Valérie Plante somme Sue Montgomery de mettre fin à sa «croisade personnelle»

La Ville de Montréal exige de Sue Montgomery qu’elle cesse toute déclaration de nature à susciter des doutes sur la probité des fonctionnaires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Ville de Montréal exige de Sue Montgomery qu’elle cesse toute déclaration de nature à susciter des doutes sur la probité des fonctionnaires.

Les relations sont devenues acrimonieuses entre Valérie Plante et la mairesse de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Sue Montgomery, qui se sont échangé des mises en demeure. Mardi, la mairesse Plante a sommé Mme Montgomery de mettre un terme à sa « croisade personnelle » pour se concentrer sur son travail d’élue.

« Au lieu de faire une croisade personnelle contre moi, contre notre parti politique, contre le contrôleur général, contre l’équipe d’experts en relations de travail de la Ville et contre l’ensemble des employés de l’arrondissement, j’invite Mme Montgomery à faire le travail pour lequel elle a été élue. Cela fait plusieurs semaines que les activités de l’arrondissement sont paralysées et ce n’est pas ce que la population de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce mérite », a indiqué Valérie Plante dans une déclaration écrite.

La mairesse reproche aussi à Sue Montgomery les propos qu’elle a tenus la veille à l’occasion d’une assemblée mouvementée du conseil d’arrondissement de CDN-NDG. « Sue Montgomery m’a attribué des propos complètement faux et qui n’ont jamais été tenus. Ses propos sont diffamatoires et dépassent les limites de la réalité. Je lui demande de se rétracter immédiatement », poursuit-elle.

La mairesse de CDN-NDG a été expulsée du caucus de Projet Montréal il y a moins de deux semaines à la suite d’un rapport de la Division du respect de la personne et du Contrôleur général faisant état de harcèlement psychologique de la part de la directrice de cabinet de Mme Montgomery, Annalisa Harris, à l’encontre de deux employés de l’arrondissement. Sue Montgomery a refusé de mettre son employée à la porte.

Mises en demeure croisées

Les deux camps se sont d’ailleurs échangés des mises en demeure lundi, à quelques heures de la réunion du conseil d’arrondissement. Par l’entremise de son avocat, Sue Montgomery a exigé que le rapport incriminant Annalisa Harris lui soit remis. Sans preuve, la mairesse d’arrondissement ne peut congédier une employée car elle s’expose à une contestation judiciaire, fait-elle valoir. Sue Montgomery soutient que la mairesse Plante a le pouvoir de rendre ce document public, ce que nie cette dernière.

De son côté, la Ville a mis Sue Montgomery en demeure de cesser de tenir des propos qui remettent en cause la probité et l’intégrité des fonctionnaires, comme elle l’aurait fait à l’occasion d’entrevues accordées aux médias. « Lors de ces entrevues, vous avez systématiquement mentionné que l’arrondissement CDN-NDG avait une « longue histoire de corruption ». Vous avez notamment fait mention qu’un maire précédent de l’arrondissement (Michael Applebaum) a été reconnu coupable de corruption tout en ajoutant que les « mêmes fonctionnaires de l’arrondissement y sont depuis de nombreuses années » et que ce fait « vous troublait », peut-on lire dans la mise en demeure.

La Ville estime que ces affirmations sont dénuées de fondements et qu’elles remettent en cause la probité et l’intégrité des fonctionnaires. Elle exige donc de Sue Montgomery qu’elle cesse toute déclaration de nature à susciter des doutes sur la probité des fonctionnaires.

En entrevue au Devoir, Sue Montgomery rejette ces critiques, soulignant que la condamnation de Michael Applebaum est connue. L’élu estime que l’administration Plante cherche à l’intimider.

Quant aux reproches faits contre Annalisa Harris, elle dit en ignorer la teneur, si ce n’est les critiques que la directrice de cabinet aurait formulées à un employé pour un communiqué mal rédigé. « Si on ne peut pas dire à quelqu’un de faire son travail sans être accusé de harcèlement, on a un problème, dit-elle. Elle [la mairesse Plante] ne veut pas rendre le rapport public parce que, à mon avis, il n’y a rien dedans. S’il y a quelque chose, je suis prête à agir et à prendre les mesures pour protéger les employés dans le meilleur intérêt des résidents de CDN-NDG. »

Sue Montgomery a rappelé avoir elle-même fait l’objet de harcèlement pendant 20 ans. L’homme visé par ces accusations a pu prendre connaissance des éléments de preuve retenus contre lui pour être en mesure de se défendre, a-t-elle dit.

« Situation intenable »

Les relations sont tendus dans l’arrondissement de CDN-NDG. Lundi soir, les élus ont dénoncé le climat malsain dans lequel l’arrondissement est plongé en raison de cette polémique. « Les agissements de Mme Montgomery nous ont mis dans une situation intenable », estime la conseillère de Projet Montréal, Magda Popeanu. « Elle a désavoué publiquement l’institution qu’est la Ville de Montréal. […] Elle a paralysé le fonctionnement de l’arrondissement. »

Sue Montgomery rétorque que l’arrondissement n’est pas paralysé et que lundi soir, le conseil d’arrondissement a octroyé des contrats et accordé des subventions à des organismes locaux, comme il le fait chaque mois. 

Mais comme le contrôleur général a décrété qu’Annalisa Harris ne devait plus communiquer avec les fonctionnaires de l’arrondissement, Sue Montgomery a nommé une personne de son cabinet qui servira d’intermédiaire entre elle et les membres de la fonction publique.

La mairesse Montgomery n’écarte pas la possibilité d’intenter des procédures judiciaires contre la Ville. « Tout est possible », a-t-elle affirmé.