Profilage: une politique de collecte de données réclamée au SPVM et à la STM

Une vingtaine d’associations se sont rassemblées à l’invitation du conseiller Marvin Rotrand (au micro), dimanche.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Une vingtaine d’associations se sont rassemblées à l’invitation du conseiller Marvin Rotrand (au micro), dimanche.

Une coalition de groupes communautaires a demandé dimanche l’instauration d’une politique de collecte de données concernant l’appartenance raciale par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Société de transport de Montréal (STM).


Le groupe rassemblant une vingtaine d’associations réclame également une nouvelle entente entre les forces de l’ordre et la communauté autochtone. Ces requêtes surviennent avant l’entrée en vigueur en mars prochain d’une série de nouvelles mesures au SPVM.

 

L’instauration d’une politique de collecte de données vise à contraindre le SPVM et la STM à recueillir les informations concernant l’appartenance raciale d’un individu interpellé lors de contrôles routiers et de contrôles de routine. Une telle politique serait également appliquée aux personnes impliquées dans un incident où la force a été employée, de même que lors d’arrestations et de dépôts d’accusations.

« Aujourd’hui, nous interpellons la Ville pour réclamer au SPVM et à la STM la mise sur pied d’une base de données recueillant l’appartenance raciale des piétons et des conducteurs interpellés par les deux organisations », a déclaré Alain Babineau, du Centre de recherche-action sur les relations raciales. Il cite en exemple les villes de Kingston et d’Ottawa, qui ont élaboré des mesures similaires. Il estime qu’une telle collecte de données serait un « remède » au profilage racial.

En octobre dernier, un rapport de trois chercheurs indépendants mandatés par la Ville de Montréal avait conclu que les Autochtones, les Arabes et les Noirs sont victimes de « biais systémiques liés à l’appartenance raciale » par les agents du SPVM. Le rapport montrait que les femmes autochtones étaient 11 fois plus susceptibles d’être interpellées par les policiers que les femmes blanches et que les Noirs avaient 4 fois plus de chances que les Blancs d’être apostrophés par les forces de l’ordre.

Dans la foulée de ces révélations, le directeur du corps policier montréalais, Sylvain Caron, avait annoncé une série de mesures destinées à lutter contre le profilage, dont une politique pour mieux encadrer les interventions policières qui entrera en vigueur en mars.

« C’est moins que ce que nous avons revendiqué. Nous avons voulu une loi provinciale pour encadrer ça, comme c’est arrivé en Ontario, quand un rapport semblable est sorti à Toronto », a déploré Marvin Rotrand, conseiller d’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et instigateur de l’assemblée publique. Il a également regretté le fait que la Ville de Montréal ne se soit pas engagée à faire la même chose.

La coalition d’organismes réclame aussi une nouvelle entente entre les autorités et les communautés autochtones, estimant que celle conclue en 2015 entre le SPVM et le Réseau pour la stratégie de la communauté autochtone urbaine de Montréal comporte des « problèmes structurels ». « [Nous] demandons aujourd’hui qu’elle soit revue et que la Commission de la sécurité publique tienne une séance publique pour permettre aux personnes autochtones de se prononcer au sujet de leurs interactions quotidiennes avec la police », ajoute Jessica Quijano, du Native Women’s Shelter de Montréal.

Des données déjà collectées, dit la Ville

Contactée par Le Devoir, l’attachée de presse au cabinet de la mairesse, Laurence Houde-Roy, écrit dans un courriel que le SPVM collecte déjà des données concernant l’appartenance raciale des individus interpellés. « La police collecte déjà bel et bien ces données, bien qu’il puisse y avoir des améliorations, notamment dans les contrôles routiers. Pour ces contrôles, le système informatique relève de Québec », a-t-elle expliqué.

Au sujet des relations entre le SPVM et les Autochtones, Mme Houde-Roy a soutenu qu’« il y a aussi un engagement fort d’élaborer une politique encadrant les interpellations qui viendra encadrer de façon stricte les pratiques des interpellations, afin de cesser toute interpellation non nécessaire et baliser clairement les situations où elles peuvent l’être ».

L’inspecteur André Durocher, du corps policier montréalais, a quant à lui déclaré au téléphone qu’il n’était pas en mesure de faire de commentaires concernant la mise en place de la politique annoncée en octobre par son directeur.

De son côté, l’attachée de presse de la ministre de la Sécurité publique, Amélie Paquet, a rappelé que « pour ce qui est du profilage racial, la ministre, Geneviève Guilbault, a déposé son livre vert sur la réalité policière avant les Fêtes et a mis en place un comité consultatif. Ce comité va faire des consultations, et des gens pourront se faire entendre là-dessus. Ça fera des questions sur lesquelles le comité va se pencher ». Elle ne s’est toutefois pas prononcée sur l'éventuelle mise en place d'une politique de collecte de données concernant l’appartenance raciale à l’échelle de la province. Mme Paquet ajoute qu’il y a « déjà beaucoup de travail qui se fait » concernant les relations avec les communautés autochtones.

3 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 3 février 2020 05 h 04

    Voir le monde à travers le prisme de la « race »

    Auparavant n’existaient au Québec que des « gens ». Les uns plus ou moins blancs, les autres bronzés, bruns, noirs, jaunes, foncés, etc. Bref, une population où le métissage physique ou culturel n’était pas encore un péché contre l’esprit et les bonnes mœurs. Le Québec est d’ailleurs rempli de métis et de « sang-mêlés ». Aujourd’hui, les différences raciales, devenues valeurs suprêmes chez nombre de grosses têtes, sont qualifiées avec déférence de « diversité ». Des gens auxquels leur origine raciale n'aurait eu guère d'importance dans le passé deviendront enfermés dans leur « race ». Sous aucun prétexte, l'action d'un État ne doit tenir compte de la génétique de ses administrés. Voir le monde en termes de « races », c’est accorder de l'importance aux traits raciaux, donc être soi-même raciste. Méfions-nous comme de la peste de ce racisme de type anglo-saxon qui prévaut chez nos voisins Canadiens et Américains et gardons-nous d’aborder toute forme d’altérité à travers le prisme de la race. À Toronto, on commence à voir ce que ça donne. Et ce n’est que le début.

  • Alain Roy - Abonné 3 février 2020 07 h 33

    Déjà vu?

    Une petite étoile de David pour un Juif dans le coin supérieur droit du fichier? Un croissant de lune pour un musulman, ou pour un Arabe, un palmier pour un Noir, un tomahawk pour un Autochtone? Où a-t-on déjà vu ça déjà? N'a-t-on pas entendu plus jamais un certain jour de la fin du mois de janvier?

  • Réal Boivin - Inscrit 3 février 2020 17 h 16

    Le profilage racial ou social?

    Pas besoin d'études pour savoir que ce sont toujours les groupes les plus pauvres qui se retrouvent dans la mire des policiers. Les prisons sont remplis de gens pauvres qui ont souvent juste voulus s'en sortir. Laissez tomber les histoires de races et attaquez vous à la pauvreté. Ce sont bien dans les quartiers défavorisés que se retrouvent les pires écoles alors qu'elles devraient être les meilleurs et les plus entourées de gens compétants.