Des maires de banlieue réclament un déconfinement plus hâtif

Une cliente a buté contre des portes closes au magasin Winners du Quartier Dix30, à Brossard.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Une cliente a buté contre des portes closes au magasin Winners du Quartier Dix30, à Brossard.

Des maires et des commerçants de la grande région de Montréal réclament un déconfinement plus hâtif que celui qui est imposé au territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) par le gouvernement de François Legault. Les villes moins touchées par la pandémie estiment qu’elles ne devraient pas être traitées comme Montréal et Laval, les zones chaudes au Québec.

La CMM regroupe 82 municipalités dans la région métropolitaine, mais le coronavirus ne les frappe pas toutes également. Mirabel par exemple, qui couvre une superficie de 487 km2, comptait 166 cas de contamination en date du 11 mai, contre 19 492 à Montréal et 4233 à Laval.

La proximité de Mirabel avec des villes qui ont déjà entrepris leur déconfinement et qui sont situées à l’extérieur des limites de la CMM suscite une profonde frustration chez les commerçants. « Les commerçants vivaient bien avec un déconfinement pour le 19 mai. Ça leur permettait de se préparer. Mais le report au 25 mai et le fait qu’on laisse planer un certain doute sur cette date les inquiètent », explique Geneviève Brault-Sabourin, directrice générale de la Chambre de commerce de Mirabel. « À moins d’un kilomètre pour certains d’entre eux, les commerces sont ouverts. Des membres m’ont demandé à quoi ça servait de faire partie de la CMM. »

Patrick Charbonneau, maire suppléant de Mirabel, croit que le gouvernement devrait revoir les frontières de la CMM dans l’application du déconfinement. « On pense que toutes les villes qui se trouvent au nord de la rivière des Mille Îles pourraient être plus facilement déconfinées que les zones chaudes, comme Montréal et Laval, dit-il. On veut au moins qu’ils aient ça en tête quand le 25 mai arrivera. »

Selon lui, tant les commerçants que les citoyens sont sensibilisés aux enjeux de distanciation et d’hygiène. Ces mesures pourraient être aisément appliquées comme ailleurs au Québec.

Les maires des municipalités des MRC de Deux-Montagnes et de Thérèse-De Blainville remettent aussi en question les frontières utilisées pour le déconfinement, mais leurs revendications concernent uniquement le volet commercial. « Le dossier des écoles et des garderies relève de la Santé publique, et on ne veut pas partir ce débat. Ce n’est pas notre créneau », tient à préciser le préfet de la MRC de Deux-Montagnes, Denis Martin.

Il trouve cependant inéquitable que de grandes chaînes américaines puissent ouvrir leurs établissements, alors que les commerces de proximité sont empêchés de le faire. « Les grandes chaînes risquent de tuer les commerces de proximité », avance-t-il.

Le bateau de la CMM

Sur la Rive-Sud, les préoccupations sont similaires. « On est à l’extrémité de la CMM et on se trouve à être pris dans le même bateau que la CMM. La situation vécue à Montréal, ce n’est pas le reflet de ce qu’on vit ici . Notre réalité ressemble davantage à celle de Saint-Hyacinthe, qui est en déconfinement », signale Julie La Rochelle, directrice générale de la Chambre de commerce de la Vallée-du-Richelieu. « On assiste à des fuites commerciales à un moment où chaque vente compte. Ça crée du désespoir chez les commerçants. »

Le maire de Mont-Saint-Hilaire, Yves Corriveau, appuie les revendications des commerçants. « Actuellement, les citoyens vont à Saint-Hyacinthe, qui est à 15 minutes, et nos commerçants en payent le prix lorsqu’ils pourraient appliquer les mêmes directives à l’extérieur de la CMM », croit-il.

Lors d’une conférence téléphonique vendredi dernier avec Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation, Julie La Rochelle a pressé l’élu de reconsidérer la situation des villes situées aux limites de la CMM. Il a démontré une certaine ouverture à cette idée, affirme-t-elle.

Au cabinet du ministre Fitzgibbon, on s’en remet à la Santé publique sur cette question. « La Santé publique va autoriser le déconfinement de la région de la CMM lorsqu’elle le jugera opportun, en tout ou en partie. Nous sommes toujours à la recherche de moyens supplémentaires pour aider les entreprises affectées par le COVID-19 », a indiqué par courriel Mathieu St-Amand, attaché de presse du ministre.

Si les élus n’envisagent pas de « divorce » avec la CMM, la question est dans l’air pour bien des commerçants.

« Pas plus tard que ce midi, un commerçant m’a demandé de sortir de la CMM. Ce n’est pas une option », a relaté Bruno Tremblay, maire de Beauharnois. « On sent la frustration. Mais du côté de l’éducation, c’est le contraire : tout le monde est bien content. C’est pour ça que je dis qu’on est dans la CMM pour le meilleur et pour le pire. »

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