Montréal passe son tour sur une définition de l’antisémitisme

Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir

L’opposition à l’hôtel de ville de Montréal a échoué dans sa tentative pour faire adopter une définition de l’antisémitisme par le conseil municipal. La mairesse Valérie Plante a refusé, mardi, de se prononcer sur le sujet, préférant soumettre la question à une commission de la Ville. Devant cette position, le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, a retiré sa motion.

« On avait une occasion d’adopter une définition internationale de l’antisémitisme, une définition qui fait consensus et qui a été adoptée par 31 pays à travers le monde. Malheureusement, L’administration n’a pas voulu adopter cette motion-là », a commenté Lionel Perez, à l’issue de l’assemblée du conseil municipal.

La motion qu’il avait déposée proposait que la Ville de Montréal adhère à la définition de l’antisémitisme formulée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) qui décrit l’antisémitisme ainsi : « L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée sous forme de haine envers les Juifs. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme s’adressent aux individus juifs ou non juifs et/ou à leurs biens, aux institutions communautaires juives et aux installations religieuses. »

Au lendemain de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, M. Perez a fait valoir que cette définition pourrait guider les services de la Ville dans sa lutte contre la discrimination, parmi lesquels le Service de police de la Ville de Montréal. « L’antisémitisme est le baromètre de la haine dans nos sociétés. En faisant avancer l’enjeu d’antisémitisme, on fait avancer tous les enjeux de haine.», a-t-il fait valoir.

Question complexe?

Sauf que cette définition ne fait pas l’unanimité. L’organisme Voix juives indépendantes a d’ailleurs contesté cette définition, alléguant qu’elle pouvait brimer la liberté d’expression et faire taire ceux qui critiquent Israël ou qui défendent les droits des Palestiniens.

Tout en disant comprendre l’importance d’adopter une définition de l’antisémitisme, la mairesse Plante invoqué la « complexité » de la question lorsqu’elle a suggéré de soumettre le dossier à la Commission de la présidence. « Chaque mot compte, chaque mot a une portée », a-t-elle dit en expliquant que la commission pourrait amener la réflexion plus loin et l’inclure dans une discussion sur la lutte à la discrimination. Selon elle, la formule pourrait être adaptée au contexte montréalais.

« C’est ridicule de penser comme cela. C’est pour moi un manque de volonté politique, a réagi Lionel Perez. Ce n’est pas à Montréal de réinventer la définition de l’antisémitisme. […] C’est décevant pour les organismes de la communauté juive montréalaise et ça envoie le mauvais signal. »

Lionel Perez a finalement retiré sa motion de crainte qu’un examen de la part de la Commission de la présidence ne fasse qu’éterniser le débat inutilement.

Le conseiller Marvin Rotrand a lui aussi fustigé l’administration. La définition n’a rien de complexe et ne présente aucune ambiguïté, a-t-il dit. « Cette définition est trop complexe à comprendre pour l’administration [Plante], mais le Canada l’a adoptée. »

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a déploré la position de l’administration Plante. « La définition de l’IHRA est la définition la plus largement acceptée de l’antisémitisme contemporain, soigneusement élaborée pendant deux décennies par des experts de l’antisémitisme en coopération avec des dizaines de démocraties libérales », a expliqué l’organisme par voie de communiqué.

Pour sa part, l’organisme Voix juives indépendantes Canada a applaudi l’abandon du projet.