Legault s’impatiente devant les ratés du dépistage

Le ministre de la Santé n’a pas su fournir, mercredi, d’explications au sujet du cafouillage entourant les cliniques montréalaises de dépistage de la COVID-19, où l’affluence a pris la Direction régionale de la santé publique par surprise et causé une situation « inacceptable », selon le premier ministre.

Le ministre Christian Dubé n’a pas répondu aux questions entourant la décision de n’ouvrir que trois cliniques de dépistage sans rendez-vous dans toute l’île de Montréal, quatre jours après avoir demandé à tous ceux qui y ont fréquenté des bars de subir un test de dépistage de la COVID-19. Pour une troisième journée consécutive, l’attente pour obtenir un test à la clinique sans rendez-vous de l’Hôtel-Dieu se comptait en heures. Mercredi, la file d’attente s’allongeait jusqu’à l’avenue du Parc.

En fait, le cabinet du ministre de la Santé a refusé de répondre à l’ensemble des questions que Le Devoir lui a soumises à propos de cette opération de dépistage. « Le premier ministre a fait une demande claire et on travaille là-dessus », a simplement répondu l’attaché de presse du ministre Dubé.

De passage à Rivière-du-Loup, François Legault a qualifié « d’inacceptables » les délais d’attente et les heures d’ouverture des cliniques de dépistage de Montréal. « On a une offre de service qui devrait être capable de prendre facilement, sans trop d’attente, 16 000 clients par jour. Or, on a à peu près 10 000 clients par jour, et il y a des longues attentes », a-t-il déclaré.

« Donc, de toute évidence, notre offre n’est pas située aux bons endroits. Il y a des endroits qui sont vides et d’autres qui sont surchargés », a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement a dit s’attendre à ce que la situation soit corrigée « dans les prochains jours ». « Le Dr Arruda s’en occupe », a-t-il assuré.

Les bus sont prêts

La mairesse Valérie Plante comprend mal que la DRSP de Montréal ait lancé un appel au dépistage des clients des bars samedi sans avoir prévu les ressources requises. « Je suis heureuse et touchée que les Montréalais répondent en si grand nombre. C’est une bonne nouvelle. Mais de les faire attendre pendant quatre-cinq heures, ça, pour moi, ce n’est pas acceptable », a-t-elle commenté mercredi lors d’une mêlée de presse.

La mairesse a précisé que la Ville de Montréal avait offert son aide et que les autobus de la Société de transport de Montréal (STM) pour les unités de dépistage mobiles étaient prêts. La Ville a aussi demandé que d’autres cliniques de dépistage soient mises en place « parce que ça ne va pas assez vite », a-t-elle dit.

« Si on fait un appel à tous […] il faut qu’il y ait la capacité d’accueil nécessaire », a-t-elle ajouté.

« On ne s’attendait à une telle réponse de la part du public cible qu’on voulait approcher », a reconnu Jocelyne Boudreault, porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud et de la DRSP de Montréal. Mme Boudreault n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi les effectifs n’avaient pas été plus importants sur le terrain.

Un premier correctif a été apporté en après-midi. Devant la ruée, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a fait savoir que les heures d’ouverture de la clinique de l’Hôtel-Dieu seraient prolongées jusqu’à 20 heures, tous les jours de semaine, jusqu’à nouvel ordre.

Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a aussi annoncé l’ouverture, ce jeudi, d’une clinique de dépistage dans l’arrondissement Outremont. Elle vise particulièrement les 15 à 29 ans qui ont fréquenté les bars depuis le 1er juillet, a indiqué le CIUSSS.

D’autres mesures devraient être mises en place au cours des prochains jours sur l’île de Montréal.

Problème de logistique

Les ratés dans le dépistage ne tiennent pas, cette fois-ci, à un manque de matériel (écouvillons et réactifs), souligne la Dre Marie-France Raynault, médecin spécialiste en santé communautaire et en santé publique. « Le problème, c’est la logistique et les ressources humaines. »

La Dre Marie-France Raynault rappelle qu’avec la structure de gouvernance actuelle, la Direction régionale de la santé publique de Montréal doit composer avec 5 directions de CIUSSS lorsqu’elle mène une opération de dépistage massif sur le territoire. « La Direction de la santé publique est obligée de quêter des effectifs, dit-elle. Je ne dis pas que les gens des CIUSSS ont nécessairement une mauvaise volonté, mais la structure n’est pas facilitante. »

Mobiliser des employés est aussi plus complexe que durant le confinement, explique la Dre Marie-France Raynault. Les cliniques et les hôpitaux ont repris leurs activités habituelles. Les professionnels réaffectés au dépistage au plus fort de la crise ont retrouvé leur poste habituel, cite-t-elle en exemple.

Avec Guillaume Lepage

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3 commentaires
  • Robert Monaco - Abonné 16 juillet 2020 07 h 06

    Impro

    Après 4 mois ce gouvernement improvise encore sur les tests wow!

  • Joane Hurens - Abonné 16 juillet 2020 10 h 01

    Les capitaines toujours à quai

    Le ministère de la santé est une immense flotte de paquebots dont les capitaines restent à quai. Ils ignorent ce qui se passe en mer. Alors qu’en ce moment, la situation demande des unités d’intervention mobiles et agiles.

    Il n’y a pas si longtemps, le ministre Dubé souhaitait une plus grande “agilité “ dans l’octroi des contrats gouvernementaux.
    Il aura de quoi s’occuper comme amiral de cette flotte en manque de gouvernance là où il faut livrer bataille.

  • Grace Di Lullo - Inscrit 16 juillet 2020 10 h 06

    exercice matinal avec des impératifs

    Félicitons la jeunesse qui s'est présentée à ce dépistage. Elle démontre du civisme, de la responsabilité et de la solidarité. La jeunesse est intelligente et belle!

    Déplorons les files d'attente et le manque d'organisation constant et perpetuel que le fonctionnariat québécois au ministère de la Santé et dans les merveilleux CIUSSS, CISSS, SSSSSSSs créent pour notre plaisir !

    Refusons en masse une gestion digne d'une république de bananes de notre système de santé. Il est inadmissible qu'une population de plus de 6 millions de personnes soient désservies de cette manière. Des régions dans le globe avec ce niveau de population ont très souvent de meilleures pratiques de soins.

    Soyons transparents lorsqu'il s'agit du nombre de tests, d'écouvillons, de swabs, de masques, de personnels, Si les ressources humaines, matérielles, temporelles, sont minces qu'on nous le disent. Nous comprendrons.

    Remercions et/ou congédions les administrateurs bien terrés dans les CIUSSS, CISSS, ssssssss, incapables d'atteindre les indicateurs minimaux de niveaux de service.

    Revoyons les aspects normatifs des conventions collectives si cela causent des problèmes.

    Inspirons nous et mplantons un système allemand, un système X de la santé sans attendre 40 commissions d'enquêtes et parlementeries. Si notre système est pourri à l'os et bien qu'on le change sans tergiverser!

    Ayons un système agile et mobile. Cela n'a aucun sens que sur une Ile on ne peut déplacer les effectifs et les ressources. On dirait que l'on a droit à des minis royaumes avec des médiocres et avaricieux roitelets.

    Parlons d'applications mobiles de tracabilité, mais diantre, assurons-nous que le système dans son ensemble utilisent les technologies de ce siècle avant !Fonctionnent-ils tous avec du papier et des cartables et .....des faxs ?

    Apprenons de cette crise! Elle accélère des mouvements sociaux et technologiques déjà présents avant sa venue

    Accélérons le changement que nous offre cette crise sanitaire.