Le manque d’investissements plombe les transports collectifs

L’utilisation des transports en commun en heure de pointe du matin a augmenté de 4% dans la grande région de Montréal entre 2013 et 2018 avec 1,4 million de déplacements.
Photo: Catherine Legault Le Devoir L’utilisation des transports en commun en heure de pointe du matin a augmenté de 4% dans la grande région de Montréal entre 2013 et 2018 avec 1,4 million de déplacements.

Si la progression des transports en commun dans la région de Montréal a été modeste entre 2013 et 2018, c’est notamment parce qu’il n’y a pas eu d’investissements importants dans le transport collectif pendant cette période et que l’offre de service des autobus a été réduite dans la métropole, avancent des experts en transport, à la lumière des résultats de l’enquête origine-destination (OD) publiée mardi.

L’utilisation des transports en commun en heure de pointe du matin a augmenté de 4 % dans la grande région de Montréal entre 2013 et 2018 avec 1,4 million de déplacements. Mais cette augmentation est bien inférieure à celles des 20 dernières années.

Ce taux de 4 % s’observe tant à Montréal qu’à Longueuil alors qu’à Laval, la part du transport collectif est restée la même.

La progression du transport collectif demeure aussi modérée dans les couronnes nord et sud, l’augmentation s’étant limitée à 3 et 6 % respectivement, une nette perte d’engouement comparativement aux 15 années précédentes.

Pendant ce temps, le parc automobile a augmenté de 5 % pour atteindre 2,6 millions de véhicules. Bien que la voiture occupe une part de 68 % des déplacements, son utilisation a connu une légère baisse de 1 % en cinq ans.

Effectuée tous les cinq ans, l’enquête de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) auprès de 74 000 ménages dresse le portrait de la mobilité dans la grande région métropolitaine.

La timide progression du transport collectif étonne un peu Florence Junca-Adenot, professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM. « Mais il y a eu une baisse de l’offre de service de 5,8 % des autobus de Montréal pendant la période de l’enquête. Ça peut expliquer en partie la situation », dit-elle. Pour faire des gains importants dans le futur, il faudra toutefois augmenter l’offre de service de façon plus soutenue, prévient-elle.

Sur une note plus positive, elle évoque l’augmentation de 1 % de la part du transport en commun qui atteint 24 %, contre 68 % pour l’automobile. « C’est peu par rapport à l’objectif de 35 % d’ici 2030 qu’a fixé la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), mais c’est quand même 15 000 autos de moins sur les routes le matin. »

François Pepin, président de Trajectoire Québec, fait le même constat.

« Ce qu’on peut retenir des enseignements du passé, c’est que, quand on lève le pied de l’accélérateur du développement des services de transport collectif, ça stagne », dit-il.

Selon lui, le Québec devrait s’inspirer des grandes capitales européennes.

« Pourquoi ne pas faire deux stations de métro par année plutôt que de se battre à tous les 30 ans pour avoir une nouvelle ligne ? Il faut avoir une approche du développement en continu. »

Des chiffres contestés

Les résultats publiés par l’ARTM ont fait sursauter les dirigeants de la Société de transport de Laval (STL).

Mardi, son directeur général, Guy Picard, tentait de comprendre pourquoi l’enquête OD ne signalait aucune progression pour Laval entre 2013 et 2018. « Ce sont des chiffres qui nous surprennent parce que nos chiffres d’achalandage nous montrent qu’on a une augmentation d’à peu près 4 % sur la période étudiée », a-t-il indiqué au Devoir.

Guy Picard reproche à l’ARTM d’avoir publié des données sans permettre aux sociétés de transport de les analyser en profondeur au préalable.

« J’ai su lundi matin qu’on était à zéro d’augmentation, alors que les données qu’ils nous ont transmises en novembre montraient une hausse assez importante du transport collectif à Laval. […] On investit beaucoup dans le transport collectif. La municipalité aussi et notre achalandage augmente. Et là, c’est comme si ça n’avait rien donné. »

L’ARTM rétorque que cet écart s’explique. Les données de l’enquête OD concernent les déplacements des résidents de Laval, peu importe l’opérateur, et non à l’utilisation des services de la STL.

Pour Montréal, l’enquête OD fait état d’une hausse de 4 % des déplacements, alors que les données de la Société de transport de Montréal (STM) révèlent plutôt une augmentation de l’achalandage de 8,13 %.

Philippe Déry, porte-parole de la STM, note que les méthodologies diffèrent et ne permettent pas de faire des comparaisons. « Les résultats qui en découlent seront utiles à la STM dans ses analyses pour planifier l’offre de transport collectif de la façon la plus adéquate et optimale possible », a-t-il indiqué par courriel.

L’enquête OD s’est aussi intéressée aux déplacements à vélo, à l’autopartage et au covoiturage, mais les résultats ne sont pas encore connus et seront dévoilés au cours de l’année, a fait savoir l’ARTM.