Valérie Plante n’exclut pas un déficit pour traverser la crise

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, envisage de demander au gouvernement du Québec de terminer l'année budgétaire sur un déficit pour mieux répondre à la crise.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La mairesse de Montréal, Valérie Plante, envisage de demander au gouvernement du Québec de terminer l'année budgétaire sur un déficit pour mieux répondre à la crise.

La mairesse Valérie Plante envisage de demander au gouvernement du Québec de permettre à la Ville de Montréal d’enregistrer un déficit compte tenu des efforts financiers que celle-ci doit déployer pour traverser la crise du coronavirus. C’est d’ailleurs la suggestion que lui a faite un comité d’experts qui s’est penché sur la relance de Montréal.

Au Canada, les municipalités n’ont pas le droit de présenter un budget déficitaire. Mais dans un rapport réalisé à la demande de l’administration Plante, un comité d’experts présidé par Luc Godbout, titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, recommande que la Ville de Montréal obtienne du gouvernement du Québec la levée temporaire de son obligation d’équilibrer son budget.

Des finances sous pression

Depuis le début de la pandémie, la Ville a engagé plusieurs dépenses, notamment pour l’achat d’équipements de protection et le paiement des heures supplémentaires de ses employés. Pendant ce temps, ses revenus en matière de transport en commun, de droits de mutation, de parcomètres et de permis sont en chute libre. La Ville anticipe ainsi un manque à gagner pouvant atteindre 538 millions cette année.

Luc Godbout insiste : la possibilité de faire un déficit représente un outil supplémentaire qui pourrait permettre à la Ville de traverser la crise, mais cette option n’exclut pas la nécessité pour la Ville d’obtenir de l’aide financière des gouvernements supérieurs. « La possibilité de faire un déficit devient un atout parce que Montréal pourrait garder d’autres sommes pour stimuler la reprise économique », avance-t-il.

En conférence de presse mardi, Valérie Plante a qualifié cette suggestion de « très pertinente ». « Dans le budget 2020, je suis déjà déficitaire. J’ai besoin de l’aide des gouvernements pour boucler le budget. Si on inclut le transport collectif, le manque à gagner pourrait aller jusqu’à 500 millions de dollars, a-t-elle expliqué. Si les gouvernements ne viennent pas en aide aux municipalités, il me reste deux options : taxer ou couper dans les services, ou les deux. Cette obligation de balancer le budget est immuable pour le moment. D’avoir des économistes qui remettent en question cette obligation, ça donne de l’oxygène et ça ouvre le débat. »

Au cabinet de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, on rappelle que les villes peuvent faire un déficit au terme d’une année financière, mais qu’il leur est interdit de préparer un budget déficitaire pour l’année suivante. « Pour le prochain budget, on est en train de regarder de quelle façon on pourrait répondre à ce genre de demande car les municipalités nous en ont parlé », a indiqué l’attachée de presse de la ministre, Bénédicte Trottier-Lavoie.

Télétravail

Dans son rapport rendu public mardi, le comité d’experts suggère aussi de prolonger le report des taxes foncières et même d’examiner la possibilité d’offrir des rabais de taxes pour certains secteurs d’activité des quartiers les plus touchés par la crise.

Il prône le télétravail pour les employés de la Ville et un soutien aux PME pour qu’elles fassent de même tout en tenant compte de ses impacts pour les commerçants du centre-ville qui dépendent de ces travailleurs.

Le comité a plusieurs suggestions pour que la Ville épaule les entreprises en favorisant l’achat local ou en les appuyant dans leur virage numérique, ce qu’elle a déjà commencé à faire.

Transport en commun

Les experts estiment que dans sa relance, Montréal ne doit pas perdre de vue les enjeux environnementaux. « Il faut transformer la crise de la COVID-19 en occasion à saisir sur le plan environnemental afin que Montréal devienne un chef de file sur le plan de la transition énergétique », écrivent-ils.

Ils insistent aussi sur l’importance du transport en commun qui pourrait être perçu comme moins sécuritaire que la voiture en temps de pandémie. Ils pressent notamment la Ville de travailler avec les grands employeurs pour ajuster les horaires et éviter un achalandage trop élevé aux heures de pointe. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain a d’ailleurs engagé des discussions avec des employeurs à ce sujet.

En matière d’urbanisme, le comité va dans le sens des aménagements déjà proposés par l’administration Plante pour favoriser le transport actif avec l’implantation de corridors sanitaires et de rues piétonnes ou partagées.

Montréal ne doit pas négliger l’industrie culturelle qui représente des retombées économiques de 9,4 milliards pour le Québec et devrait appuyer financièrement les grands événements vers des festivals en ligne et la création de plateformes interactives de diffusion de spectacles, estime le comité.

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