Les bonnes et mauvaises notes de Valérie Plante

Le 5 novembre 2017, Valérie Plante est devenue la première femme élue mairesse de Montréal depuis la fondation de la ville, en 1642.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le 5 novembre 2017, Valérie Plante est devenue la première femme élue mairesse de Montréal depuis la fondation de la ville, en 1642.

Deux ans se sont écoulés depuis l’élection de Valérie Plante, alias « l’homme de la situation », à la mairie de Montréal. La cheffe de Projet Montréal a-t-elle rempli ses promesses ? Est-elle devenue la mairesse de la mobilité comme elle se plaisait à le dire en campagne électorale en 2017 ? Le Devoir a sondé l’avis de plusieurs observateurs de la scène municipale.

À l’occasion du conseil général de son parti la semaine dernière, la mairesse Plante s’était accordé une note de 7 sur 10.

« Pour moi, elle obtient la note de passage », indique d’emblée l’ancienne cheffe de Vision Montréal et ex-ministre des Affaires municipales, Louise Harel. À ses yeux, Valérie Plante a su tirer son épingle du jeu malgré quelques maladresses.

Parmi les bons coups de la mairesse, elle cite le discours devant les Nations unies le 23 septembre dernier. « Il fallait quand même qu’elle ait suffisamment de crédibilité dans le milieu des grandes métropoles pour les représenter », explique-t-elle.

Louise Harel a aussi apprécié sa stratégie dans le dossier des 800 millions de dollars de fonds fédéraux que Valérie Plante a accepté de céder à la Ville de Québec pour son tramway. « Plutôt que de cristalliser un non catégorique, elle a réussi à se négocier en contrepartie un appui — disons timide — à une partie de la ligne rose. »

Mais Valérie Plante devra travailler sur deux aspects en particulier d’ici la fin de son mandat, avance Louise Harel. Le fossé qui se creuse entre la métropole et le reste du Québec nécessite une opération de rapprochement, dit-elle. La mairesse avait commencé une tournée des régions. Elle devra la mener à bien d’ici la fin de son mandat.

La question linguistique nécessitera aussi une attention particulière. « C’est à Montréal que se joue l’avenir du français au Québec. Dans l’opinion publique québécoise francophone, on conserve l’impression que c’est le cadet de ses soucis », note Louise Harel. L’Hôtel de Ville pourrait se doter d’une politique linguistique, suggère-t-elle : « À l’heure actuelle, c’est un aspect totalement évacué. Ça mettrait fin à une certaine méfiance qui s’est installée depuis la fois qu’elle a prononcé un discours uniquement en anglais. »

Celle qui aurait aimé être la première mairesse de Montréal salue tout de même la performance de sa cadette. « Je suis fière de cette jeune femme qui a pris tous les contours de cette fonction. Il faut maintenant qu’elle développe sa relation avec les Montréalais et qu’elle établisse une relation de coeur avec eux. »

Le milieu des affaires

Au lendemain des élections de 2017, les gens d’affaires se méfiaient de la nouvelle mairesse. Plusieurs d’entre eux, comme Stephen Bronfman et Mitch Garber, avaient ouvertement appuyé Denis Coderre dans la course à la mairie. Mais depuis, Valérie Plante a su se rapprocher de ce milieu, croit l’ancien ministre conservateur Michael Fortier, aujourd’hui vice-président du conseil de RBC Marchés des capitaux. « Elle a remplacé quelqu’un qui était très populaire auprès du milieu des affaires, qui était vu comme un allié », dit-il.

Au fil du temps, la mairesse a cependant élargi son auditoire, estime M. Fortier. Montréal est portée par une vague favorable du point de vue économique, mais la mairesse n’a pas pour autant renié ses convictions, souligne-t-il. « Ce n’est pas facile pour elle : elle ne veut pas freiner cet élan économique, mais en même temps, je trouve qu’elle arrive à jongler avec ça tout en gardant un oeil sur le logement social et le transport en commun. »

Même le réaménagement de l’avenue Peter-McGill, où la place de la voiture sera réduite, plaît maintenant à Michael Fortier, qui travaille à la Place Ville-Marie. « Au début, ça m’irritait beaucoup, je l’avoue. C’était une réaction très égoïste de ma part. Mais maintenant, je pense que c’est une bonne idée. »

Logements sociaux et abordables

L’ancien chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, montre du doigt deux points négatifs au début de règne de Valérie Plante.

Il estime que la mairesse a fait une bourde majeure lorsqu’elle a déposé un premier budget imposant des hausses de taxe supérieures au taux d’inflation, trahissant ainsi sa promesse électorale.

