Il y a un an, la digue cédait à Sainte-Marthe-sur-le-Lac

Le 27 avril 2019, la digue bordant la municipalité de Sainte-Marthe-sur-le-Lac cédait, forçant l'évacuation de 6000 résidents.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le 27 avril 2019, la digue bordant la municipalité de Sainte-Marthe-sur-le-Lac cédait, forçant l'évacuation de 6000 résidents.

Le 27 avril 2019, vers 19 h, la digue bordant la municipalité de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides, cédait et 6000 résidents devaient être évacués en catastrophe parce que l’eau inondait de nombreuses résidences. Un an plus tard, le souvenir de cette soirée et les conséquences de l’inondation demeurent bien présents dans l’esprit des résidents.

« On aurait bien voulu souligner ce triste anniversaire, mais avec la COVID-19, on ne peut pas se rassembler. On restera chacun chez soi avec des chandelles sur la terrasse », dit Sylvie Béchard.

Elle n’a pas oublié le moment où les policiers ont frappé à sa porte pour lui dire de quitter sa maison au plus vite. Quand elle a finalement pu retourner à sa demeure, les objets flottaient épars dans son sous-sol dans cinq pieds d’eau. « Je n’ai pas perdu ma maison, mais j’ai perdu tout ce que j’avais, les souvenirs, les photos », dit-elle avec regret.

Depuis, elle vit dans sa chambre et sa cuisine, car le sous-sol n’a toujours pas été remis complètement en état. « Je n’avais pas la tête à ça ni les moyens. Je suis tannée de vivre dans ma cuisine, mais avec la COVID-19, on ne peut pas faire de travaux non plus », explique-t-elle.

Neuf minutes

La maison de Brigitte Pruneau a été une perte totale. « J’ai eu neuf minutes pour sortir de ma maison. J’ai eu tout juste le temps de prendre mes deux chats et mes deux chiens pour les mettre dans l’auto. Mon fils courait pour apporter des choses. Quand je suis allée dans la voiture, la vague s’en venait devant nous », relate-t-elle.

Résidente de Sainte-Marthe-sur-le-Lac pendant 17 ans, elle a finalement quitté le secteur pour s’établir à Rawdon. Et elle a pris des précautions pour que plus jamais elle ne soit victime d’une catastrophe semblable. « À Sainte-Marthe, j’étais à 21 mètres au-dessus du niveau de la mer. Je suis à 177 mètres ici. De l’eau chez nous, je n’en veux plus », dit-elle.

Elle garde aussi de mauvais souvenirs des dédales bureaucratiques dans lesquels elle et de nombreux autres résidents ont été plongés pour obtenir des indemnités du gouvernement. Elle en veut encore à la municipalité et à la mairesse, Sonia Paulus, pour leur gestion de la crise et le bris de la digue. Selon elle, les citoyens ont été laissés à eux-mêmes dans cette épreuve.

Pierre-Michel Marie considère qu’il est chanceux dans sa malchance. Le sous-sol de sa maison a été inondé, mais contrairement à plusieurs de ses voisins qui ont dû raser leur demeure, il a pu garder la sienne.

S’il a obtenu des compensations financières du gouvernement, il garde une certaine rancune envers sa compagnie d’assurances, qui n’a pas voulu l’indemniser, même s’il détenait une protection contre les inondations depuis l’achat de la maison. « On était assurés contre les inondations, mais pas contre les catastrophes naturelles, même s’il n’y avait rien de naturel là-dedans, car c’est la digue qui a brisé. En revanche, ils n’ont pas hésité à augmenter nos primes de plus de 60 % par la suite », explique-t-il.

Poursuites

La digue de Saint-Marthe-sur-le-Lac a été reconstruite au coût de 49 millions de dollars. Formée d’un rideau de palplanches enfoncées dans le sol, elle se trouve maintenant à 26,5 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Pierre-Michel Marie admet que la nouvelle digue qu’il voit de son jardin n’est pas très esthétique : « Visuellement parlant, ce n’est pas le chef-d’œuvre artistique du siècle, mais au moins, c’est efficace. C’est le principal. »

Les sinistrés retirent toutefois de leur expérience le sentiment d’une nouvelle solidarité au sein de la communauté. « On est tous encore en contact. C’est tissé serré, comme une famille qu’on s’est tricotée dans la misère », indique Brigitte Pruneau.

La municipalité de Sainte-Marthe-sur-le-Lac n’est toutefois pas au bout de ses peines puisqu’elle fait l’objet de plusieurs poursuites de la part de résidents, d’entreprises et de compagnies d’assurances. Elle est également visée par une demande d’action collective qui lui réclame 400 000 $ par sinistré.

Le printemps 2020 s’annonce plus paisible, car la situation des cours d’eau dans la grande région de Montréal semble stable. Dans son plus récent rapport, daté du 26 avril, la Communauté métropolitaine de Montréal indique que le lac des Deux-Montagnes a atteint son pic de crue le 15 avril et que, depuis, son niveau a baissé de 80 centimètres compte tenu de l’absence de précipitations et des températures fraîches.

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