Donner des tentes aux itinérants, une fausse bonne idée?

L’organisme Plein Milieu entend commencer à distribuer des tentes à des itinérants.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’organisme Plein Milieu entend commencer à distribuer des tentes à des itinérants.

Comme les refuges pour itinérants sont à pleine capacité, un organisme souhaite distribuer des tentes aux sans-abri qui vivent dans la rue de manière à ce qu’ils puissent mieux se protéger contre la propagation du coronavirus. Mais l’initiative ne fait pas l’unanimité.

L’organisme Plein Milieu œuvre auprès des itinérants du Plateau-Mont-Royal depuis des décennies et constate que plusieurs d’entre eux n’ont pas accès aux services d’hébergement mis en place par la Ville de Montréal. « Depuis le début de la crise du coronavirus, des personnes en situation d’itinérance nous disent qu’elles veulent prendre des mesures de distanciation, mais qu’elles ne se sentent pas en sécurité dans certains refuges ou qu’il n’y a pas de place pour elles », explique Ann Lalumière, coordonnatrice des services en itinérance à Plein Milieu.

À compter de la semaine prochaine, l’organisme entend commencer à distribuer des tentes à des itinérants afin que ceux-ci n’aient pas à dormir à la belle étoile en raison du manque de places dans les refuges. Mais il souhaiterait que des sites soient désignés par la Ville pour accueillir ces campements et que les policiers soient indulgents à l’égard des itinérants en n’exigeant pas le démantèlement de leurs abris.

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Ann Lalumière déplore qu’aucune directive officielle n’ait été donnée aux policiers à ce sujet dans le contexte de la crise de la COVID-19.

Commissaire aux personnes en situation d’itinérance à la Ville de Montréal, Serge Lareault n’est pas convaincu que distribuer des tentes soit une bonne stratégie. « Toute bonne action peut devenir une mauvaise idée en période d’épidémie. Ça m’inquiète », dit-il en invoquant les enjeux d’hygiène. Selon lui, les autorités en santé publique ne recommandent pas cette mesure. « J’ai demandé à la Santé publique de contacter l’organisme parce que j’ai peur que ça nuise à la sécurité des personnes de la rue. »

Il soutient que les policiers n’interviennent pas lorsqu’ils voient des tentes la nuit, mais qu’au lever du jour, ils exigent le démantèlement des installations de crainte que les campements ne deviennent des foyers de propagation. « Le règlement municipal n’autorise pas les tentes sur le territoire de Montréal », rappelle-t-il.

Lorsque la crise du coronavirus s’est déclarée, les grands refuges ont dû réduire le nombre de places disponibles afin de faire respecter les règles de distanciation sociale. De concert avec le CIUSSS-de-Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, la Ville a ouvert plusieurs centres d’hébergement d’urgence, notamment au marché Bonsecours et au centre Jean-Claude-Malépart. L’ancien hôpital Royal-Victoria a de son côté été aménagé pour accueillir des sans-abri qui ont contracté le coronavirus. La Ville a aussi réquisitionné quatre hôtels pour loger des itinérants.

Jusqu’à maintenant, sept itinérants ont contracté le coronavirus à Montréal et l’un d’eux est décédé.

La pandémie pèse lourd sur certains sans-abri. Serge Lareault craint que leur nombre croisse et que des gens qui étaient déjà vulnérables avant la pandémie se retrouvent à la rue après cette crise.