Un déconfinement à haut risque pour le Grand Montréal

Les autorités de santé publique ont pour objectif de réaliser 14 000 tests de dépistage par jour, surtout dans les secteurs chauds de Montréal où la contamination communautaire demeure soutenue.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les autorités de santé publique ont pour objectif de réaliser 14 000 tests de dépistage par jour, surtout dans les secteurs chauds de Montréal où la contamination communautaire demeure soutenue.

Un déconfinement imminent de la grande région de Montréal risque fort de faire bondir les cas de contamination, d’hospitalisation et de décès liés à la COVID-19, prédisent de nouvelles projections de la santé publique. Et si le confinement est maintenu ? On doit aussi prévoir que le bilan continue de grimper, même en excluant les CHSLD.

Des experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et d’un groupe de recherche de l’Université Laval ont discrètement dévoilé en fin d’après-midi vendredi leurs scénarios sur l’évolution de la pandémie, avec ou sans déconfinement. Et ce portrait, obtenu à partir de centaines de simulations, est nettement plus sombre pour le Grand Montréal que pour le reste de la province.

Dans la grande région métropolitaine — qui inclut Montréal, Laval, la Montérégie, Lanaudière et les Laurentides — un assouplissement des mesures de confinement est susceptible d’alourdir « substantiellement » le bilan des autorités.

Concrètement, le nombre de personnes infectées pourrait dépasser les 10 000 cas quotidiens (confirmés et probables) dès juin. Le mois suivant, les décès liés à la COVID-19 pourraient atteindre la barre des 150 par jour. Quant aux hospitalisations, elles pourraient passer de 150 en juin à 500 en juillet.

Ces chiffres n’abordent que la transmission communautaire, et excluent les «milieux fermés» que sont les CHSLD. Le portrait modélisé se fonde par ailleurs sur les conditions épidémiologiques actuelles, sujettes à changement.

Pour les autres régions du Québec, le déconfinement — déjà amorcé — aurait des conséquences bien moindres. Les hospitalisations et les décès risquent soit de se maintenir jusqu’en août ou encore d’augmenter, mais de manière « faible » et « lente ».

« Leur marge de manœuvre est plus grande », résume en entrevue Marc Brisson, qui dirige le Groupe de recherche en modélisation mathématique et l’économie de la santé liée aux maladies infectieuses, rattaché à l’Université Laval. En Abitibi comme en Gaspésie par exemple, la situation semble en effet sous contrôle : la courbe suit une pente descendante depuis plus d’un mois.

À l’inverse, la situation de la COVID-19 est « fragile » dans le Grand Montréal, indique M. Brisson. L’indice de contagion — le fameux « R » — est autour de 1, ce qui veut dire qu’une personne atteinte du virus est susceptible d’en contaminer une autre.

À ce point-ci, reprend le chercheur, il est difficile de dire si la transmission diminue ou augmente légèrement au sein de la population métropolitaine. Une légère hausse des contacts physiques peut donc mettre le feu aux poudres et accélérer la propagation.

D’ailleurs, dans un scénario de confinement prolongé, il y a 60 % de risques que les hospitalisations et les décès continuent d’augmenter selon le modèle, et 40 % de risques qu’ils atteignent un plateau ce mois-ci pour ensuite redescendre très lentement.

« Si on déconfine, on ouvre le robinet », illustre celui qui est aussi professeur spécialisé en économie de la santé. D’où l’importance, dit-il, de prendre des mesures « pour le fermer », telles qu’une augmentation de la cadence des tests ou une investigation très poussée des cas détectés.

Justement, les projections dévoilées vendredi ne prennent pas en compte l’offensive de dépistage annoncé vendredi par les autorités de santé publique. Celles-ci ont pour objectif de réaliser 14 000 tests de dépistage par jour, surtout dans les secteurs chauds de Montréal où la contamination communautaire demeure soutenue.

Pour mesurer la reprise progressive des activités, les experts de l’INSPQ et de l’Université Laval se sont basés sur une augmentation des contacts entre personnes de 15 à 30 %. Et ils ont pris pour point de départ le plan de réouverture des écoles et des garderies présenté par le gouvernement Legault le 27 avril dernier.

Rappelons que Québec a reporté jeudi le déconfinement graduel du Grand Montréal au 25 mai prochain. Ailleurs, la relance de certains secteurs est déjà amorcée, avec la réouverture des commerces la semaine dernière et celle, prévue le 11 mai, des écoles et garderies.

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