La COVID-19 frappe fort dans le Grand Montréal

La grande région de Montréal dénombre 15 915 cas de contamination, soit plus des trois quarts du nombre de cas recensés dans l’ensemble du Québec.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La grande région de Montréal dénombre 15 915 cas de contamination, soit plus des trois quarts du nombre de cas recensés dans l’ensemble du Québec.

Au Québec, la vaste majorité des décès liés à la COVID-19 est survenue dans la grande région de Montréal (85 %), qui concentre 76 % des cas de contamination au nouveau coronavirus. Un portrait fortement aggravé par les foyers d’éclosion que sont devenus les CHSLD et les résidences pour aînés.

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a publié jeudi un nouveau bilan de la pandémie pour son territoire, qui comprend l’agglomération de Montréal, de Longueuil et de Laval, et les couronnes nord et sud, pour un total de 82 municipalités.

Cet exercice statistique — que la CMM espère quotidien — lui permet de garder un œil sur la propagation du virus, mais aussi de mieux planifier la relance à venir, indique l’un de ses conseillers en recherche, Philippe Rivet. Chaque jour, l’organisme s’appuie sur les chiffres de la veille du gouvernement québécois.

La grande région de Montréal dénombre 15 915 cas de contamination, qui équivaut à 378 personnes infectées pour chaque tranche de 100 000 habitants. À titre comparatif, le reste du Québec en compte 5050, avec un taux de 117 personnes contaminées pour 100 000 habitants.

Pas de doute, la pandémie a frappé durement la métropole et ses environs. Mais pourquoi ? Une densité de la population plus élevée qu’en région et la présence d’un aéroport international ont favorisé une propagation rapide du virus, analyse Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Le caractère multiculturel du territoire a sans doute aussi joué un rôle, ajoute la spécialiste, évoquant la barrière linguistique. « Ce n’est pas tout le monde qui parle français ou anglais. La santé publique a traduit ses documents dans plusieurs langues, mais ça a pris du temps », dit-elle, en référence aux consignes sanitaires comme la distanciation sociale.

Décès

Au chapitre de la mortalité, la grande région de Montréal accapare 967 des 1134 décès liés à la COVID-19 du Québec, soit 85 %.

Si l’agglomération de Montréal recense le plus grand nombre de cas d’infection (9856), c’est la région de Laval (2296) qui affiche le plus haut taux de mortalité au Québec. On parle de 435 décès pour un million d’habitants, alors que sur l’île de Montréal, ce nombre chute à 313. À l’échelle de la province, il est de 48 seulement.

Dans les deux cas, l’hécatombe vécue dans plusieurs CHSLD et résidences pour aînés a noirci le tableau. À Laval, on compte pas moins de six CHSLD qui figurent en tête de liste des établissements les plus touchés par la COVID-19, dont celui de Sainte-Dorothée, où plus de 55 résidents ont perdu la vie jusqu’ici.

Selon la CMM, 89 % des Lavallois ayant succombé à la maladie vivaient soit dans un CHSLD, soit dans une résidence privée pour aînés (RPA). Sur l’île de Montréal, le taux est plus bas : 77 %. Cela dit, le portrait est sensiblement le même pour tout le Québec, fait valoir Philippe Rivet. La proportion de gens logeant en CHSLD ou en RPA emportés par la COVID-19 est de 82 %.

« Avant même la crise, il manquait de personnel dans les CHSLD, commente Roxane Borgès Da Silva, de l’Université de Montréal. On avait des besoins, notamment en soins infirmiers, qui n’étaient pas comblés. Quand le virus est arrivé, c’est devenu catastrophique », dit-elle, faisant référence au va-et-vient d’employés couplé au manque d’équipement de protection des premières semaines.

Un avis partagé par son collègue, Bryn Williams-Jones, directeur des programmes de bioéthique à l’École de santé publique. Bon nombre d’établissements pour personnes âgées et vulnérables se sont retrouvés dans cette situation à cause d’un « système déjà affaibli », beaucoup trop centralisé depuis la réforme Barrette, selon lui. Autant pour la collecte de données que pour le pouls du terrain, sans oublier la capacité de tester un maximum de gens, les « grosses machines » que sont les CIUSSS ne sont pas assez « agiles » pour remplir leur mission en temps de crise.

L’éthicien note par ailleurs que l’attention du gouvernement Legault s’est longtemps concentrée sur les hôpitaux. Un réflexe légitime avec ce qui se passait à New York et en Italie, dit-il, mais « on a oublié les CHSLD, où on éteint des feux aujourd’hui ».

Ailleurs dans le monde

Le taux de mortalité est actuellement plus élevé à Montréal et à Laval qu’à Toronto, indique le bulletin de la CMM. La métropole québécoise fait toutefois meilleure figure que d’autres grandes villes du monde, toutes proportions gardées, New York et Paris par exemple.

Pendant que la proportion est de 191 décès par million d’habitants dans le Grand Montréal, elle est de 1785 dans la Grosse Pomme et de 428 dans la capitale française.

Il faut toutefois faire preuve de prudence quand on se compare, souligne Roxane Borgès Da Silva. La collecte des données n’est pas uniforme partout. À Paris, donne-t-elle en exemple, les décès de patients infectés vivant dans les EHPAD — sorte d’équivalent français des CHSLD — n’ont pas été comptabilisés.

À voir en vidéo