Une commission recommande de limiter la distribution des circulaires à Montréal

Les élus recommandent également que les emballages en plastique soient interdits ou remplacés par des emballages qui n’ont pas à être séparés de leur contenu pour être recyclés.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les élus recommandent également que les emballages en plastique soient interdits ou remplacés par des emballages qui n’ont pas à être séparés de leur contenu pour être recyclés.

Montréal devrait restreindre la distribution de circulaires sur son territoire en imposant une formule de consentement explicite (« opt-in »), recommande la Commission sur l’eau et l’environnement de la Ville.

La Commission, composée d’élus montréalais, a mené des consultations sur les circulaires au cours des mois d’octobre et de novembre. Ses recommandations, adoptées à l’unanimité jeudi soir, s’appuient sur plusieurs considérations, dont l’urgence climatique, la volonté de réduire les articles à usage unique et le fait que les circulaires représentent 11 % des matières qui se retrouvent dans les centres de tri.

La Commission recommande donc que les circulaires ne soient distribuées qu’aux citoyens ayant expressément accepté d’en recevoir en apposant un autocollant sur leur boîte aux lettres.

Les élus recommandent également que les emballages en plastique soient interdits ou remplacés par des emballages qui n’ont pas à être séparés de leur contenu pour être recyclés.

Ils suggèrent aussi que des démarches soient faites auprès du gouvernement fédéral afin que Postes Canada adapte ses pratiques au modèle opt-in pour la distribution de matériel publicitaire à Montréal.

Les élus se sont toutefois dits préoccupés par le sort des journaux locaux qui sont distribués dans les Publisacs. Ils proposent notamment que la Ville offre des espaces de diffusion réservés dans des lieux publics.

Charles Montpetit, le citoyen qui réclamait un meilleur contrôle de la distribution des circulaires et qui est à l’origine de la consultation menée par la Ville, s’est montré ravi des recommandations de la Commission. « C’est très plaisant de voir qu’il y a encore moyen d’entendre la population ordinaire, que les décisions politiques ne sont pas uniquement prises par des lobbyistes ou des entreprises fortunées et que, finalement, le gros bon sens n’a pas disparu », a-t-il dit en faisant référence aux campagnes de publicité intensives de Transcontinental qui distribue le Publisac.

Répercussions sur les journaux locaux

Christine Desaulniers, responsable du contentieux-chef à Transcontinental, était loin de partager son avis. Elle a fait remarquer que, si Postes Canada refusait de se soumettre aux mêmes règles que les autres distributeurs de circulaires, le règlement serait considéré comme discriminatoire. De son côté, Charles David Mathieu-Poulin, coordonnateur corporatif en environnement à Transcontinental, s’est étonné de la position prise par les élus car, a-t-il dit, elle ne reflète pas la diversité des opinions exprimées pendant les consultations.

« Nous avons été sensibles aussi bien aux enjeux environnementaux qu’aux enjeux économiques et sociaux », a rétorqué la présidente de la Commission, Valérie Patreau.

S’il fallait que le Publisac disparaisse, les répercussions seraient énormes pour les journaux locaux, a pour sa part fait valoir Benoit Chartier, président d’Hebdos Québec, qui représente 175 journaux locaux à travers la province. « Êtes-vous conscients que vos recommandations vont brimer grandement plusieurs salles de rédaction qui engagent plusieurs journalistes au Québec ? » a-t-il demandé.

Andrew Mulé, vice-président et directeur général de Métro Média, a signalé que la disparition du Publisac entraînerait la fermeture de 10 journaux de l’entreprise et des pertes d’emploi pour de nombreux journalistes et travailleurs.

« On est très sensibles à la cause des journaux locaux et nos recommandations à l’administration vont vraiment dans le sens de trouver des solutions de rechange et d’appuyer la transition qui est en train de prendre place dans le secteur des journaux locaux », a indiqué Valérie Patreau.

Les recommandations de la Commission seront déposées au conseil municipal au début de 2020 et l’administration de Valérie Plante aura six mois pour y donner suite.

« La volonté de protéger notre environnement et de réduire notre empreinte écologique anime un large pan de la population montréalaise, comme l’a démontré la consultation publique sur le contrôle des circulaires qui a été lancée », a indiqué la mairesse Plante dans un communiqué, en soulignant la forte participation citoyenne à la consultation. La Ville prendra le temps d’étudier les recommandations avant de prendre une décision dans ce dossier, a-t-on souligné.