Il descend aussi en flammes le projet de règlement sur les logements sociaux et abordables qui transférera aux acheteurs d’appartements un coût supplémentaire pour les logements neufs, réduira les mises en chantier et accélérera le phénomène d’exode vers les banlieues, croit-il.

« Toute personne qui connaît un tant soit peu le fonctionnement des marchés immobiliers sait qu’un tel règlement n’a aucun sens, affirme-t-il. L’idéologie peut être utile pour gagner une élection, mais elle est mauvaise conseillère face à la réalité complexe de l’acte de gouverner. »

En revanche, Richard Bergeron salue la volonté de l’administration Plante de créer le parc de l’Ouest au détriment du projet immobilier de 5500 logements Pierrefonds-Ouest, même si cela a incité les promoteurs immobiliers à déposer une poursuite de 178 millions contre la mairesse et la Ville. « C’était à la base de mon engagement politique au départ, il y a 15 ans : la dénonciation des ambitions de développement sous la forme de monster houses minables », explique-t-il.

En matière d’aménagement, Gérard Beaudet n’est pas prêt à louanger l’administration Plante. Si le projet de parc de l’Ouest est « intéressant », il favorise un secteur déjà bien pourvu en espaces verts, rappelle le professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. « C’est beau d’avoir des projets de cette ambition, mais quand c’est toujours au bénéfice de ceux qui sont déjà gâtés, c’est achalant », dit-il.

Pendant ce temps, l’est de Montréal est négligé depuis des décennies, souligne-t-il. « L’est de Montréal mériterait un peu d’amour. » Le professeur juge prometteuse l’entente avec les propriétaires des terrains de Molson, qui permettra notamment à la Ville d’y aménager un parc et une promenade fluviale, mais encore faudra-t-il que les résultats soient au rendez-vous.

À l’instar de Richard Bergeron, il exprime beaucoup de réserves à l’égard du projet de règlement sur les logements sociaux et abordables. « Montréal agit comme si les banlieues n’existaient pas. On regarde les banlieues de haut comme si c’était une quantité négligeable. Mais sur le terrain, on voit bien que la concurrence est de plus en plus sévère », insiste-t-il.

Mais surtout, Gérard Beaudet juge que la mairesse Plante, tout comme d’autres élus du Grand Montréal, a été bien conciliante dans le dossier du Réseau express métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec. « La Ville de Montréal, comme toutes les municipalités, s’est fait tasser. On a pris acte de l’intention de la Caisse de dépôt de se foutre carrément du monde municipal, se désole-t-il. Je me serais attendu que la mairesse, qui est présidente de la Communauté métropolitaine de Montréal [CMM], dise au gouvernement du Québec qu’il agissait de façon cavalière. »

Mobilité

En campagne électorale, Valérie Plante avait clamé qu’elle serait la mairesse de la mobilité. Dès son entrée en poste, son administration a procédé à l’achat de 300 autobus, mais ceux-ci n’ont pas encore été livrés. Le prolongement de la ligne bleue se fait toujours attendre et SRB Pie-IX tarde à être mis en service. Quant à la ligne rose, elle est encore virtuelle.

Même si les Montréalais n’ont pas encore constaté de progrès majeurs en transport, l’organisme Trajectoire Québec demeure optimiste. « Ce sont des choses positives. On sent l’élan et c’est grâce à elle », dit François Pepin, président de l’organisme.

Alors qu’il reste deux ans avant les prochaines élections municipales, Valérie Plante a déjà annoncé son intention de solliciter un second mandat.

6 commentaires
  • Chantale Desjardins - Abonnée 2 novembre 2019 07 h 50

    Boon travail pour Valérie Plante

    Il y aura toujours des personnes pour critiquer mais elle mérite des félicitations pour ses initiatives intéressantes.

  • François Poitras - Abonné 2 novembre 2019 09 h 05

    L’administration Plante multiplie les annonces sans calendrier ni budget. Très peu de réalisations émergent du brouhaha marketing de la mairie de Montréal. Alors que la gestion des affaires courantes génèrent une suite ininterrompue de controverses, de retours en arrière et de poursuites juridiques : hausses déraisonnables du fardeau fiscal, projets de pistes cyclables contestés, fermeture et bricolage des chemins du Mont-royal; poursuites des villes liées, des promoteurs de Pierrefonds-Ouest ou de la Fe, sans omettre le déneigement bancal, l’augmentation de la congestion et le boursouflement de la fonction publique et sa conséquence, l’augmentation des frais de fonctionnement de la ville de Mtl. L’administration Plante compte si peu de réalisations qu’elle pourra reprendre les mêmes promesses faites en 2017 pour la campagne de 2021.

