L’étalement urbain se poursuit dans la grande région de Montréal

L’étalement urbain provoque la réduction du territoire agricole.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’étalement urbain provoque la réduction du territoire agricole.

Loin de ralentir, l’étalement urbain dans la grande région de Montréal s’intensifie. C’est le constat que fait la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) qui reproche aux municipalités à l’extérieur de son territoire de bénéficier de règles de développement trop permissives.

En 2012, les 82 villes de la CMM avaient adopté le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) afin de se plier aux exigences gouvernementales. Ce plan déterminait un périmètre urbain à l’intérieur duquel le développement immobilier devait se densifier pour, notamment, éviter d’empiéter sur des terres agricoles.

Or, les municipalités à l’extérieur du périmètre de la CMM ne sont pas soumises aux mêmes règles. Ainsi, constate Philippe Rivet, conseiller en recherche à la CMM, plusieurs municipalités misent encore massivement sur la construction de maisons unifamiliales.

C’est le cas de Saint-Colomban, dans les Laurentides, dont 89,8 % des mises en chantier entre 2013 et 2018 se composaient de maisons individuelles. À Saint-Sophie, ce taux atteint 73,2 %, alors qu’à Saint-Paul, il est de 68,6 %. Pendant ce temps, sur le territoire de la CMM, ce taux ne dépasse pas 40 %.

Philippe Rivet a aussi observé que la CMM perdait depuis 2015 environ 7000 résidents annuellement au profit des banlieues limitrophes.

« Il y a 30 municipalités où il y a plus de 40 % de leurs résidents qui viennent travailler sur le territoire de la CMM », explique-t-il.

Ces navetteurs utilisent leur voiture dans une proportion de 94 %, ce qui entraîne des problèmes inévitables de congestion routière, souligne-t-il.

La CMM reproche aux municipalités de ne pas respecter les orientations gouvernementales en matière d’aménagement, notamment l’orientation 10, qui exige qu’elles concentrent leur développement à l’intérieur des périmètres d’urbanisation en privilégiant les pôles de service et d’équipements des MRC.

Directeur général de la CMM, Massimo Iezzoni croit que toutes les villes de la région devraient suivre les mêmes règles. La solution pourrait passer par l’intégration de plusieurs villes à la CMM ou par des arrangements financiers entre la CMM et les villes limitrophes, suggère-t-il : « Il faut y réfléchir afin que la planification dans le pourtour de la CMM soit harmonisée avec la nôtre. » Et selon lui, le gouvernement devrait s’en mêler.

Maire de Saint-Colomban, Xavier-Antoine Lalande se défend de ne pas avoir respecté l’orientation 10 du gouvernement. Il soutient que, dans sa MRC, le pôle de services se situe à Saint-Jérôme. « Donc, les objectifs de densification ne s’appliquaient pas à nous », dit-il.

Le réseau d’égouts étant inexistant, des distances minimales doivent être respectées entre les maisons, indique-t-il. « Par la force des choses, on est obligés d’avoir des grands terrains. » Il signale toutefois qu’en 2017, un périmètre urbain a été déterminé dans sa ville, ce qui permet d’y densifier le développement immobilier.

« Le problème, ce n’est pas l’étalement urbain, c’est notre dépendance à une activité commerciale et industrielle dans des gratte-ciel de 50 étages », dit-il en faisant référence au centre-ville de Montréal.

Inquiétudes

Les constats de la CMM concernant l’étalement urbain inquiètent Christian Savard, directeur général de Vivre en ville. « Il y a des municipalités qui se développent sur le dos de la CMM et, pendant que tout le monde fait des efforts, elles n’en font pas. »

Selon lui, il faudrait appliquer de « façon stricte » les orientations gouvernementales, envisager d’intégrer certaines villes à la CMM ou de « partager les fruits de la croissance » de ces villes avec la CMM.