Le centre-ouest de Montréal au coeur de l’épidémie

Un porte-parole des communautés juives hassidiques d’Outremont, Abraham Ekstein, a exprimé la peine provoquée par la mort d’un homme de 67 ans au sein de sa communauté.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un porte-parole des communautés juives hassidiques d’Outremont, Abraham Ekstein, a exprimé la peine provoquée par la mort d’un homme de 67 ans au sein de sa communauté.

Même si les cas de COVID-19 continuent de grimper dans la métropole, les arrondissements de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Outremont, Parc-Extension et les villes de Hampstead et de Côte-Saint-Luc sont plus que jamais ciblés comme des « zones chaudes » de l’épidémie.

Selon les chiffres dévoilés vendredi par la Direction de santé publique de Montréal (DSPM), pas moins de 38 % des 971 Montréalais atteints par la COVID-19 résident dans ces quartiers devenus, pour le moment, les principaux foyers d’éclosion de la métropole.

Le taux d’infection rapporté dans le secteur centre-ouest de l’île s’élève à 150 cas par 100 000 habitants, contre 36 cas par 100 000 habitants pour le reste de Montréal.

« Les données nous montrent qu’il se passe quelque chose », a soutenu vendredi la directrice de santé publique de Montréal (DSPM), la Dre Mylène Drouin, sans pouvoir en expliquer les raisons.

Le phénomène serait un peu plus diffus qu’en milieu de semaine, alors que ce secteur comptait pour 42 % des cas rapportés. « Il pourrait y avoir des interventions spécifiques, mais on ne va pas cibler un quartier en mettant des barricades », a-t-elle insisté.

Une communauté secouée

Vendredi, un porte-parole des communautés juives hassidiques d’Outremont, Abraham Ekstein, a d’ailleurs partagé la peine qui secouait sa communauté, alors qu’un des leurs, un homme de 67 ans, a été emporté en trois jours par la COVID-19 mercredi dernier, devenant la première victime montréalaise de l’épidémie.

« La maladie a frappé chez nous. La communauté est vraiment ébranlée. C’est une personne que je connaissais. Ses fils qui habitent New York n’ont même pas pu venir lui rendre hommage, et personne n’était à ses côtés à sa mort. Ça a été très vite. C’est très, très triste », a-t-il dit.

Ce dernier a dit ignorer si cet homme avait voyagé récemment ou avait été contact avec des personnes voyageuses, et si d’autres membres de sa communauté sont présentement malades, ou en attente de résultats.

« C’est sûr que nous sommes inquiets, comme tous les Québécois. La seule différence, c’est que nous avons de grandes familles et qu’être confinés rend cela difficile, mais nous sommes dans le même bateau que tous les Québécois. »

Interrogé sur la fermeture tardivedes synagogues (entre le 17 et le18 mars) et sur la tenue récente de fêtes importantes, notamment le Pourim, auxquelles des centaines de proches, plusieurs venus de New York, ont participé du 9 au 11 mars, il a dit être en isolement préventif comme la plupart des familles et espère que personne ne tombe malade dans les prochains jours. « Les lieux de culte ont été fermés il y a 10 jours. Les symptômes peuvent surgir jusqu’à 14 jours après les contacts. »

La communauté hassidique outremontaise compte environ 2000 familles, liées à différents clans.

« À ce moment-ci, on a dépassé le stade de savoir qui a contaminé qui et quand, on doit juste faire en sorte que chacun reste chez soi », a fait valoir M. Ekstein, précisant que des textos et des messages sur What’sApp sont envoyés aux familles hassidiques.

« Nous devons redoubler d’efforts et tenir compte des conseils des élus et de la santé publique: restez à la maison. Si vous sortez pour vous procurer l’essentiel, gardez la distance sociale », a publié sur Facebook Max Lieberman, un autre membre influent de la communauté.

 

L’ouest de l’île sur le qui-vive

La même tension règne dans la municipalité de Côte-Saint-Luc.

Après avoir décrété les mesures d’urgence il y a une semaine et fermétous les commerces non essentiels, le maire, Mitchell Bronstein, espérait vendredi que Québec durcisse ses actions pour contenir l’épidémie. Il a salué la mise en place par Québec d’un centre de dépistage au volant dans un centre commercial du boulevard Cavendish qui sera en mesure de tester de 400 à 500 personnes par jour.

« Nous sommes très contents. C’est nécessaire de dépister rapidement les personnes positives pour qu’elles cessent de se promener », a dit le magistrat. Un message téléphonique d’urgence a par ailleurs été envoyé à tous les citoyens de Côte-Saint-Luc vendredi pour s’assurer que les aînés de plus de 70 ans placés en confinement peuvent facilement demander de l’aide alimentaire en cas de besoin.

Quatre résidents d’une maison pour aînés de Côte-Saint-Luc ont été hospitalisés au cours des dernières semaines. La municipalité dit connaître le nombre de cas d’infection ou d’hospitalisation recensés sur son territoire par la DSPM.

À Westmount, au moins deux membres de la communauté hassidique Lubavitch, liée à la congrégation Beth Chabad, ont reçu un diagnostic positif, après avoir participé le 14 mars à un mariage rassemblant 250 personnes. Ces communautés ne sont pas apparentées avec celles qui résident à Outremont.

Ces derniers jours, un pompier du Service des incendies de Montréal, intervenu comme premier répondant dans une résidence de Westmount, a aussi contracté la maladie.

À l’approche de la Pâque juive, des rabbins montréalais de diverses communautés hassidiques relaient depuis une semaine sur Facebook les appels à stopper toute célébration en groupe, et appellent les familles à se tourner vers les nouvelles technologies pour célébrer virtuellement les fêtes religieuses qui ne peuvent être reportées.