Petit électrochoc pour redonner vie au centre-ville

Déserté par ses travailleurs et les touristes internationaux, le centre-ville de Montréal crie famine et l’administration Plante compte bien lui administrer un petit électrochoc culturel et urbanistique. La mairesse a annoncé mardi un investissement de 400 000 dollars afin d’augmenter l’achalandage dans le cœur de la métropole, malgré des contraintes sanitaires strictes qui compliquent les choses.

La mairesse Valérie Plante veut donc « créer un engouement pour le centre-ville », soulignant que les récentes expériences de rues commerciales comme Wellington ou l’avenue du Mont-Royal ont prouvé que « quand on injecte des fonds et qu’on met de l‘énergie […], les gens viennent, il y a une expérience ».

Au total, sept places publiques décorées par des artistes seront installées à partir du 31 juillet dans le grand quadrilatère formé par les rues Atwater et Papineau entre la rue Sherbrooke et le fleuve Saint-Laurent. Des « placottoirs », des petites haltes, seront aussi aménagés. À la clé, il se tiendra à partir de jeudi et au fil des prochaines semaines quelque 200 spectacles en tout genre au centre-ville. Les règles de la santé publique ne permettent toutefois pas d’annoncer une programmation, afin d’éviter les grands rassemblements.

La mairesse Valérie Plante a fait ces annonces mardi avec la présidente du C. A. du Partenariat du Quartier des spectacles, Monique Simard, avec le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain Michel Leblanc ainsi qu’avec le p.-d. g. de Tourisme Montréal, Yves Lalumière.

« Ce n’est pas un cri d’alarme, c’est un cri de ralliement », a lancé M. Leblanc, tout de même inquiet des statistiques de fréquentation du centre-ville. Selon les chiffres d’un sondage mené auprès de ses membres, 76 % d’entre eux se sont dits « très inquiets » de la situation des commerces et de l’absence de clientèle. Selon les approximations de M. Leblanc, pas plus de 5 % du personnel habituel du centre-ville travaille du bureau en ce moment — les règles de Québec permettent depuis peu un taux d’occupation de 25 %.

« J’invite tout le monde à venir voir Montréal », a insisté la mairesse Plante, qui espère que les Montréalais et aussi les citoyens du reste du Québec vont répondre à son appel « et profiter de la ville de manière sécuritaire ».

Le nombre de touristes a diminué massivement en 2020, a souligné le p.-d. g. de Tourisme Montréal, Yves Lalumière. En 2019, Montréal a accueilli quelque 11 millions de touristes qui ont dépensé environ 4 milliards. Cette année, on estime qu’il y aura un million de visiteurs. L’organisme a annoncé la création de passeports qui offriraient 40 % de rabais dans une vingtaine d’attraits de Montréal.

J’invite tout le monde à venir voir Montréal

 

Règles sanitaires et contraintes

Les visiteurs intéressés par les activités culturelles devront toutefois se lancer un peu dans le vide, car les règles sanitaires ne permettent pas de rendre public un horaire des différents spectacles, a expliqué Monique Simard, qui compare la situation actuelle à un laboratoire.

« Il y avait plein de contraintes, a-t-elle expliqué. C’est de l’ordre d’un grand défi ». Le site MTL. org a tout de même été mis sur pied pour que la population puisse surveiller la tenue des événements peu avant leur début. « On expérimente, on essaie des choses, et c’est vrai que j’aimerais bien pouvoir vous dire qu’à tel coin de rue à telle heure il va y avoir quelque chose… mais je ne peux pas, explique Mme Simard. Mais je peux vous dire que si vous allez dans tel quadrilatère, en fin de semaine, je vous assure que vous allez avoir des surprises. C’est la seule façon. »

Valérie Plante s’est par ailleurs défendue d’agir trop tard dans l’été, alors que le mois d’août arrive et que les vacances de la construction sont déjà entamées. Elle a notamment expliqué que les règles de la santé publique ont évolué plus rapidement que ce que Montréal anticipait au mois de mai, lors de la préparation des plans de relance et de déconfinement. La mairesse précise également que les activités annoncées s’étireront jusqu’à la mi-octobre.

Photo: Adil Boukind Le Devoir En 2019, Montréal a accueilli quelque 11 millions de touristes qui ont dépensé environ 4 milliards. Cette année, on estime qu’il y aura un million de visiteurs. Sur la photo, le Centre des sciences de Montréal, dans le Vieux-Port, un secteur normalement très convoité par les touristes internationaux.

Mme Plante estime qu’il « n’est pas facile » pour Montréal d’investir la somme de 400 000 dollars étant donné ses finances actuelles, affectées par la pandémie. Elle assure toutefois que Québec et Ottawa annonceront bientôt de l’aide additionnelle. « Il ne reste que des technicalités à régler, a-t-elle dit. On s’attend à ce que les autres paliers puissent financer davantage étant donné qu’ils ont plus de moyens. Honnêtement, ça va avoir un impact assez important » sur la programmation, qui serait « amplifiée ».

Chez Patrimoine canadien, l’attachée de presse du ministre Steven Guilbeault a confirmé « qu’il y a[vait] des discussions en cours, et que c’[était] très avancé ».

À Québec, au cabinet de la ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, Chantal Rouleau, on s’est dit « conscient des défis auxquels fait face le centre-ville ». Le cabinet ajoute : « Nous avons actuellement des discussions au sujet d’une aide ponctuelle et la ministre Rouleau travaille fort en ce sens. Une annonce sera faite en temps et lieu. »

L’opposition à l’Hôtel de Ville de Montréal, le parti Ensemble Montréal, a pour sa part estimé que les mesures annoncées mardi étaient « trop peu, trop tard » et que les Montréalais avaient déjà quitté la ville pour leurs vacances. « La mairesse n’a fait aucun effort pour améliorer l’accès au centre-ville pour les visiteurs, qui sont confrontés à un encombrement de nouvelles voies piétonnes et cyclables ainsi qu’au manque de stationnement », a ajouté le parti dans une déclaration écrite.

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