mobilité, mais je pense que l’auto est un moyen de transport qui nous amène de la clientèle », explique Mme de Villers.

La femme d’affaires a consulté des dizaines de commerçants avant de rédiger une lettre qui a été publiée dans La Presse mardi. Dans cette missive, qu’elle qualifie de « cri du cœur », une soixantaine de commerçants réclament de l’administration Plante qu’elle renonce à son projet de REV qui amputera deux voies de circulation sur cette artère. Les travaux devraient commencer au début du mois de septembre et durer trois mois.

Madeleine de Villers estime que le REV n’a pas sa place sur Saint-Denis, une artère comportant plusieurs commerces de destination. « On n’a pas besoin de ça en ce moment. Lors de visites de commerçants, plusieurs m’ont dit que l’automne et Noël étaient des périodes déterminantes. Ceux qui travaillent dans le vêtement craignent de ne pas passer l’hiver. »

« Ça fait 40 ans que je suis ici, poursuit-elle. C’est une démolition de la rue Saint-Denis sans fin, avec les chantiers et les entraves. La mairesse n’aime pas ses commerçants. Moi, je vends des meubles. Est-ce qu’on part à vélo avec des meubles ? »

Interpellé par le conseiller Francesco Miele, d’Ensemble Montréal, lors de l’assemblée du conseil municipal mardi, le maire du Plateau-Mont-Royal et responsable du développement économique au comité exécutif, Luc Rabouin, a laissé entendre que l’administration n’allait pas renoncer à son projet. « On reconnaît évidemment que la situation est extrêmement difficile pour l’ensemble des commerçants à Montréal, incluant ceux de la rue Saint-Denis. C’est pour ça que depuis le début de la pandémie, on a mis en place toute une série de mesures d’urgence », a-t-il indiqué.

M. Rabouin a rappelé que l’administration avait convenu avec la Société de développement commercial (SDC) de la rue Saint-Denis de reporter le début du chantier, initialement prévu pour le mois de juillet, après la fête du Travail.

De son côté, la conseillère Marianne Giguère, responsable du dossier des transports actifs au comité exécutif, a vanté les bienfaits des aménagements cyclables pour le commerce de détail sur rue et l’apaisement de la circulation. « On est convaincus que ça va faire renaître la rue Saint-Denis. Ça va changer complètement l’ambiance qui va y régner. Ce n’est pas uniquement un projet cyclable », a-t-elle fait valoir.

Au passage, elle a souligné que le projet du REV permettrait de rendre plus sécuritaire pour les cyclistes le passage sous le viaduc de la rue des Carrières où Mathilde Blais a trouvé la mort en 2014.

L’opposition estime que l’administration n’écoute pas les commerçants, une attitude qui pourrait entraîner leur exode. « Ils ne vous demandent pas de l’argent pour un site Internet, ils vous demandent d’arrêter de leur nuire », a commenté M. Miele.

Pour sa part, Madeleine de Villers croit que compte tenu de la situation financière difficile dans laquelle elle se trouve avec la COVID-19, la Ville devrait renoncer à ce chantier. « Tous les travaux non essentiels devraient être arrêtés à la Ville de Montréal, avance-t-elle. La Ville est en faillite. »

La SDC de la rue Saint-Denis n’a pas rappelé Le Devoir.

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