Montréal veut faire le ménage dans les sentiers clandestins du mont Royal

Le mal dont le mont Royal souffre depuis des années, et un peu plus en ces temps de pandémie, ce sont les marcheurs et les cyclistes qui s’aventurent hors des sentiers et piétinent les sous-bois, ce qui est interdit en vertu du règlement sur les grands parcs.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le mal dont le mont Royal souffre depuis des années, et un peu plus en ces temps de pandémie, ce sont les marcheurs et les cyclistes qui s’aventurent hors des sentiers et piétinent les sous-bois, ce qui est interdit en vertu du règlement sur les grands parcs.

En temps de confinement, les parcs montréalais sont pris d’assaut. Le mont Royal n’y fait pas exception et est même devenu un « gym à ciel ouvert » pour les citadins en mal de verdure et d’air frais. À tel point que sa popularité suscite l’inquiétude, notamment en ce qui a trait à la protection de son fragile écosystème. Pour tenter de faire le ménage dans les sentiers clandestins qui se sont multipliés au fil des ans, la Ville de Montréal entend améliorer l’affichage sur le site.

Cette année, les Amis de la montagne n’ont pas pu organiser leur traditionnelle corvée du mont Royal, pandémie oblige. Pour l’instant, la montagne s’en tire assez bien à ce chapitre, bien qu’ici et là des canettes de bière vides témoignent du passage de visiteurs nocturnes, a constaté Le Devoir la semaine dernière.

Mais le mal dont le mont Royal souffre depuis des années, ce sont les marcheurs et les cyclistes qui s’aventurent hors des sentiers et piétinent les sous-bois, ce qui est interdit en vertu du règlement sur les grands parcs. La pandémie n’a pas amélioré la situation, et la surveillance policière ne permet pas de venir à bout de ce problème. « Comme tous les sites où on peut pratiquer le vélo de montagne sont fermés, les gens viennent au mont Royal pour en faire », explique Martine Dubuc, commandante au poste de quartier 20 du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). « L’entente qu’on a eue avec la Ville, c’est qu’il y a une tolérance zéro parce qu’ils sont en train de détruire la flore et ça provoque l’érosion des sols. »

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Ce problème n’est pas nouveau, mais il s’est intensifié depuis le début de la pandémie, dit-elle.

Un affichage quasi absent

Sur le terrain, les traces des passages des cyclistes et des marcheurs sont évidentes dans les sous-bois. Et dans bien des cas, les sentiers clandestins empruntent des pentes escarpées, dénudant les racines d’arbres et lessivant toute forme de végétation. « On dit souvent que dix personnes peuvent prendre le même passage, mais que c’est la 11e personne qui crée le sentier. Ça peut aller très vite », explique Benoît Labbé, directeur des affaires publiques des Amis de la montagne. « Avec le temps, on a perdu le compte de tous ces sentiers. »

Dans le parc Tiohtià:ke Otsira’kéhne, sur le sommet d’Outremont, les sentiers illégaux sont aussi nombreux et visibles.

Les Amis de la montagne ne sont pas en mesure de dire si le nombre d’usagers a augmenté au parc du Mont-Royal, qui accueille plus de cinq millions de visiteurs chaque année en temps normal. Mais selon M. Labbé, la montagne attire de nouveaux usagers depuis le début de la pandémie. « Notre hypothèse, c’est que ces gens-là ne connaissent peut-être pas aussi bien le règlement que les gens qui le fréquentent assidûment », explique-t-il.

La commandante Dubuc estime aussi que la signalisation, quasi inexistante, entretient la confusion chez les usagers. « Il n’y a pas d’enseigne qui indique que le vélo de montagne est interdit. Et comme il y a des petits sentiers qui ont été créés avec le temps, les policiers ne savent pas toujours où les gens ont le droit ou pas de passer, dit-elle. Il y a des constats qui sont donnés, mais souvent, les gens disent qu’ils ne sont pas au courant. C’est difficile de faire la part des choses sur le fait qu’ils le savent ou ne le savent pas. »

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Au début de la pandémie, les escaliers, dont celui de Peel, ont été fermés par la Ville, car la distanciation n’était pas possible, d’autant que les marches servaient de lieu d’entraînement pour les sportifs. Cette décision a eu pour effet d’inciter les marcheurs à emprunter des pistes parallèles. « Mais on vit ça depuis toujours : quand on met des barricades, les gens les contournent », fait remarquer Benoît Labbé.

Le ménage des sentiers

Consciente de la multiplication des sentiers clandestins, la Ville de Montréal a entrepris d’en faire le recensement pour, à terme, mieux baliser la circulation sur la montagne. « C’est une tâche qu’on a commencé à faire avant la crise de la COVID parce qu’il y a énormément de sentiers sur la montagne », indique le responsable des grands parcs au comité exécutif, Robert Beaudry. « C’est un audit complet de la montagne qu’on fait des sentiers légaux et reconnus et des sentiers alternatifs ou clandestins et qui sont nocifs parce que ça dégrade la biodiversité. C’est un travail qui est assez ambitieux, mais après, ça va nous donner un meilleur portrait pour optimiser l’affichage. »

Il signale toutefois que le parc étant situé dans un arrondissement historique et naturel, l’affichage demande un soin particulier, compte tenu du caractère patrimonial du site.

S’il reconnaît que la montagne subit beaucoup de pression depuis le début de la pandémie, il croit que la réouverture de sites pour la pratique de vélo de montagne, la reprise des activités sportives dans les installations de la Ville de même que l’aménagement de rues piétonnes et partagées aux quatre coins de la ville offriront d’autres options aux Montréalais au cours des prochains mois : « Et on en a d’actifs intéressants et parfois méconnus, comme le parc Jean-Drapeau et des grands parcs, comme le Cap-Saint-Jacques ou le parc de la Visitation ».

En 2018, l’administration Plante avait évoqué l’idée d’aménager une piste réservée au vélo de montagne dans le parc du Mont-Royal ou de créer des sentiers pour la pratique de ce sport sur d’autres sites à Montréal, dont le parc Frédéric-Back. Le dossier est encore en analyse, précise Robert Beaudry. « Une chose est certaine, c’est que l’on souhaite réduire l’impact du vélo de montagne sur le mont Royal et, pour l’instant, sa pratique y est formellement interdite », indique-t-il.

À voir en vidéo