Des usagers de trois YMCA de Montréal ne perdent pas espoir

Quelques dizaines d’usagers du YMCA Hochelaga-Maisonneuve ont bravé la mauvaise météo, lundi matin, pour réclamer la poursuite des activités du centre sportif.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Quelques dizaines d’usagers du YMCA Hochelaga-Maisonneuve ont bravé la mauvaise météo, lundi matin, pour réclamer la poursuite des activités du centre sportif.

La mobilisation citoyenne des dernières semaines n’a pas permis d’éviter la fermeture de trois YMCA du territoire montréalais, laissant en plan plus de 2000 abonnés. Mais les citoyens n’entendent pas jeter l’éponge et croient toujours qu’une solution pourrait être trouvée pour sauver les trois établissements.

L’atmosphère était morose lundi après-midi au YMCA Guy-Favreau, au centre-ville de Montréal. Le centre sportif fermera ses portes définitivement mardi à 16 h, après plus de trois décennies d’activités.

Abonné du YMCA depuis ses études secondaires, Samuel, 30 ans et d’origine chinoise, croit que la fermeture du YMCA Guy-Favreau, situé à un jet de pierre du quartier chinois, aura des conséquences catastrophiques non seulement pour la clientèle démunie, mais aussi pour la communauté asiatique, qui représente environ 30 % des abonnés.

« Mes parents viennent ici depuis plus de 10 ans. Il va leur falloir chercher un autre centre avec une piscine, ce qui est difficile à trouver dans le secteur », explique-t-il. « Mais le YMCA, c’est aussi un endroit pour socialiser. Sa fermeture va faire en sorte que la communauté va se disperser très rapidement. »

Membre du Y depuis des années, Lucie Delisle déplore aussi la fin des activités du centre sportif.

« C’est sûr que le YMCA a besoin d’être revampé, mais en même temps, tout est là. C’est très fonctionnel », dit-elle en montrant les équipements sportifs et le gymnase.

Les dirigeants des YMCA du Québec demeurent toutefois inflexibles. Les centres Guy-Favreau, Hochelaga et Pointe-Saint-Charles, qui ferment leurs portes, sont dans une situation financière intenable.

S’il gardait ses portes ouvertes, le YMCA Guy-Favreau enregistrerait un déficit de 800 000 $ en 2020 et l’explosion des coûts liés à sa rénovation ferait grimper la facture à 1,2 million, soutient-on. De même, au YMCA Pointe-Saint-Charles, le déficit s’élèverait à 700 000 $, et les coûts de rénovation à 2,3 millions.

Quant à celui d’Hochelaga, le manque à gagner atteindrait 830 000 $ et le coût des travaux requis pourrait s’élever à 3,8 millions. Contrairement aux deux autres YMCA, celui de Pointe-Saint-Charles maintiendra ses activités communautaires pendant 18 mois.

La direction des YMCA a engagé des discussions avec la Ville de Montréal et le gouvernement fédéral avant les Fêtes. « Mais il n’y a pas eu de progrès dans les discussions », a indiqué au Devoir Anne Isabelle Roussy, vice-présidente marketing et communications aux YMCA du Québec. Les membres ont toutefois la possibilité de transférer leur abonnement à un autre YMCA, assure-t-elle.

La bataille se poursuit

Pierre Brûlé fait partie du groupe de citoyens qui militent depuis des semaines pour sauver les trois YMCA. « J’ai bon espoir que ce soit une fermeture temporaire », dit cet abonné de longue date du centre Guy-Favreau. Mais il n’accepte toujours pas les explications des dirigeants concernant l’état des finances des trois établissements. « J’aimerais qu’ils ouvrent leurs livres », dit-il.

Il déplore aussi que les fermetures frappent des YMCA desservant des quartiers défavorisés alors que le mandat des Y vise justement l’inclusion et la solidarité : « Les Y veulent s’embourgeoiser. Les dirigeants veulent en faire de gros Énergie Cardio. »

La bataille n’est pas terminée, promet Marie Tellier, membre du YMCA Hochelaga, qui aurait souhaité un sursis afin qu’une solution puisse être trouvée pour la survie des trois centres sportifs. Une manifestation a d’ailleurs réuni des dizaines de membres devant le Y de la rue Hochelaga lundi matin, quelques heures avant la tombée du rideau. « Après les Fêtes, notre comité va se réunir pour élaborer un plan d’action », dit-elle.

Dans Pointe-Saint-Charles, la fin des activités sportives est inacceptable aux yeux de Karine Triollet, d’Action-Gardien. « Beaucoup de membres — dont des aînés — nous ont dit qu’ils n’auraient pas les moyens de prendre l’autobus pour aller dans un autre YMCA. »

Contrairement aux deux autres établissements visés par une fermeture, le YMCA Pointe-Saint-Charles loge dans un immeuble appartenant aux YMCA. Un scénario impliquant la vente de l’immeuble ne pourrait être envisagé, pas plus qu’une relocalisation des activités dans Griffintown, avance Mme Triollet.