Montréal se prépare au «pire» pour l'automne

Un reconfinement à grande échelle est «très peu probable», a avancé le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique, vendredi, en conférence de presse.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un reconfinement à grande échelle est «très peu probable», a avancé le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique, vendredi, en conférence de presse.

Après avoir été l’épicentre de la pandémie au pays, Montréal dit avoir fait ses devoirs et se prépare « au pire » en vue d’une éventuelle deuxième vague.

« On n’est pas capable de prédire si ce sera plusieurs petites éclosions, des moyennes vagues ou une grosse en novembre. Mais clairement, on doit se préparer au pire », a soutenu vendredi en point de presse la directrice de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin.

Mais un reconfinement à grande échelle est « très peu probable », a avancé le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique. Mettre le Québec sur pause a permis de sauver « beaucoup de vies », mais il y a eu des « effets pervers », a-t-il dit, notamment chez des écoliers privés de socialisation et des personnes âgées en perte d’autonomie.

En vue de l’automne, l’objectif est donc de « protéger les gens plus vulnérables », mais aussi de « maintenir la transmission communautaire le plus bas possible » et d’éviter de surcharger le réseau, a souligné Mylène Drouin. Pour y arriver, la Santé publique s’est fixé deux priorités : être prêt à dépister, enquêter et gérer les éclosions, et éviter que le virus retourne dans les milieux pour aînés.

Cela étant, la gestion du personnel soignant reste un enjeu crucial pour affronter une potentielle deuxième vague. Celui-ci doit rester mobilisé, ont concédé les deux experts.

Un « centre de commande » régional a été mis sur pied, réunissant les CIUSSS de Montréal, la Santé publique et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Il permettra de « prendre des décisions rapidement » si des enjeux propres à la métropole se présentent, a illustré la Dre Drouin.

Un projet-pilote de « centre de contact » a également vu le jour pour accélérer les enquêtes de cas. Une firme externe se charge désormais de récolter les informations de base et de donner les consignes. Les enquêteurs de la Santé publique prennent ensuite le relais. Le but était de dégager ces derniers de cette tâche « qui prend beaucoup de temps », et d'éviter de devoir les mobiliser en masse en cas de flambée des cas, a expliqué la Dre Drouin.

Ces centres de commande et de contact figuraient parmi les 24 recommandations formulées récemment par la nouvelle sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, Dominique Savoie, dans un rapport sur les lacunes dans la gestion de la crise à Montréal.

La Santé publique informatise par ailleurs les processus d’enquête à l'heure actuelle. Pour que, notamment, les résultats négatifs soient directement envoyés aux patients, a détaillé le Dr Arruda.

La rentrée scolaire est aussi sous la loupe de la Santé publique de Montréal, mais les détails seront communiqués « dans les prochaines semaines », a fait savoir Mylène Drouin. Québec doit présenter son plan réajusté du retour en classe lundi.

Surtout dans les CHSLD

Devant les journalistes, la Dre Drouin a dressé un bilan du printemps mouvementé. Elle avait fait plus tôt le point avec le Dr Arruda et les 10 présidents-directeurs généraux des CIUSSS de Montréal.

Sans surprise, le virus a fauché de nombreuses vies dans les milieux pour aînés — incluant CHSLD et résidences pour aînés. Ils ont accaparé 88 % de tous les décès liés à la COVID-19 recensés sur le territoire. Et 76 % d’entre eux se sont retrouvés avec une éclosion.

Par ailleurs, les travailleurs de la santé ont été particulièrement touchés par la pandémie, a souligné la Dre Drouin. Quelque 6268 d’entre eux ont été infectés, soit 22 % de tous les cas enregistrés. Cette propagation a ensuite transformé des quartiers de la ville en points chauds, comme Montréal-Nord.

S’il y a eu des ratés pendant la première vague, Montréal a également eu des bons coups, a fait valoir Mylène Drouin. Elle a cité en exemple le déploiement de la clinique de dépistage temporaire sur la place des Festivals ou encore les efforts menés auprès de la clientèle itinérante pour limiter la contagion.