Cathy Wong hérite de deux mandats délicats

Si Cathy Wong a hésité avant d’accepter ses nouvelles fonctions, ce n’est pas en raison de l’ampleur de la tâche, mais bien parce qu’elle sera maman dans les prochains mois et qu’elle a craint une difficile conciliation travail famille.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Si Cathy Wong a hésité avant d’accepter ses nouvelles fonctions, ce n’est pas en raison de l’ampleur de la tâche, mais bien parce qu’elle sera maman dans les prochains mois et qu’elle a craint une difficile conciliation travail famille.

Valérie Plante a confié mercredi un mandat délicat à la conseillère Cathy Wong : celui de s’assurer que le rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), qui a relevé de graves lacunes dans la lutte contre le racisme et contre la discrimination systémiques, ne finisse pas sur une tablette. Comme si cela n’était pas suffisant, Cathy Wong a aussi hérité d’un autre dossier sensible, celui de la langue française.

Le dossier de la diversité et de la discrimination n’est pas inconnu pour Cathy Wong, conseillère dans Peter-McGill. « J’ai grandi dans une famille qui est arrivée au Québec comme réfugiée et qui a fait face à des défis importants », raconte Cathy Wong en entrevue au Devoir. « Même aujourd’hui, ce ne sont pas tous les membres de ma famille qui maîtrisent le français parce l’emploi a été priorisé. D’autres sont retournés dans leur pays d’origine ou ont dû cumuler les emplois au salaire minimum malgré leurs études. »

Pour moi, la langue française est comme un outil d’intégration et de dialogue avec la société d’accueil. Je ne veux plus qu’on ait à opposer les minorités et la majorité.

 

Les commentaires désobligeants en raison de la couleur de sa peau, elle connaît ça aussi. « On m’a dit des choses comme : “Toi, on sait que tu aimes le jaune parce que tu es chinoise” et d’autres jokes sur la Chine. »

La lecture du rapport dévastateur de l’OCPM ne l’a pas étonnée. « J’ai trouvé ça extrêmement enrageant, comme à chaque fois que je lis des données ou des témoignages en lien avec le racisme ou la discrimination. Mais j’étais soulagée parce que ce rapport donne vraiment les outils nécessaires à notre administration pour passer à l’action et apporter les transformations nécessaires. »

Cathy Wong devra notamment s’assurer que la Ville reflète mieux la population montréalaise dont le tiers est issu des minorités visibles. « Ma priorité, c’est que la Ville de Montréal montre l’exemple et qu’on puisse atteindre nos cibles et même les dépasser. » En matière d’embauche, la Ville a fait des progrès, mais elle peine encore à retenir ses employés issus de la diversité et à leur permettre de grimper les échelons.

Au cours de la conversation, Cathy Wong évoque à plusieurs reprises le concept de « transversalité » et insiste sur l’importance d’intégrer la préoccupation de la diversité dans toutes les sphères de l’appareil municipal.

Depuis son élection en 2017, Cathy Wong présidait le conseil municipal. Si elle a hésité avant d’accepter ses nouvelles fonctions, ce n’est pas en raison de l’ampleur de la tâche, mais bien parce qu’elle sera maman dans les prochains mois et qu’elle a craint une difficile conciliation travail famille. Elle a tout de même décidé de relever le défi.

La langue française

Valérie Plante a aussi décidé de faire de la langue française un nouveau dossier à part entière au comité exécutif et d’en confier la responsabilité à Cathy Wong.

La langue française est chère au cœur de Mme Wong qui se décrit comme « une enfant de la loi 101 ». Elle estime que ce mandat est intimement lié aux autres dossiers dont elle a hérité. « Pour moi, la langue française est comme un outil d’intégration et de dialogue avec la société d’accueil. Je ne veux plus qu’on ait à opposer les minorités et la majorité. J’ai envie qu’on ait une vision collective. »

Le dossier de la langue a aussi valu à Valérie Plante de nombreuses critiques. En décembre 2018, la mairesse avait prononcé un discours uniquement en anglais lors d’une annonce devant des investisseurs étrangers et elle avait dû présenter ses excuses.

Cette importance accordée à la langue française permettra peut-être de dépoussiérer le dossier de la politique linguistique sur laquelle travaillait l’administration de Gérald Tremblay en 2003 dans la foulée des fusions municipales. Fraîchement arrivée dans ses nouvelles fonctions, Cathy Wong ignore ce qu’il adviendra de ce dossier.

Présidente du Mouvement Québec français de Montréal, Sophie Stanké, voit d’un très bon œil la création de ce mandat. « C’est un pas dans la bonne direction. Mais ce sera un défi de taille parce que Montréal est fragilisée en ce qui a trait à la langue française. Il y a beaucoup d’attentes », explique-t-elle.

Stanké estime toutefois que Valérie Plante devrait donner l’exemple et respecter le premier article de la Charte de la Ville qui stipule que Montréal est une ville de langue française. La mairesse devrait cesser de systématiquement livrer des messages en français et en anglais lors de ses conférences de presse — à moins de répondre à des questions des journalistes anglophones — et ne plus s’adresser dans les deux langues sur les médias sociaux, dit-elle : « Quand on fait une conférence bilingue, ça envoie le message que Montréal est bilingue. Mais Montréal est une ville francophone ».

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