Montréal cherche à relancer le commerce local

Montréal a entrepris de se pencher sur la question des locaux vacants qui défigurent les artères commerciales.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Montréal a entrepris de se pencher sur la question des locaux vacants qui défigurent les artères commerciales.

Durement éprouvés par le commerce électronique, les chantiers interminables, les hausses de loyer et une taxation élevée, de nombreux commerçants peinent à tirer leur épingle du jeu à Montréal. La Ville a entrepris de se pencher sur la question des locaux vacants qui défigurent les artères commerciales et plombent leur dynamisme afin de trouver un remède au commerce sur rue en crise depuis des années.

Sur la Plaza Saint-Hubert, les commerçants ont hâte que les pelles mécaniques et la machinerie lourde disparaissent. Le vaste chantier de modernisation entrepris en 2018 nuit aux affaires, mais les autorités espèrent que les travaux de réaménagement visant notamment à élargir les trottoirs et à améliorer le cadre urbain permettront de donner un nouveau souffle à cette rue commerçante.

Mais en déambulant sur la rue en chantier, on constate rapidement que de nombreux commerces sont placardés. D’autres sont encore en affaires, mais ont visiblement suspendu leurs activités compte tenu de la rareté de la clientèle. À la succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC) toutefois, le va-et-vient des clients est constant.

Gérante du Roi du Smoked Meat, situé à l’angle de la rue Saint-Zotique, Francine Gallant n’est pas convaincue que la métamorphose de la Plaza sera si bénéfique aux commerçants. Les derniers mois ont été difficiles. Le restaurant a dû fermer son 2e étage et effectuer des coupes dans le personnel. Même lorsque les pelles mécaniques seront parties et que la marquise sera réinstallée, les commerçants ne seront pas au bout de leurs peines, pense Mme Gallant.

 
26%
C’est le taux d’inoccupation des locaux commerciaux dans la rue Saint-Denis en 2019.

Elle déplore particulièrement le retrait de nombreuses places de stationnement. « On élargit les trottoirs, mais on nous retire les 15 minutes de stationnement. Et tous les stationnements sont devenus payants. Dans la ruelle, il y a maintenant des parcomètres », dit-elle, exaspérée.

Plus loin, Boussad Idir, propriétaire de la boutique Bagus, est plus optimiste par rapport à l’avenir de l’artère. Il reconnaît toutefois que l’élargissement des trottoirs risque d’engendrer des problèmes de circulation et de stationnement. « Ce n’est pas tout le monde qui se déplace en bicyclette », lance-t-il.

Quelle solution ?

Les difficultés de la Plaza Saint-Hubert sont peut-être temporaires, mais d’autres artères sont en difficulté depuis des années, comme la rue Saint-Denis, théâtre de travaux majeurs en 2015. Selon les données fournies par la Ville, le taux de vacance y était de 26 % en 2019, alors qu’il a atteint 15 % sur Laurier Ouest, 7 % sur la promenade Fleury et 6 % sur la promenade Masson.

Montréal souhaite trouver des solutions pour remédier aux locaux vacants. C’est pourquoi elle a lancé une consultation l’automne dernier dans l’espoir de prendre des mesures qui sauraient remettre les artères sur les rails. New York et San Francisco se sont dotées de registres des locaux vacants. La Belgique et plusieurs villes le monde imposent — ou s’apprêtent à le faire — une taxe sur les locaux vides. Montréal pourrait-elle s’inspirer de telles mesures ? Les membres de la Commission sur le développement entendront les mémoires d’acteurs du milieu à compter de mardi soir.

François Vincent, vice-président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, y sera mercredi pour proposer des solutions. Les commerçants qui ont pignon sur rue n’ont pas nécessairement le contrôle sur leur environnement d’affaires. Ils sont tributaires de plusieurs éléments comme l’achalandage du secteur, la météo ou l’efficacité du déneigement. Ils souffrent aussi de la concurrence du commerce électronique, certains clients allant même faire du repérage dans leurs boutiques pour ensuite commander en ligne le bien convoité afin de le payer moins cher.

