Plomb dans l’eau: les pichets filtrants ne seront pas offerts à tous les Montréalais

Montréal dit évaluer présentement le nombre de ménages qui pourront demander ce pichet, qui coûte environ 50 dollars.
Photo: iStock Montréal dit évaluer présentement le nombre de ménages qui pourront demander ce pichet, qui coûte environ 50 dollars.

Le plan de la Ville de Montréal pour lutter contre le plomb dans l’eau potable s’avère plus restreint qu’annoncé : les pichets filtrants ne seront pas offerts à tous et les propriétaires devront attendre 2021 avant que la Ville ne commence à remplacer leur partie des tuyaux.

Dans la présentation de son plan d’action le 23 octobre, la mairesse, Valérie Plante, a annoncé qu’un pichet filtrant certifié contre le plomb sera donné aux Montréalais chez qui du plomb sera détecté lors des prochains dépistages. Rappelons que la Ville s’est donné trois ans pour dépister les 100 000 bâtiments encore susceptibles d’avoir une entrée de service en plomb.

Mais ce que l’administration Plante n’avait pas dit, c’est que les résidents ayant déjà eu la confirmation de plomb dans leur eau dans un précédent dépistage de la Ville, ainsi que ceux en attente d’un test, ne pourront pas, sauf exception, réclamer un pichet filtrant. Seules les femmes enceintes et les familles ayant un enfant de moins de six ans y auront droit, en autant qu’elles sont à faible revenu et qu’elles résident dans un secteur à risque, a récemment précisé la Ville sur son site Internet.

Montréal dit évaluer présentement le nombre de ménages qui pourront demander ce pichet, qui coûte environ 50 dollars, mais contient uniquement l’équivalent d’une année de cartouches pour le filtre. Les citoyens devront ensuite s’approvisionner eux-mêmes pour se protéger d’ici la fin des travaux qui pourraient aller jusqu’en 2030.

« J’ai la chance de pouvoir m’acheter un filtre, mais ce n’est pas le cas de tous. Ce plan, c’est de la poudre aux yeux, c’est un faux accommodement que de donner une protection à certains, mais pas à d’autres », déplore Laetitia Bourgeois, qui loue un appartement dans Rosemont–La Petite-Patrie avec ses deux enfants de 10 et 11 ans et son conjoint.

Début octobre, dans le cadre de son enquête avec l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et Global News, Le Devoir avait trouvé 19 parties par milliards de plomb dans l’eau de son robinet, près de quatre fois la norme recommandée par Santé Canada. Mais la famille de Mme Bourgeois ne pourra pas bénéficier du dispositif de protection que propose la Ville.

« Parce qu’on ne correspond pas aux critères, on doit se débrouiller et attendre que la Ville se décide à changer sa partie des tuyaux dans notre rue, puisque notre proprio l’a fait il y a déjà 10 ans », insiste Mme Bourgeois.

« C’est absurde », renchérit Maxime Roy-Allard, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec. « Même si certaines personnes sont plus à risque, ça devrait être offert à tous. »

Si les femmes enceintes et les jeunes enfants sont plus à risque d’être affectés par une exposition au plomb, l’ensemble de la population devrait s’en protéger. D’après l’Organisation mondiale de la santé, il n’existe pas de concentration de ce métal sans danger pour la santé. Même à de faibles niveaux dans le corps, le plomb a des effets néfastes sur le long terme.

M. Roy-Allard craint ainsi que les résidents qui ne peuvent bénéficier de l’aide de la Ville ne prennent pas la peine d’acheter un filtre, pourtant disponible en grande surface.

En entrevue avec notre équipe d’enquête, peu avant l’annonce du plan d’action, le Dr David Kaiser, de la Direction régionale de la santé publique (DRSP) de Montréal, avait justement insisté sur l’inefficacité des mesures volontaires. « Avec encore plusieurs années d’exposition au plomb, c’est important de rehausser les mesures volontaires avec un soutien aux ménages qui sont exposés au risque. Et ça devrait être offert à tout le monde », avait-il dit.

Le Dr Kaiser a toutefois répondu au Devoir mercredi qu’il juge que « l’approche de la Ville est globalement cohérente avec les recommandations de la DRSP, [qui fera] des suivis réguliers de l’implantation de ces mesures ».

Remplacements partiels

La municipalité a aussi annoncé qu’elle obligera les propriétaires à remplacer leur partie privée des tuyaux en plomb, là où elle a déjà changé sa partie, côté public. La Ville compte d’ailleurs retourner échantillonner l’eau de ces bâtiments pour confirmer la présence d’une entrée de service en plomb côté privé et en informer le propriétaire.

Pour les travaux à venir, la Ville remplacera la partie des propriétaires en même temps que la sienne et leur enverra la facture, remboursable sur 15 ans. Mais ce programme d’aide ne verra pas le jour avant 2021, a précisé récemment la Ville sur son site Internet.

« Le règlement municipal est en cours de rédaction [et] il sera adopté dans le courant de l’année 2020 », précise Mme Courchesne. Une fois le règlement adopté, la Ville fera une inspection pré-travaux chez les propriétaires concernés. « Des mesures pénales seront proposées dans le projet de règlement si le propriétaire refuse d’obtempérer », ajoute la relationniste.

Mais d’ici 2021, la Ville continuera donc de faire des remplacements partiels, en changeant juste sa partie des conduits en plomb. « La Ville préconise toujours que le propriétaire réalise lui-même les travaux avant ceux de la Ville. Il pourra solliciter le marché, sélectionner son entrepreneur et réaliser les travaux selon ses disponibilités », soutient Mme Courchesne.

Un plan qui n’enchante guère la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ). « Pourquoi des proprios iraient remplacer leur partie à leurs frais alors que la Ville n’a pas encore changé la sienne dans la rue ? Enlever la moitié des tuyaux ne va pas régler le problème du plomb dans l’eau et ça va surtout revenir plus cher aux propriétaires », s’emporte son porte-parole, Hans Brouillette.

Si plein de propriétaires recherchent en même temps un entrepreneur pour effectuer les travaux, les prix risquent d’augmenter avec la demande, craint-il.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 novembre 2019 08 h 44

    La culture du silence

    Ce qui me contrarie dans cette affaire, c'est que l'administration Plante continue de taire les mauvais résultats de ses analyses aux Montréalais concernés.

  • Hélène Paulette - Abonnée 1 novembre 2019 17 h 21

    Un vieux problème...

    Il n'y a pas qu'à Montréal qu'on rencontre cette situation et la solution est fort simple: laisser couler l'eau quelques minutes, surtout le matin ou lorsqu'on revient à la maison. Tempête dans un verre d'eau?

  • Chantale Desjardins - Abonnée 2 novembre 2019 07 h 59

    On commence à parler de l'eau dite potable

    L'eau du robinet est de l'eau de piscine. Le premier élément dans l'alimentation est l'eau. Sa définition est: incolore, inodore et sans SAVEUR. H2O ne contient que ces deux éléments. L'eau distillée répond à cette définition et rien ne peut la remplacer. Il est temps qu'on se réveille et qu"on parle de l'eau saine. Elle ne contient pas seulement du plomb mais des minéraux inorganiques qui rendent le corps malade et se déposent dans les artères et qui provoqent des maladies graves.