Le directeur du SPVM participera à la marche contre le racisme dimanche

Le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a dit comprendre le «désarroi» des citoyens à la suite du décès de George Floyd lors d’une intervention policière à Minneapolis, aux États-Unis.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a dit comprendre le «désarroi» des citoyens à la suite du décès de George Floyd lors d’une intervention policière à Minneapolis, aux États-Unis.

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, participera à la marche de solidarité contre le racisme et la brutalité policière qui aura lieu dimanche dans les rues de Montréal.

Le chef de police avait convoqué les médias vendredi pour annoncer que le SPVM devancerait le dévoilement de la nouvelle politique d’interpellation pour contrer le profilage. Cette politique sera présentée le 8 juillet prochain, pour une entrée en vigueur quelques mois plus tard.

Lors de son point de presse, Sylvain Caron a mentionné qu’il était prêt à participer à la marche contre le racisme prévue dimanche s’il y était invité. Il est même allé jusqu’à dire qu’il était disposé à poser un geste symbolique si on le lui demandait, sous-entendant qu’il pourrait mettre un genou au sol par solidarité avec les manifestants. « Si on me demande de faire un geste quelconque, je le ferai au moment opportun avec des gens concernés », a-t-il dit. Vendredi, le chef de police de Toronto a d’ailleurs posé un genou au sol lors d’une manifestation contre le racisme.

Anastasia Marcelin, directrice de la Ligue des noirs nouvelle génération, l’organisme responsable de la marche de dimanche, avait déjà invité Sylvain Caron à se joindre à l’événement. Elle s’est montrée ravie qu’il accepte d’être présent. « C’est important pour nous. On veut envoyer un message à la société québécoise. On veut commencer sur de nouvelles bases. Il y a eu assez de haine. On veut que la police comprenne que ce n’est pas une marche contre elle, mais contre la brutalité policière et le racisme systémique du Québec », a-t-elle expliqué.

Mme Marcelin n’entend pas demander à M. Caron de mettre un genou au sol. « On laisse la décision à la foule. On veut faire une marche pacifique et poser des gestes symboliques, mais on ne se concentre pas sur le genou par terre. Le genou au sol est un mouvement qui appartient aux Américains. » Sylvain Caron devrait toutefois prendre la parole avant la marche qui commencera à 10 h à la place Émilie-Gamelin, a-t-elle précisé. Des manifestations semblables auront aussi lieu à Québec et à Sherbrooke.

Sylvain Caron a demandé que les individus qui ont fait du grabuge la semaine dernière ne se présentent pas à la marche dimanche. « On ne peut pas les empêcher de s’inviter. Le fait que ça se déroule en plein jour, je crois que ça va minimiser les débordements. »

À ce sujet, Anastasia Marcelin a prévenu qu’une équipe de sécurité serait sur les lieux pour prévenir les actes répréhensibles : « Ces gars-là vont les remettre à la police. On ne niaise pas avec ça ».

Les interpellations

Sylvain Caron a dit comprendre le « désarroi » des citoyens à la suite du décès de George Floyd lors d’une intervention policière à Minneapolis, aux États-Unis. « Je partage l’indignation de la population face à ces gestes-là. »

Il a affirmé que dans la foulée du rapport dévoilé l’automne dernier de trois chercheurs indépendants qui avaient conclu à un des « biais systémiques » lors des interpellations des policiers du SPVM, un changement s’opérait déjà au sein du corps policier.

Quotidiennement, les policiers montréalais posent des gestes qui démontrent le changement des mentalités, a-t-il affirmé. « Y a-t-il eu des incidents de profilage ou des incidents de racisme ? Probablement que oui. On n’en veut pas. Le SPVM dit non à la discrimination, non au racisme. »

Compte tenu des circonstances, M. Caron a décidé de devancer de quelques mois la présentation de la politique sur les interpellations. Celle-ci devait être dévoilée à l’automne prochain. Elle le sera le 8 juillet.

Un deuxième mandat sera également donné aux chercheurs indépendants pour mieux comprendre le contexte des interpellations faites par les policiers. C’est l’examen de ces interpellations qui avait amené les chercheurs à conclure à l’existence de biais systémiques.

« On veut comprendre les chiffres qu’on a reçus, a dit M. Caron. Avec la politique, on veut se donner un outil où il n’y aura pas de biais. On souhaite que nos policiers et nos policières travaillent avec du fondement ». La politique inclura notamment une formation qui sera donnée à tous les policiers, a-t-il ajouté. « On est à la croisée des chemins. »

Rappelons que le rapport des chercheurs indépendants révélait que les Autochtones et les Noirs étaient entre quatre et cinq fois plus susceptibles d’être interpellés par la police que les Blancs à Montréal.

L’inertie

À Québec, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a déploré l'« inertie » du Comité sectoriel du milieu policier sur le profilage racial et social, qui relève de son ministère.

« Au moment où je suis arrivée en poste, ça faisait 13 ans […] que ce comité-là existait et qu’il n’avait, à toutes fins pratiques, livré aucune directive, aucune politique, aucune pratique, rien de concret, pour encadrer nos organisations policières en matière de profilage racial et social », a-t-elle affirmé lors de la période des questions à l’Assemblée nationale. Puis, elle a montré du doigt le Parti libéral du Québec. « J’ai eu tôt fait de dépoussiérer ce comité-là et de dépoussiérer les actions en matière de profilage racial et social ».

Il s’agit ni plus ni moins d’un « comité bidon », a fait valoir pour sa part le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, après avoir passé au crible les comptes rendus des réunions du groupe de travail tenues entre 2005 et 2018.

Selon lui, « une véritable culture de laxisme » règne au ministère de la Sécurité publique dans la lutte contre le racisme. Pour preuve, le comité formé de représentants de l’Association des directeurs de police du Québec, les corps de police, l’École nationale de police du Québec (ENPQ) et du Commissaire à la déontologie policière s’est donné pour tâche d’élaborer un Guide en matière de prévention, de détection et d’intervention sur le profilage racial et social au bénéfice des organisations policières… en 2010, a-t-il souligné.

Le document sera dévoilé à la mi-juin, a indiqué le ministère de la Sécurité publique vendredi après-midi au Devoir.

Un séminaire sur la prévention du profilage racial et social destiné à tous les gestionnaires de corps policiers se tiendra le mardi 16 juin, a pour sa part mentionné la vice-première ministre. L’enjeu du profilage racial et social dans les interpellations constituera aussi un « volet très important » des travaux du Comité consultatif sur la réalité policière au Québec, qu’elle a mis sur pied en décembre 2019, a-t-elle ajouté.

Avec Marco Bélair-Cirino

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