Mais selon M. Vincent, la source du problème des commerces réside dans le système fiscal qui les étouffe et l’iniquité dans la taxation entre les secteurs résidentiel et commercial. En 2019, les taxes des propriétaires d’immeubles commerciaux étaient quatre fois plus élevées que celles du secteur résidentiel, rappelle-t-il. « C’est sûr que ç’a un impact sur les loyers et que ça crée une pression supplémentaire. On peut mettre en place beaucoup de mesures, mais si on ne réduit pas le fardeau fiscal [des commerçants], ils n’auront pas les meilleurs outils pour faire face à la musique », résume-t-il.

Dans son dernier budget, l’administration Plante a offert un allégement fiscal pour les commerçants avec une baisse de taxes de 12,5 % sur les premiers 625 000 $ d’évaluation. Mais cette mesure ne suffit pas, insiste François Vincent.

Expert en fiscalité municipale, Pierre-René Perrin estime que la pression fiscale sur les commerçants locataires est énorme. Les baisses de taxation accordées aux propriétaires ne bénéficient pas nécessairement aux commerçants qui sont locataires, signale-t-il. « Les commerçants locataires sont laissés à eux-mêmes et sont découragés, dit-il. J’ai plusieurs clients qui ont des problèmes. Certains doivent même s’adresser à la Cour des petites créances pour régler leur litige avec le propriétaire. J’ai même des clients qui ont reçu des factures d’augmentation. »

On peut mettre en place beaucoup de mesures, mais si on ne réduit pas le fardeau fiscal [des commerçants], ils n’auront pas les meilleurs outils pour faire face à la musique

Il souligne aussi que les commerçants et les contribuables des quartiers centraux paient des taxes beaucoup plus élevées qu’en périphérie, une situation que la Ville devrait corriger, selon lui.

Une régie du loyer commerciale

Dans le cadre d’une enquête menée par la firme Segma à la demande de la Ville de Montréal, des commerçants sondés ont évoqué d’autres solutions pour lutter contre les locaux vacants. Certains ont suggéré d’imposer une taxe sur les locaux vacants afin d’inciter les propriétaires dits « passifs » à trouver des locataires. D’autres ont proposé que la Ville se dote de pouvoirs de préemption afin qu’elle ait la possibilité d’acquérir les bâtiments de propriétaires délinquants et qu’elle les rénove avant de les remettre sur le marché. Finalement, l’idée d’une régie du loyer commerciale a aussi été soulevée dans le but d’arbitrer les hausses de loyer jugées abusives.

Mike Parente, directeur général de la Plaza Saint-Hubert, ne croit pas en de telles solutions. « On a déjà assez de bureaucratie qui complique la vie des gens d’affaires. Je pense qu’au lieu de ça, on devrait mieux informer les commerçants sur la façon de négocier un bail. »

L’administration Plante n’a pas voulu faire de commentaires compte tenu de la consultation en cours.

1 commentaire
  • Joël Tremblay - Abonné 14 janvier 2020 07 h 53

    loyers prohibitifs, taxes municipales trop gourmandes

    Pour ouvrir une entreprise avec pignon sur rue, il faut avoir les reins solides je présume, l'inventaire (un minimum) si on vend des produits, tous les coûts associés à une entreprise sont plus élevés, les assurances, etc. Donc avant de commencer, la plupart des petit.e.s commerçant.e.s n'ont probablement pas de marge de manoeuvre.

    De plus, le commerce par internet a changé la donne, il faut vraiment offrir qqch de spécial, d'unique ou une chose à acheter réguli`rement, comme de la bouffe, pour avoir une chance de rester ouvert, mais encore là je présume que la concurrence est forte.

    Si on offre des services, il faut assurer un flot continu de clientèle, ce qui ne doit pas être évident non-plus.

    En plus de la spéculation qui est à la base même de l,achat de bâtiments commerciaux, avec baux de 5-10 ans, c'est la petite entreprise qui ramasse la facture.

    Bref, pas une bonne époque pour être petit commerçant.