Royalmount: construire plus vert que vert

Les tours résidentielles d’une cinquantaine d’étages du projet Royalmount seront dotées de jardins verticaux sur une partie de leurs façades.
Photo: Carbonleo Les tours résidentielles d’une cinquantaine d’étages du projet Royalmount seront dotées de jardins verticaux sur une partie de leurs façades.

« Un quartier éco-innovant ». « Un milieu de vie à échelle humaine ». « Un écosystème dynamique ». L’accent mis sur les vertus écologiques et sociales du mégacomplexe Royalmount par le promoteur Carbonleo témoigne de sa volonté d’améliorer l’acceptabilité sociale de son projet. Mais à la lumière des critiques entendues depuis mardi, notamment de la part de la mairesse Valérie Plante, la partie n’est pas encore gagnée.

Le projet Royalmount a été très malmené depuis son lancement en 2015. On lui a reproché sa démesure. On a prédit que son impact serait catastrophique sur la circulation automobile dans le secteur avec des dizaines de milliers de voitures de plus dans la congestion. Ses détracteurs ont aussi dénoncé la concurrence qu’il imposera aux artères commerciales déjà en difficulté.

Mardi, Carbonleo a présenté une nouvelle mouture du projet qui intègre désormais un volet résidentiel, qui réduit les superficies commerciales et de bureaux et diminue le nombre de cases de stationnement afin de répondre aux principales critiques. Les images modélisées montrent une abondante verdure, des jardins verticaux sur les façades des futures tours résidentielles ainsi qu’une passerelle piétonne couverte de végétation et enjambant le boulevard Décarie.

C’est le leitmotiv de tous les promoteurs: il faut verdir les projets.

 

Dans une publicité diffusée mercredi dans plusieurs quotidiens, Carbonleo en a rajouté : « Royalmount est une destination emblématique où la sérénité de la nature rencontre l’effervescence de la ville. »

« C’est du gros marketing », estime Gérard Beaudet, professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal au sujet de ce vocabulaire que certains pourraient associer à du greenwashing. « C’est archi-convenu. On ne s’attend pas à autre chose. C’est le vocabulaire classique, complètement vide. N’importe quoi. »

L’urbaniste s’étonne que le promoteur qui, il y a cinq ans, assurait que son projet était réfléchi et assumé y ait apporté autant de modifications. « On est dans l’improvisation totale. »

Difficile de ne pas faire de lien entre ce projet et celui de la reconstruction de l’échangeur Turcot. En 2010, après les sévères critiques de la Ville de Montréal, le ministère des Transports du Québec (MTQ) avait dévoilé les plans de la nouvelle infrastructure.

Les images virtuelles montraient les abords verdoyants des voies autoroutières ainsi qu’une dalle parc pour relier les arrondissements de Côte-des-Neiges—Notre-Dame-de-Grâce et du Sud-Ouest. Cette dalle parc a par la suite disparu des plans du MTQ avant d’être ressuscitée en 2018. Sur les images modélisées, on voyait même un tramway rouler dans cet environnement bucolique.

« C’est le leitmotiv de tous les promoteurs : il faut verdir les projets », dit Gérard Beaudet. Il cite le cas de la Ville de Laval qui, il y a deux semaines, dévoilait son projet de Carré Laval en empruntant un vocabulaire similaire. « Le Carré Laval deviendra un milieu de vie à échelle humaine, carboneutre, animé et attrayant », écrivait la Ville dans un communiqué de presse. « Ce projet d’envergure répond à la volonté de Laval de se doter d’un lieu novateur, distinctif et inclusif. »

Dans le cas du Royalmount, Carbonleo insiste sur les qualités environnementales de son projet et sur le caractère exclusivement piétonnier du site, mais son empreinte environnementale ne se mesure pas uniquement dans le périmètre du projet, prévient Gérard Beaudet.

 

Les jardins verticaux

À terme, un demi-million de végétaux seront plantés sur le site du projet Royalmount, a expliqué mardi Claude Marcotte, vice-président directeur chez Carbonleo. Les tours résidentielles d’une cinquantaine d’étages seront dotées de jardins verticaux sur une partie de leurs façades. M. Marcotte a évoqué le célèbre Bosco Verticale de Milan, un complexe de deux tours de 26 et 18 étages dont les façades sont abondamment plantées.

L’horticulteur Albert Mondor fait partie des experts consultés par Carbonleo dans le cadre du projet Royalmount. Sans vouloir se prononcer sur le projet Royalmount, il assure que les jardins verticaux sont viables. Même en hauteur et dans nos conditions climatiques, des plantes et des arbres arrivent à survivre, pourvu qu’on choisisse les espèces adaptées à ces conditions extrêmes.

Il mentionne plusieurs exemples de réussites, comme le jardin au sommet de l’hôtel Bonaventure et les toits végétalisés de la Biosphère. « Dans les montagnes, vous allez voir des plantes pousser à plusieurs milliers de mètres d’altitude, dans les anfractuosités et les roches », explique-t-il.

Les conifères comme l’épinette blanche, le sapin ou l’if du Japon peuvent se plaire dans de telles conditions, explique-t-il. Des arbustes fruitiers comme les framboisiers et les camérisiers peuvent supporter des températures extrêmes et survivre en haute altitude, tout comme certaines plantes herbacées et espèces de fleurs, dit-il.

« Il n’y a pas de limites à ce qu’on peut faire. La seule limite, c’est l’espace qu’occupe le terreau, avance-t-il. Végétaliser des édifices, on peut le faire ici, en pays nordique comme plus au sud. Je pense que c’est l’avenir. »


Le volet résidentiel en péril?

L’agglomération de Montréal pourrait-elle empêcher la réalisation du volet résidentiel du Royalmount ? L’ajout d’unités résidentielles au projet nécessite une modification au schéma d’aménagement, lequel doit être approuvé par la commission sur le schéma d’aménagement et par le conseil d’agglomération, a confirmé mercredi le cabinet de la mairesse Plante.

À l’heure actuelle, le schéma d’aménagement prévoit une affectation « industrie » pour le secteur, ce qui exclut d’emblée l’usage résidentiel. « C’est le travail du promoteur de convaincre les instances que le changement au schéma est justifié », s’est limité à dire le cabinet de la mairesse Plante.

Rappelons que le promoteur Carbonleo a annoncé son intention d’ajouter une composante résidentielle au projet en 2018. Le plan présenté lundi prévoit la construction de 4500 unités. Valérie Plante s’est dite très déçue que le promoteur n’ait pas prévu de logements sociaux.