  • Patricia Clermont - Abonnée 2 novembre 2019 13 h 56

    Deux poids deux mesures

    Tel que souligné dans l'article, Projet Montréal a deux poids deux mesures pour la qualité de vie des bien nantis et des moins bien nantis en la matière. Il fait de belles choses dans l'ouest en termes d'espace vert et de mobilité, dans un secteur déjà choy.. Dans le même mouvement, dans l'est déjà hypothéqué en matière de qualité environnementale - à Mercier-Hochelaga-Maisonneuve pour être précis - , il veut construire un 'bouleroute' dans l'axe du boulevard L'Assomption qui va augmenter les gaz à effet de serre, qui va augmenter la pollution atmosphérique et le bruit pour les résidents, qui va minéraliser un espace vert consitués de boisés important et augmenter la température au sol, tout ça pour sauver trois minutes par voyage pour les camions qui livrent des porcs en Chine. Le pire est que comme les médias ne couvrent pas trop ce qui se passe à l'est de Papineau, ça passe sous le radar de ceux-ci.

    • Maxime Thibault - Abonné 2 novembre 2019 14 h 21

      Tout à fait d'accord. Dans les quartiers nantis, comme Rosemont, on constate une multiplication des mesures liées à la vie de quartier comme l'installation de stops pour réduire la vitesse sur les rues est-ouest, et l'ajout de saillies de trottoir. Tout juste au nord dans François Perreault, un quartier très pauvre où je réside, ils refont les trottoirs sans ajouter de saillies, l'ajout de pistes cyclables se limite à peinturer des vélos par terre (une chose que Projet Montréal décriait pourtant lorsqu'ils étaient dans l'opposition) et nos demandes pour contrôler la circulation de transit omniprésente dans les rues résidentielles s'en vont dans un trou noir.

      Difficile de ne pas être cynique quand on entend l'administration municipale nous parler de vision zéro.

  • Alain Gaudreault - Abonné 2 novembre 2019 19 h 13

    La mobilité aux dépends des désormais immobiles et les contorsions mathématiques de madame Plante et ses arrondissements!

    En réponse aux commentaires sur la congestion routière, madame Plante répond qu'elle ne peux construire de rues et que seulement 25% des travaux sont sous la responsabilité de la ville. Pas sa faute. Mais pas un mot sur les gestes posés qui augmentent les congestions, comme la réduction de deux à une voie des grands axes de circulation - attention, ce sera bientôt au tour de St-Denis - la multiplication des arrêts, les feux de circulation modifiés ne laissant pour certains que 8 secondes de feu vert aux voitures sans priorité pour les virages - que les autres derrière attendent les prochains feux - les cônes laissés pour rien sur la chaussée, les espaces de stationnements réduits en nombre partout en ville ou en heures de disponibilité comme à Outremont et j'en passe. En campagne électorale, Projet Montréal se présentait comme le parti de la mobilité, mais sans jamais dire comment se ferait cette mobilité. Aujourd'hui, nous le constatons. Mobilité pour les uns, immobilité pour les autres. S'y ajoutent les contorsions mathématiques cherchant à montrer que les augmentations de taxes doivent être prises sans les additionner les unes les autres, même si dans les faits elles le sont. C'est ainsi que la ville centre se vante de moins de 2% d'augmentation, les arrondissements font de même ainsi que toutes les autres taxes spéciales pour un grand total d'un peu moins de 10% en 2018 et 2019 pour chacun de nos comptes de taxes! Contorsions mathématiques et mobilité immobile sont les caractères dominants de ces deux années. Tout le reste n'est que vision, projets et idées à la mode de certains, mais sans responsabilités réelles permettant de les réaliser. Désolé, mais la note n'est que celle de passage, en attendant celle du bulletin final qui conditionnera l'admission au prochain cycle...!

  • Marc Poulin - Inscrit 2 novembre 2019 20 h 21

    Un bilan décevant car on néglige la gestion

    Ces bilans où on parle des grandes politiques me font rire car au municipal, l’important pour bien des Montréalais c’est la gestion quotidienne de la ville qui compte. Or à ce niveau Projet Montréal est loin de livrer la marchandise. Avez-vous déjà oublié les hivers désastreux côté déneigement? Les pannes de Métro qui semblent plus fréquentes également. Un bilan devrait nous donner des mesures objectives sur le livraison des services municipaux. Les citoyens veulent de bons services à coûts raisonnables. A date Mme Plante nous a servi des augmentations de taxes mais pas sûr que les services soient au rendez-vous. En tout cas dans mon coin il y a une baisse marquée de ce côté.